Cinq ans après Emballage d’origine, la chanteuse Karimouche revient à la chanson avec Action, un album enjoué et bouillonnant, tout comme elle. Alliant poésie et humour, il confirme le penchant de la Charentaise pour le mélange des genres. Et ça lui va bien !

Karimouche-Sur-les-toits-couleurs (©Photo Victor Delfim)Elle aurait pu prendre la place d’Annie Girardot dans le film de Michel Audiard, Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas… mais elle cause. La remarque fait sourire Karimouche. « C’est vrai que ça me correspond bien. Je viens d’une famille de femmes qui parlent beaucoup, c’est notre côté méditerranéen. » Cette Charentaise berbère, comme elle aime se présenter (elle est née à Angoulême de parents marocains), est aussi volubile que franche du collier. Pas vraiment copine avec les catégories, Karimouche ne l’est pas davantage avec les comparaisons, comme sa gouaille rocailleuse qui fait penser à Zaz. « À nos débuts, on nous a souvent rapprochées, mais nos univers n’ont absolument rien à voir. » Karimouche fait du Karimouche, point. Libre comme un électron.

Le morceau inaugural, Action, qui est aussi le titre de son 2ème album, est une bonne manière de faire connaissance avec cette artiste touche-à-tout, elle qui a flirté avec le stylisme-modélisme, pris des cours de théâtre et appris à manier des marionnettes, entre autres… Le clip de cette pièce, pétillant et entêtant, dénonce avec légèreté le côté Big Brother de notre société. On y découvre une Karimouche danseuse, une autre de ses grandes passions avec la comédie (ndlr : elle a fait partie de la prestigieuse compagnie de hip-hop française Käfig), et qui aime se jouer des genres, oscillant entre la modernité et le passé. Elle jongle aussi, à travers ce projet mené tambour battant, entre le chant, le rap et le slam.

Dans son petit laboratoire, il y a toujours de la place pour les épices, ou pour un petit tango chevrotant (Des mots démodés), petite douceur surannée qu’elle intercale dans un ensemble nerveux et jovial, auquel a collaboré la rockeuse et Messine MELL.

« Je suis comédienne, je raconte des histoires, mes chansons sont de petits sketches. »

L’humour et la poésie rôdent souvent dans les parages, et le décor de cinéma cache parfois une réalité larvée, comme sur Mon nom est personne, qui aborde sous l’angle du western la question de l’immigration. Bien vu. Chaque piste de cet album produit par l’accordéoniste Lionel Suarez a d’ailleurs été conçue comme un court-métrage. « Moi, je suis comédienne, je raconte des histoires, mes chansons sont de petits sketches. J’aime les choses imagées et j’ai envie de me balader dans les styles, d’expérimenter », avait-elle confié lors de la sortie en 2010 d’Emballage d’origine, son premier disque. Cinq ans après, la recette est la même, mâtinée d’effluves orientales.

Réaliste mais pas moralisatrice, Karimouche aime dépeindre la vie loin des dorures et des paillettes. Comme elle aime se retrouver sur cette scène qui lui procure tant de vibrations. « Je fais ce métier pour ça. Mes chansons ont d’ailleurs été construites en pensant au show. » Le terrain de jeu propice pour cette comédienne et danseuse qui puise dans le partage son envoûtante énergie.


HYMNE À L’AMOUR

Karimouche-AlbumDe son propre aveu, Karimouche éprouve beaucoup d’affection pour la chanson Ki C Ki MM. « Pour son côté combat de boxe », précise-t-elle à propos de ce morceau au parfum oriental écrit par Magyd Cherfi, du groupe Zebda. Aussi à l’aise sur un ring que sur une scène, son interprète est du genre à enfiler les gants quand on veut la coincer dans les cordes ou pour combattre les préjugés. « Sujette à la fonte des plombs », la dame a du répondant, un caractère bien trempé et une aversion pour le verbe subir (« J’préfère crever que de devenir molle »). En revanche, elle dégaine la sulfateuse quand il s’agit de causer. La tchatche est génétique. « Je saoule et pourtant je bois de l’eau ». Au-delà de cet autoportrait sans détour, il y a aussi cet amour qu’elle prescrit à une société française vérolée par la haine. « Cette chanson, c’est un hymne. Quelle que soit sa culture et son apparence, on a tous besoin d’être aimés », clame-t-elle. Un autre direct « façon La Motta » que Karimouche décoche, sans craindre de blesser. Les coups portés pour la bonne cause font toujours moins mal.