Édouard Louis © DR

Dans son troisième livre Qui a tué mon père aux éditions du Seuil, Edouard Louis raconte son père et dénonce ceux qui l’ont meurtri, dans son cœur, sa tête, son corps.

Dans son premier roman, Eddy Bellegueule, Edouard Louis racontait son adolescence dans un village, lorsque l’on est pauvre et homosexuel. Dans le suivant, Histoire de la violence, il raconte la violence, l’agression, le viol dont il a été victime… Avec Qui a tué mon père, le jeune auteur de 25 ans, raconte le père. Le père laminait par la violence sociale, par les politiques de droite, comme de gauche. Le romancier donne d’ailleurs leurs noms : « Jacques Chirac et Xavier Bertrand te détruisaient les intestins », « Nicolas Sarkozy te faisait comprendre que tu étais en trop dans le monde, un voleur, un surnuméraire, une bouche inutile », « Hollande, Valls et El Khomri t’ont asphyxié »… La tête sous l’eau. Que l’on ne boit pas. « Dans le monde du père, on boit beaucoup et on a une idée bien précise de ce qu’est un homme. On ne rigole pas sur ces questions-là, surtout devant les copains. Alors avoir un fils qui aime jouer la fille, un garçon qui travaille bien à l’école, c’est la honte ». Le père en aurait préféré un autre, de fils. Il l’a dit, une fois, publiquement. Mais tout ce cirque, la « honte d’aimer » n’empêche pas les sentiments, les déclarations détournées, les fous rires partagés…  D’ailleurs ce livre ne juge pas, pas plus qu’il ne sert à « réparer » ou ne transpire la vengeance. Ou alors pour venger le père de ceux qui avec leurs décisions, leurs lois et leurs réformes l’ont fait souffrir, vieillir. À 50 ans, son corps est fatigué. « Tu n’as pas eu d’argent, tu n’as pas pu étudier, tu n’as pas pu voyager, tu n’as pas pu réaliser tes rêves. Il n’y a dans le langage que presque que des négations pour exprimer ta vie. Ta vie prouve que nous ne sommes pas ce que nous faisons, mais qu’au contraire nous sommes ce que nous n’avons pas fait ». 100 pages, comme une claque.