Passer l’été de ses douze ans à la campagne, chez ses grands-parents, quel souvenir ! Avec tendresse et sans nostalgie, André Faber promulgue L’amour à Bénestroff. Chouette.

Connu – et comment ! – pour ses BD qui, en quelques cases, chroniquent l’époque et les gens qui la composent avec beaucoup d’à propos (le fameux strip de Monsieur l’Homme) ou pour l’album illustré, Le chat sourit à Metz, que chaque Messin se doit de posséder dans sa bibliothèque et où il saute aux yeux que l’auteur et sa ville sont félins pour l’autre, André Faber est un artiste complet. Dessinateur, c’est entendu, mais aussi écrivain, qui mériterait (pour commencer) le Goncourt du titre, s’il existait, pour l’ensemble de son œuvre : Les hauts-fourneaux ne repoussent pas, Tous les grands-pères sont poilus, La quiche était froide… Et voici qu’aux éditions Libertaires, notre homme publie L’amour à Bénestroff, ode joyeuse et tendre et profonde et drôle aux vacances de sa jeunesse passées chez ses grands-parents, dans le Saulnois. Bénestroff ? « Le plus beau village du monde », et André Faber nous démontre en 138 pages la véracité de son affirmation.

« Le monde était si petit qu’il aurait pu tenir tout entier dans Bénestroff. Qui connaissait plus de cinq personnes connaissait un Bénespérien », écrit Faber, qui sait ainsi de source sûre que « le Général détestait le foie de veau. » L’été de ses douze ans, son héros (« le Piteur ») rencontre Emma et décrète l’amour. Voici un récit épique et posé à la fois, qui rappelle les vertus des chouettes souvenirs. Mais Faber, ce serait mal le connaître, ne cède rien à la nostalgie : « Il y en a qui racontent des choses où tout était mieux avant. Que les pommes étaient plus sucrées et plus juteuses, les mouches moins hargneuses, le ciel plus rose et l’herbe tellement verte qu’on en aurait mangée à quatre pattes et les vaches avec. La misère était plus douce, les guerres se faisaient avec amour, les chats ronronnaient derrière le poêle (…). Mais ce n’était pas comme ça à Bénestroff. Non. C’était autre chose. » Une idée du bonheur, l’idée d’un paradis.

 

L'amour à Bénestroff livre André Faber

L’amour à Bénestroff d’André Faber,
Les Éditions Libertaires, 138 pages, 13 euros
editions-libertaires.org