(© Luc Bertau)
Il a sept ans lorsqu’il goûte aux premières joies de la natation. Ça se passe à Audun-le-Tiche, au bout de sa rue, « il y avait la piscine de l’usine de Micheville, chauffée par le refroidissement des hauts-fourneaux » . Soixante-six ans plus tard, Lucien Gastaldello est toujours dans le bain, infatigable militant du sport. Entre temps, il fut gymnaste, maître-nageur-sauveteur, vice-président de la Fédération Française de Natation et président du Comité Régional Olympique et Sportif (CROS) de Lorraine, entre autres passions et missions.

C’est sur le ton de l’évidence qu’il décline son lieu de naissance : « je suis né à Audun-le-Tiche » . Puis sur le ton de l’humour, il parle de ses racines, de ses parents italiens nés en Allemagne et vivant en France. Heureux mélange pour celui qui va faire de la Lorraine, et particulièrement du sport lorrain, le fil rouge de sa vie. De l’époque du petit bonhomme qui barbotait dans le bassin de l’usine, à celle du personnage public qui a marqué le sport lorrain et la natation française, de l’eau, beaucoup d’eau, a coulé sous les ponts.

Les temps ont changé mais la nostalgie semble n’avoir que peu de prise sur Lucien Gastaldello. Pas de regrets, en tout cas. Simplement le constat que les pratiques du sport ont évolué. Il en a été le témoin direct, et parfois l’acteur.Lucien Gastaldello :  « On ne prime pas assez les beaux gestes et on oublie parfois le travail fantastique réalisé dans les petits clubs. »« Aujourd’hui, ce qui me gêne le plus, c’est ce qu’on nous montre à la télévision, qui n’est pas forcément le bon exemple en matière de sport. Ce qui me gêne, ce sont ces sportifs qui ne pensent pas toujours à ce qu’ils révèlent à la télé. Il faut montrer le bon geste, le bon réflexe, par exemple le respect de l’arbitre. On ne prime pas assez les beaux gestes et on oublie parfois le travail fantastique réalisé dans les petits clubs. Il s’en passe des belles choses le dimanche sur les terrains, mais on ne nous le montre pas toujours à la télévision » .

Pour autant, il est loin de la rengaine du « c’était mieux avant » . Il suffit de le brancher sur la question du dopage pour le savoir : « le dopage, on a l’air de croire que ça tombe aujourd’hui. Mais il y en avait déjà dans les jeux de l’Antiquité ! » . Ses valeurs, forgées sur l’exigence et le partage, ont fondé une impressionnante carrière. Avant d’être un dirigeant, Lucien Gastaldello fut un licencié sportif, en gymnastique et natation, participant à plusieurs compétitions nationales. Il a fait aussi dans le basket, le hand, le vélo, la boxe et le water-polo.

Professionnellement aussi, le sport le rattrape très vite. Après un CAP d’électromécanicien et une période aux « feux continus » , à l’usine de Micheville, il entre à la mairie de Longwy comme chef de bassin puis directeur de la piscine. Le goût de la natation inonde sa vie, et elle est d’abord une histoire de famille. Une incroyable histoire ! Lucien épouse Amélie, qu’il rencontre dans les milieux sportifs. Amélie participe, en 1960, aux JO de Rome. Leur fils Éric fut champion de France, et premier record de France sur 50 mètres brasse. Leur belle-fille Véronique, « l’une des championnes les plus capées de l’histoire de la natation française » , étaient aux JO de Los Angeles et de Barcelone. Quant à la troisième génération, sa petite-fille Béryl, elle était récemment de la délégation française aux JO de Rio… et s’est fait tatouer, avec les anneaux olympiques, trois vagues marquant la continuité et l’attachement du clan Gastaldello à la discipline.

Le goût de la natation inonde sa vie, et elle est d’abord une histoire de famille. Une incroyable histoire !Bien au-delà des nageurs compétiteurs de haut-niveau, Lucien Gastaldello s’engage dans une démarche plus corporatiste, en menant les négociations avec la ministre des Sports de l’époque (Edwige Avice, gouvernement de Pierre Mauroy) pour l’évolution du statut des maîtres-nageurs-sauveteurs, les MNS comme on dit … qui ne savent peut-être pas tout ce qu’ils doivent à ce Lorrain pour la progression de leurs carrières. Lucien Gastaldello sera aussi à l’origine du fameux BEESAN, Brevet d’État d’Éducateur Sportif des Activités de Natation.

