© A. Mébarki

Grand amateur de blues programmateur de feu le festival Vache de Blues et aujourd’hui de Mécleuves Terre de Blues, musicien, directeur de l’agence Eurovia de Florange, Nicolas Vallone vit ses passions à fond. Avec, avant toute chose, l’attachement à l’humain et aux copains.

À chaque fois que l’on évoque avec Nicolas Vallone les festivals qu’il a contribué à créer, c’est une plongée garantie dans l’histoire nord-américaine et ses musiques populaires : blues et rock’n’roll, musique cajun, gospel aux origines de la soul music, blues électrique de Chicago, héritage des work-songs des esclaves afro-caribéens… en vingt-cinq ans, il a fait venir des États-Unis et d’Europe pas mal de pointures au croisement de ces cultures diverses. Avec un principe : « je ne programme que des gens avec qui je me sens bien, des mecs généreux comme Sugaray Rayford, qui a fait pleurer le public l’an dernier, explique-t-il. Tout est fait pour que l’ambiance soit familiale et conviviale, dans des événements à taille humaine ».

De Vache de Blues entre 2001 et 2015 à Villerupt en passant par le Terville Summer Blues jusqu’à Mécleuves Terre de Blues, près de Metz, qui fêtera en septembre sa troisième édition, Nicolas Vallone s’est toujours entouré des « copains » : la bande de Bill, l’ami disparu qui rêvait d’un festival de blues dans la région, puis ceux de Mécleuves autour du journaliste Jean-Marie Vannesson et du directeur de la MJC Philippe Manzano, « Le blues est une musique simple, elle te touche directement. C’est comme quand tu joues de l’harmonica : le son vient de là » explique-t-il en désignant son ventre.aujourd’hui maire du village. Une évidence pour ce natif de Fameck dont l’enfance rappelle les bandes-dessinées de Baru, qui croquent la jeunesse du bassin houiller lorrain avec en toile de fond l’explosion du rock’n’roll. Comme l’auteur de Quéquette blues, les parents de Nicolas ont débarqué d’Italie, leurs gamins se mêlant aux Français, Portugais, Espagnols et Maghrébins pour des parties de foot et des séances de démontage de mobylettes. « Il y avait des familles de toutes origines qui se mélangeaient sans problèmes, je garde un excellent souvenir de ces années-là » raconte-t-il. Et des vacances en Italie, où un cousin organisateur de concerts lui offre son premier harmonica. Un instrument qui ne le quittera plus, jusqu’aux groupes de potes comme les Blue Magoo’s, les Vecchi e Brutti et aujourd’hui Kapra avec son fils Antoine.

Entre-temps, Nicolas, devenu chef de famille à 18 ans, a du subvenir aux besoins de la fratrie : il choisira la voie de conducteur de travaux et comme son père maçon rejoindra Cochery, qui ne s’appelle pas encore Eurovia, avant de grimper les échelons (voir encadré). Il faut dire que Nicolas Vallone fait rarement les choses à moitié ; il admet même avoir un petit côté obsessionnel. Chez lui, il a rassemblé plus de 1500 vinyles et 2000 Cd de blues et de jazz, une vaste collection de micros, d’harmonicas, d’amplis à lampe et de magazines français, américains voire finnois… il compulse tout, note les noms, écume les disquaires strasbourgeois et parisiens pour faire les liens et construire son petit réseau mental. Une culture qu’il mettra plus tard à profit pour faire venir dans un coin reculé de Lorraine des artistes de légende comme le Chicago Blues Living History, Joe Louis Walker, Sonny Rhodes ou Sugaray Rayford. Et lorsqu’on l’appelle, deux ans à peine après la fin de Vache de blues, pour « donner quelques noms de groupes locaux » pour un festival à Mécleuves, il préfère « tout faire à fond » : « On a tracé des plans pour installer un chapiteau de 1000 places dans un champ à côté de la MJC et j’ai fait venir des américains, des européens, des français aussi car notre scène blues est très dynamique, elle est d’ailleurs à l’honneur de l’édition 2020, indique le directeur artistique. Je voulais faire les choses en grand ». Le passionné/obsessionnel est donc reparti de bon cœur dans l’aventure, mais à une condition : « ne pas dépasser 5 000 personnes. Je veux pouvoir reconnaître les visages quand je me promène sur le festival ».

Dans cette foule, on trouve des connaisseurs mais aussi ceux qui viennent avant tout pour l’ambiance : fidèle à ses origines populaires, le blues sait rassembler. Sa vibration à la source de la soul, du rock’n’roll, du jazz a quelque chose de magique qui a offert aux festivals de Nicolas Vallone des concerts de folie et des soirées qui n’en finissaient pas autour de sessions improvisées. « Le blues est une musique simple, elle te touche directement. C’est comme quand tu joues de l’harmonica : le son vient de là » explique-t-il en désignant son ventre. On en est plus que convaincus après deux heures passées en compagnie de Nicolas Vallone : c’est dans les tripes que ça se passe. L’homme, qui n’a jamais voyagé aux États-Unis à la rencontre de ses idoles, a préféré les faire venir sur ses terres. Là où plane aussi l’esprit du blues, entre les hauts-fourneaux à l’abandon et les ruelles des cités ouvrières autrefois remplies des cris des copains… qui aujourd’hui résonnent devant la scène.

Mécleuves Terre de Blues
Les 4 et 5 septembre à Frontigny-Mécleuves
www.mtb-mecleuves-terre-de-blues.com

On the road

Cest sans surprise que Nicolas Vallone, adepte de la convivialité propre à l’univers du blues, met en avant le côté humain de son métier : les travaux publics. Il rejoint l’entreprise Eurovia en 1983 en tant que conducteur de travaux jusqu’à devenir en 2002 directeur d’agence à Florange, le siège historique de l’entreprise, qui s’appelait encore Cochery à son arrivée à 22 ans, après des études à l’École Spéciale des Travaux Public de Paris. Il évoque la solidarité et son rôle de guide, presque de grand frère auprès des plus jeunes. « C’est une vision qui peut sembler paternaliste et un peu désuète, néanmoins c’est ce que j’ai fait toute ma vie » explique-t-il. Il souligne aussi l’innovation au cœur d’un métier qui souffre toujours selon lui d’un déficit d’image : « on dit encore : « si tu travailles mal à l’école, tu iras casser des cailloux sur les routes »… il faut amener la nouvelle génération vers des métiers qui se sont spécialisés et modernisés. On a encore du mal à trouver de nouvelles recrues, et quand je partirai, je veux qu’il y ait le maximum de jeunes dans mes équipes ».

À quelques années de la retraite, Nicolas Vallone a pris la tête de la délégation lorraine du syndicat Routes de France, un poste où il est amené à travailler en étroite collaboration avec ceux qui sont parfois ses concurrents. « Décrocher des contrats face à d’autres entreprises, ça peut être très dur, mais je suis fier d’avoir acquis la reconnaissance et la confiance de mes pairs, et à coopérer avec eux pour défendre la profession ». Au fil des ans, il a participé à des chantiers comme ceux du Technopôle de Metz, de la centrale de Cattenom, du doublement de l’A31, de l’aéroport de Louvigny, de l’usine Smart de Sarreguemines ou bien encore de l’aciérie Sollac à Florange. Pour résumer l’état d’esprit de la profession, Nicolas Vallone, sourire en coin, a cette phrase qui rappelle encore une fois l’organisateur de festivals qui sommeille en lui : « Aujourd’hui, on est guidés par GPS mais on fait toujours des grillades sur les fins de chantiers : on a gardé le meilleur de la tradition et de la modernité ».