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« L’effet de sidération », consécutif aux attentats meurtriers du vendredi 13 novembre 2015, aura été de courte durée. Peut-être parce qu’il n’était qu’une création médiatique. Nos gouvernants, en tout cas, n’ont jamais vraiment été KO debout. François Hollande, d’habitude si prompt aux atermoiements, a pris, instantanément, la mesure de la posture à adopter. Pour répondre aux attentes légitimes de la population, certes, mais aussi, on ne peut s’empêcher de le penser, pour s’offrir les perspectives d’une nouvelle projection personnelle de son avenir politique.
Le discours habituel s’est mué en rhétorique belliciste, pour mieux afficher l’entrée dans une ère de rupture. Le garant des institutions s’est drapé de l’habit de chef de guerre et, si l’on en croit les sondages, l’opinion publique lui tresse déjà les lauriers du « Père la victoire » qu’il s’est, désormais, fait fort de devenir. L’opposition nationale, après avoir failli glisser dans les ornières des postures politiciennes (chassez le naturel, il revient au galop !), n’a pu faire autrement, pressée par sa base, que de se ranger derrière lui, dans un rétablissement de posture digne des meilleurs contorsionnistes. Et c’est au château de Versailles que le Président, en monarque républicain, s’est fait adouber par le Parlement réuni en Congrès.
C’est la caractéristique des vrais Hommes d’État, de savoir bomber le torse et garder la tête froide, au moment où la Nation met un genou à terre. C’est l’apanage des grands gouvernants, de savoir écrire, dans l’instant, les pages renouvelées du « roman national », pour un objectif unique : enfanter de l’ordre. Sous couvert de sémantique guerrière et de durcissement de l’arsenal répressif, ce dont il est question c’est moins d’assurer la sécurité que de chercher à la rétablir.
Enfanter de l’ordre symbolique, par la réappropriation de tous les « vieux » emblèmes que la classe politique (hormis, malheureusement, le Front National) avait abandonné, les croyant surannés : le drapeau tricolore, l’hymne national, le patriotisme. Enfanter de l’ordre sécuritaire, coûte que coûte. Pour le coût financier, le Président Hollande l’a dit très clairement : le pacte de sécurité prendra le pas sur le pacte de stabilité. On peut désormais, sans vergogne, jeter aux orties les bienfaits, pour les générations futures, du respect des grands équilibres budgétaires. Pour le coût humain, il en ira de même : la lutte contre le terrorisme va continuer à restreindre le champ des libertés publiques, de nos libertés. Cela avait commencé après les attentats de Charlie Hebdo, cela se poursuit désormais à travers la proclamation de l’état d’urgence et la mise en œuvre de mesures d’exception dont le Ministre de l’Intérieur nous a déjà prévenu qu’elles ont vocation à devenir mesures de droit commun. Au point déjà de laisser entendre que les Droits de l’Homme seront mis à mal. Un comble au pays des Lumières.
Même l’Assemblée nationale n’a plus qu’à se taire, si elle ne veut pas être taxée de faire le jeu du terrorisme. Ils n’ont été que sept députés à ne pas voter l’État d’urgence. La capacité de débattre n’a plus cours lorsque l’émotion est instrumentalisée dans la commémoration permanente.
Mais l’ordre ne constitue jamais un projet de société. Les mesures prises sont trop fortes, comme chaque fois qu’il s’agit de rattraper les retards pris depuis trop longtemps. Car, sous couvert de sémantique guerrière et de durcissement de l’arsenal répressif, ce dont il est question c’est moins d’assurer la sécurité que de chercher à la rétablir.
Terrible aveu d’impéritie de la part de toute la classe politique et de toute une génération de dirigeants publics. Il ponctue plusieurs décennies de petites capitulations successives sur les valeurs et de grandes erreurs stratégiques dans la politique internationale. Autant de raisons qui nous ont empêchés de voir que le monde avait changé.
Le monde a fait irruption en France, équipé d’armes lourdes dont il faudra bien, un jour, se demander qui les fabrique, qui les vend et qui les paie. Comme il nous faudra créer une nouvelle dynamique qui ne pourra se limiter à la recherche de l’ordre pour l’ordre, ici en France et partout ailleurs, à l’international.