Roméo Elvis © Martin Gallone

Ils s’appellent Lomepal, Ash Kidd, Lorenzo ou Roméo Elvis, ce sont les nouveaux venus dans le rap game francophone. Une scène qui effectue le grand écart entre romantisme et trash attitude, gros son qui tache et électro ciselée, fidèle à la devise hip-hop : repousser les limites, les convenances et les conventions.

Les nouveaux enfants du rap francophone ont tous effectué leurs premiers pas sur le Net, où leurs clips dépassent allègrement les plusieurs millions de vues sur Youtube, devenue incontournable, particulièrement pour les musiques urbaines. Un artiste comme Orelsan a été l’un des pionniers de cette tendance : lui aussi aime les lyrics bruts de décoffrage et l’humour trash, a grandi sur le réseau avant d’entrer par effraction dans le cercle des artistes reconnus par l’institution. Celle-ci a bien été obligée de reconnaître son succès en le couvrant de récompenses aux dernières Victoires de la musique.

N’en déplaise aux oreilles sensibles et aux esthètes effarouchés, ces jeunes loups ont chacun leur patte à eux. Lorenzo, incontestable « empereur du sale », a créé le buzz en vendant l’unique exemplaire de son album 75 000 € sur Ebay… il ne fait pas dans le détail et marche sur la France avec une armée de punchlines cradingues. Lomepal verse quant à lui dans une poésie étrange, aime les productions bien balancées, les nappes rêveuses, les accords de guitare, qui contrastent avec son franc-parler : il peut parler beau ou rapper au ras du sol… comme les histoires qu’il nous conte. Ash Kidd, c’est l’enfant chéri d’une culture marquée par le R’n’B d’outre-Atlantique, un son qui fleure bon les années 90 et une posture de lover impitoyable, tantôt blessé tantôt affamé. Roméo Elvis est lui aussi toujours là où on ne l’attend pas : sous ses airs nonchalants et son flow traînant, le bruxellois n’a rien à envier à ses confrères français. « C’est l’heure de les baiser fort » clame-t-il sur Nappeux, titre issu de son dernier album Morale 2luxe : un message à tous ceux qui continuent à laisser les mecs comme lui sur la touche. Ce pourrait presque être une devise embrassée par tous les rappeurs pré-cités, si la loi de l’ego-trip refusait d’adopter ainsi la punchline d’un autre.

La scène hip-hop de la seconde partie des années 2010 est toujours le porte-voix d’une génération qui a priori n’a pas envie de mettre les formes. Mais le beat est toujours aussi mutant, continue à digérer le jazz et la funk, qui tournent toujours en boucle ; parfois sur des sons triturés ultra-produits, mais ils sont bien là. Et comme après les premières block-parties, où le MC a vite pris le pas sur le DJ, les mots sont au cœur de la musique de Lomepal, Lorenzo, Ash Kidd, Roméo Elvis et leurs semblables. Des mots qui créent la polémique, un succès qui déroute l’establishment… bref, tout va bien sur la planète du rap français.

Lomepal le 29 mars, Ash Kidd le 3 avril,
Lorenzo le 6 avril, Roméo Elvis le 4 mai
À la Rockhal d’Esch-sur-Alzette
www.rockhal.lu