Au-delà de cette discipline, Lucien Gastaldello laisse une belle et profonde empreinte dans le milieu du sport lorrain, en tant que dirigeant du CROS, Comité Régional Olympique et Sportif de Lorraine. Il présidera cette institution pendant 16 ans, n’ayant manqué que l’assemblée générale constitutive en 1973, et portera notamment la pérennisation de la Maison Régionale des Sports basée à Tomblaine (lire ci-dessous).

Ce CROS, assez mal connu hors des milieux sportifs, est un rouage essentiel du sport lorrain, dont les missions définies par les statuts révèlent en fait un pivot de la politique sportive en région. L’idée, en reliant le monde sportif, les collectivités, notamment la Région, et les services de l’État, est de développer une politique unitaire et cohérente sur un territoire. Le coureur de fond Gastaldello, membre du CESER – Comité Économique, Social et Environnemental Régional du Grand Est – anciennement CESEL lorrain, aime aussi parler de territoire. Il siège dans cette assemblée au titre du mouvement associatif lorrain.

Il sait, avec la nouvelle configuration des régions, que son art de la négociation sera sans doute plus utile aujourd’hui qu’hier. Et s’il n’est pas du genre nostalgique, là peut-être en pince-t-il pour ce qu’il y avait avant ! « Avec Catherine Zuber et Jean-Paul Omeyer [NDLR : respectivement déléguée à l’Économie Sociale et Solidaire et à la Vie associative et président de la commission Sports], nous avons de bons interlocuteurs. On va réussir à préserver des choses pour la Lorraine mais il faudra négocier. On avait l’habitude de lier les dispositifs État-Région, or l’Alsace a des pratiques différentes » . Et si ce n’était que là …

LA MAISON RÉGIONALE DES SPORTS SON BÉBÉ !

Toujours cette idée d’unité, de cohérence, de vision commune. C’est avec cet état d’esprit que Lucien Gastaldello a porté la Maison régionale des sports, basée à Tomblaine, la plus grande en France. Quelques chiffres suffisent à illustrer la puissance de l’institution. Une ruche ! « En acquérant et réhabilitant cette structure en 2000, la Région Lorraine a voulu répondre à des besoins de structuration du mouvement sportif lorrain, qui représente aujourd’hui 6 500 clubs, 570 000 licenciés [NDLR : le quart de la population lorraine] et près de 50 000 bénévoles ».

C’est un lieu de vie, d’échanges, de conseils – financier, administratif, juridique ou sportif – un lieu de formation et de partage. « 3 550 clubs lorrains bénéficient de cet outil performant, implanté sur un vaste espace de 6 500 m², animé quotidiennement par 130 salariés » . Une véritable courroie de transmission, l’un des fleurons du bilan de Lucien Gastaldello à la tête du CROS. Il parle de « son bébé » . La maison commune des sportifs lorrains, idéalement placée au cœur de la région Lorraine, à quelques pas de Nancy, s’est installée durablement dans le paysage pour plusieurs raisons, pratiques et techniques d’abord, prouvant son efficacité et sa proximité.

Elle porte aussi un état d’esprit, sportif et lorrain, et une belle ambiance (les sportifs sont généralement fortiches en la matière ! ). Lucien se souvient notamment de cet après-midi du 6 juillet 2005 : « À l’époque, il n’y avait pas encore l’extension du bâtiment, j’avais ramené une grande tente, j’avais invité toutes les ligues, les politiques, les partenaires, pour qu’on assiste ensemble devant la télé à la désignation, à Singapour, de la France pour les JO de 2012 à Paris. On était chauds de chez chaud ! Il y avait plein d’athlètes, c’était la fête … et là, catastrophe, Londres nous est passé devant » . Vous pariez que la fête s’est poursuivie ? Fair-play jusqu’au bout, les Lorrains !