(©Yussef Abadi)
L’exposition Irak, créer malgré tout au Musée de la Cour d’or à Metz explore tout un pan de la création contemporaine irakienne et illustre la lutte permanente d’artistes sensibles et éclairés vivant et créant à Bagdad, faisant de cet événement exceptionnel une aventure à la fois humaine et artistique.

En 2003, l’idée d’une exposition d’art irakien prend forme dans l’esprit du journaliste lorrain Dominique Hennequin alors qu’il réalise des reportages pour la chaîne Arte au moment de la chute de Saddam Hussein. Nouant des liens avec des artistes locaux, il prend contact avec le directeur du Musée de la Cour d’or, Philippe Brunella. « J’ai tenu à me rendre sur place car il me fallait voir, ressentir, faire des rencontres, comprendre l’histoire de ces artistes, leurs souhaits et leurs modes d’expression » raconte celui-ci. En janvier 2014, il passe quelques jours à Bagdad, d’ateliers en galeries, aux côtés de Dominique Hennequin, qui a réalisé deux reportages à partir d’images rassemblées depuis le début de cette aventure, et visibles au sein de l’exposition. Photographie, peinture, sculpture, céramique : c’est « un panorama subjectif » réunissant 80 œuvres et 28 artistes qui est ainsi présenté au Musée de la Cour d’or. «À la chute de Saddam Hussein, les artistes pensaient pouvoir rayonner à travers le monde, or la situation a empiré. »Des œuvres réalisées dans les années 2000 et 2010 hormis, en ouverture de l’exposition, une sélection de photos de Lateef Al Ani datant des années 60 qui offre à voir des instantanés de la vie irakienne. De la vision sombre ponctuée de touches de couleurs représentant l’espoir du peintre Salem Aldabagh en passant par le regard enfantin et pacifiste de Satar Derweesh, les femmes en habits de fête de Yusra Alabadi, la sculpture d’une tête où des serrures incrustées ne demandent qu’à s’ouvrir imaginée par Rada Fahran, ou encore les corps démembrés des toiles d’Ahmed Nussaif, les œuvres sont marquées à la fois par la désillusion et la nécessité de vivre. « À la chute de Saddam Hussein, les artistes pensaient pouvoir rayonner à travers le monde, or la situation a empiré, explique le directeur. Il existait une dizaine de galeries avant 2000 ; aujourd’hui, seules trois subsistent. » Puisant dans la richesse de son passé, meurtri par son présent mais aussi tourné vers l’avenir, l’art irakien contemporain qui nous est ici dévoilé nous touche par l’espérance et la vitalité qu’il exprime. Cinq artistes présents au sein de l’exposition ont pu se rendre à Metz en avril dernier. Leur découverte de la ville, leurs visites au sein d’institutions culturelles ont donné lieu à des rencontres et des moments intenses qui ont marqué durablement les acteurs de ce projet. « L’enjeu était à la fois de faire connaître les mouvements artistiques irakiens et de faire comprendre que même dans un pays en guerre, l’art ne s’arrête pas, note Philippe Brunella. Cela est possible grâce à un autre combat : celui mené par les artistes pour maintenir la capacité de création. » 

Jusqu’au 18 juillet au Musée de la Cour d’or à Metz
musee.metzmetropole.fr

AU-DELÀ DES MURS

IRAK-(©DR)C’est une autre Bagdad, ou plutôt la Bagdad invisible à nos regards habitués aux images d’attentats et de conflits que dévoile les deux reportages qui ponctuent l’exposition Irak, créer malgré tout. La caméra de Dominique Hennequin pousse les portes d’ateliers nichés dans les ruelles de la ville à la rencontre des artistes. La parole est donnée à des hommes confrontés successivement à la dictature et à l’embargo, puis à la guerre civile et à la montée de l’intégrisme religieux. Nous y suivons Ahmed Nussaif entre 2002 et 2013 : de son statut d’artiste insoumis vivant caché jusqu’à la libération espérée puis la chute dans le chaos, les aspirations et les déceptions se dessinent sur son visage et sur ses toiles. Rada Fahran, Qasim Alsabti et Saad Altai nous emmènent quant à eux au sein des ateliers de Bagdad, autant de havres de paix que visite Philippe Brunella, qui décrit ces images comme « autant de clés de lecture intimes de l’exposition. »
Reportages visibles sur info.arte.tv/fr/irak-creer-malgre-tout