Ce nouveau recueil d’histoires courtes d’Adrian Tomine, figure du comic indépendant américain, Les Intrus, nous projette au cœur de la vie d’individus aux prises avec leur quotidien. Chez Cornélius.

Adrian Tomine débute sa carrière d’auteur de bande-dessinée à 17 ans avec la série Optic Nerve, d’abord auto-éditée avant d’être découverte par le monde de l’édition. Il y affine progressivement son trait et son propos, se rapprochant de plus en plus de son modèle Daniel Clowes, adoptant un format de type « nouvelle » dont il ne s’éloignera que pour son album Loin d’être parfait. Ses histoires ne semblent avoir ni début ni fin : on y est parachutés au milieu de la vie empreinte de banalité, de solitude (et souvent de médiocrité) de personnages des deux sexes, souvent jeunes, qui naviguent à vue dans un quotidien sans réelle perspective.
Avec Les Intrus, recueil de six histoires courtes, nous suivons, entre autres, un paysagiste dont les ambitions artistiques peu convaincantes finissent par affecter la vie de famille, une jeune fille alcoolique qui s’attache à un fan de base-ball en apparence prévenant, ou encore une ado introvertie souhaitant faire carrière dans le stand-up, sous le regard d’un père un peu dérouté avec qui le conflit couve en permanence. Voici quelques tranches de vie de ce que le Rêve américain déteste le plus : les losers. Tomine, ne sombrant jamais dans le pathos, affine le cynisme de ses débuts en lui injectant une pointe d’humour, et laisse toujours l’espoir poindre, le plus souvent au moment de conclure abruptement ses récits : on a toujours ce sentiment que la vie continue malgré tout, qu’une parenthèse se referme. Le véritable génie de l’auteur, dont le trait est aussi fin et précis que les histoires sont justes et émouvantes, est de parvenir à donner une profondeur à ses personnages en faisant résonner leurs doutes et leurs attitudes, désolantes, remarquables ou simplement touchantes à travers notre propre expérience, comme des reflets de nos actes manqués.