Où s’arrête la détermination et où commence l’obsession ? C’est la question posée par Le Retour de Bruno Duhamel, où un homme revient défendre sa terre natale : une lutte exigeante et coûteuse qui révélera sa nature profonde. Chez Grand angle.

Cristobal, star mondiale de l’art contemporain, est retrouvé mort dans son véhicule sur les routes de son île natale. La scène laisse penser à un possible assassinat, d’autant que l’homme collectionnait les ennemis : depuis des décennies, il usait de sa notoriété et de sa richesse pour faire la nique aux promoteurs et aux hommes politiques qui souhaitaient ouvrir les lieux au tourisme de masse.

Le récit alterne entre l’enquête policière et de nombreux flashbacks qui permettront de comprendre la situation avant son tragique dénouement ; la lecture, entre ces aller-retour narratifs, reste limpide grâce à l’utilisation d’une colorisation différente. Une histoire « très librement inspirée » de l’initiative de César Manrique à Lazarote, selon Bruno Duhamel, malgré de nombreuses références. Très librement, car l’auteur souhaitait injecter davantage de noirceur et de contradictions au personnage de Cristobal. Déterminé mais parfois violent, génial mais mégalomane, adversaire redoutable mais piètre ami, fils et mari, Cristobal trimbale sa cohorte de démons personnels.

« Où est la limite entre mettre sa popularité au service d’une cause et se servir d’une cause pour imposer sa présence ? » interroge l’inspecteur Ramirez au cours de son enquête. Car si l’histoire de l’artiste et de son île aux prises avec les dérives de la mondialisation constitue un fil rouge non dénué d’intérêt, l’album aborde avant tout le sujet de l’acte de création, et la question principale à laquelle chaque artiste tente de répondre à travers celui-ci : qui suis-je ? Sans grandiloquence, à l’image de son trait sobre et agréable, Duhamel nous captive et nous touche avec cette histoire d’obsession et de passion dévorantes.