© Illustration : Fabien Veançon

« