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Solférino, le nom est familier aux Français, en ce qu’il renvoie, par synecdoque médiatique, à la rue éponyme, celle qui abrite le siège national du Parti socialiste, le quartier général à partir duquel se sont livrées les plus grandes batailles électorales. Une artère du 7ème arrondissement de Paris qui fait référence à une victoire de Napoléon III, le 24 juin 1859, contre les troupes autrichiennes, au moment de la campagne d’Italie.

« La guerre marque toujours l’échec de la paix, elle est toujours une défaite pour l’humanité ». Un jugement sans appel, lancé place Saint Pierre à Rome, par le Pape François, le 7 septembre 2013, lors d’une journée de jeûne et de méditation pour la paix en Syrie.

Une sentence que Napoléon III, s’il avait été le contemporain de l’actuel souverain pontife, aurait pu faire sienne. L’Empereur a, en effet, mesuré, tout au long de son règne et notamment au moment de la campagne d’Italie(1), à quel point, l’homme a trop souvent la terrible tentation de régler les questions politiques par des voies militaires. A fortiori lorsqu’elles mettent en jeu les relations entre Etats. Une réalité récurrente dans l’Histoire, notamment lorsqu’elle est manipulée par des hommes aux ambitions fortes, qui savent créer des tensions irréparables, celles qui conduisent inévitablement à l’appel aux armes.

L’Italien Camillo Cavour est de ces hommes-là. Dans sa lutte acharnée pour l’unité de son pays, le chef du gouvernement, est prêt à endosser le costume peu seyant de va-t-en guerre. En fin et cynique stratège politique, il sait que pour défendre une grande cause, la fin justifie toujours tous les moyens. Seul importe le but et si les moyens font défaut, il faut savoir louvoyer et ruser. Il a conscience qu’il ne peut parvenir, seul, à libérer son pays de l’occupation autrichienne. Sa stratégie requiert des alliés.

Les cris de souffrance qui montent du champ de bataille, sont tels, qu’ils parviennent à arracher les larmes de l’Empereur, au point de le décider d’arrêter la guerre.Il a, en fait, surtout besoin d’un allié particulier, en la personne de Napoléon III. Il ne méconnaît pas l’attachement de ce dernier pour l’Italie, à travers ses liens familiaux et son passé éphémère de carbonaro(2). C’est donc avec plaisir et détermination qu’il répond à l’invitation de l’Empereur à le rencontrer à Plombières, la bucolique station thermale vosgienne. Napoléon III y a ses habitudes et y fait une cure.

Les deux hommes ne partagent, ni la même conception de l’unité italienne, ni les moyens pour y parvenir. Mais qu’importe, l’ennemi autrichien est commun et Nice et la Savoie sont en jeu côté français. C’est dans ce contexte, que l’Empereur français consent à garantir le Piémont contre une agression autrichienne. Le 26 janvier 1859, est signé, entre la France et le Piémont, un traité d’alliance défensive contre l’Autriche.

Cavour a désormais de quoi nourrir son dessein : trouver un prétexte pour déclencher un conflit armé, selon lui plus efficace et plus rapide que la voie diplomatique, pour évincer l’Autriche et ouvrir la voie à l’unité italienne. C’est animé par cet état d’esprit, qu’il masse des troupes et des volontaires sur la frontière lombardo-piémontaise. Vienne tombe dans le piège en exigeant le désarmement des troupes par un ultimatum, que le Piémont n’a qu’à rejeter pour se faire déclarer la guerre. Napoléon III ne peut se dérober à son engagement et envoie 115 000 hommes en Italie.

Il prend lui-même le commandement de cette armée, qui va devoir en découdre sur un très large front, reliant Medole, au sud, à San Martino, au nord, en passant par Solférino. Mais il est relayé sur le terrain par quarante et un officiers supérieurs(3) et des combattants à l’expérience avérée et dotés des armes modernes les plus efficaces. Pendant plus de quinze heures, les belligérants livrent bataille, sous des tirs d’artillerie et baïonnette au canon. Les combats sont aussi héroïques qu’acharnés. Les voltigeurs de la Garde et les légionnaires du 2ème Régiment Étranger, s’y illustrent plus particulièrement.

Au sortir de cet engagement, près de 40 000 hommes sont hors de combat. Les blessés, qu’il faut soigner, jonchent le champ de bataille, au milieu des très nombreux cadavres. Les bactéries, qui pullulent dans les mares de sang des blessés et dans les corps gangrenés ou déjà en putréfaction, contaminent les moindres sources d’eau, empêchant les services sanitaires (au demeurant totalement insuffisants et sous équipés(4)) d’accomplir leur mission salvatrice. On réquisitionne les moindres églises, écoles et bâtiments pour les transformer en hôpitaux. Mais cela est encore insuffisant, les blessés sont soignés à même la rue.

Les cris de souffrance qui montent du champ de bataille, sont tels, qu’ils parviennent à arracher les larmes de l’Empereur, au point de le décider d’arrêter la guerre. Solférino entre ainsi dans l’Histoire, certes comme une grande victoire de l’armée impériale, mais surtout comme le symbole d’une vaste « boucherie » dont l’utilité stratégique reste à démontrer.

(1) La campagne d’Italie de 1859, aussi appelée guerre d’Italie de 1859, correspondant à la deuxième guerre d’indépendance italienne, voit s’affronter l’armée franco-piémontaise et celle de l’empire d’Autriche. Sa conclusion permet la réunion de la Lombardie au royaume de Sardaigne et pose la base de la constitution du royaume d’Italie.
(2) Carbonaro : adepte du carbonarisme (pour l’Italie) ou charbonnerie (pour la France) qui est un mouvement initiatique et secret, à forte connotation politique, présent en Italie, en France, au Portugal et en Espagne au début et au milieu du XIXe siècle. Il a notamment contribué au processus de l’unification de l’Italie.
(3) Au rang des Généraux, l’armée impériale compte notamment dans ses rangs, Auguste Regnaud de Saint-Jean d’Angely, à la tête de la Garde impériale, Achille Baraguey d’Hilliers qui mène le 1er Corps d’Armée, François Certain Canrobert, à la tête du 3ème Corps d’Armée et Adolphe Niel en qualité de commandant du 4ème Corps d’Armée. Le 2ème Corps d’Armée est quant à lui dirigé par le Maréchal Mac-Mahon.
(4) L’armée française, compte à l’époque, dans ses rangs, moins de médecins que de vétérinaires !

AUX ORIGINES DE LA CROIX ROUGE

Croix Rouge (©DR)À l’occasion d’un voyage d’affaires, un jeune banquier genevois d’à peine trente et un ans, visite le champ de bataille de Solférino. Il ne résiste pas à la désolation du terrible spectacle qui s’étale devant lui. Partout, gisent des blessés atrocement mutilés, en proie à des douleurs insupportables. Ce ne sont que cris et gémissements. Indigné par la faiblesse et la qualité des soins apportés, il tente d’organiser les premiers secours. Mais surtout, à son retour dans la capitale helvétique, il consigne dans un ouvrage intitulé Un souvenir de Solférino, qui se veut appel à l’opinion européenne. Il crée, quatre ans plus tard, le 17 juillet 1863, avec quelques amis, une organisation internationale et neutre destinée à secourir les victimes de guerres, le Comité international de la Croix-Rouge. La voie est désormais ouverte à l’aide humanitaire. Les sacrifices de Solférino n’auront, de ce point de vue, pas été totalement vains.


L’ENTREVUE SECRÈTE DE PLOMBIÈRES

Le 21 juillet 1858, Napoléon III convoque Cavour à Plombières, où il suit une cure. Il lui expose sa conception dynastique et néo-guelfe de la future Italie : une fédération d’États sous la présidence du Pape qui conserverait Rome, un royaume de Haute-Italie, rattaché à la maison de Savoie, un royaume d’Italie centrale, sous l’autorité de Napoléon-Jérôme et un royaume d’Italie du Sud, placé sous l’égide de Lucien Murat. Pour Napoléon III, le processus pouvait devoir se mettre en place de manière exclusivement diplomatique, sans avoir besoin de recourir à la force. Ces vues de l’Empereur sont consignées dans un opuscule intitulé Napoléon III et l’Italie signé du publiciste officieux des Tuileries, La Guéronnière.


LA RUE DE SOLFÉRINO

La rue de Solférino a été créée à Paris, quelque sept ans après la bataille du même nom, en mémoire de cette dernière. Une rue dont on ne pensait pas qu’elle abriterait un jour des immeubles qui s’inscriront autant dans l’Histoire de France. Ainsi, la fédération générale des Fonctionnaires de la CGT s’y installe en 1934 au n°10. L’immeuble sera réquisitionné, à partir de 1940, par le tristement célèbre Ministère de l’information chargé de la propagande du régime de Vichy. Quarante ans avant que le Parti socialiste ne rachète l’édifice à la G.M.F, pour y installer son siège.
Plus modestement, le Rassemblement du Peuple Français, du Général de Gaulle, n’avait élu domicile qu’au n°5. Peut-être pour être à proximité du Service d’Action Civique, plus connu sous son acronyme de SAC.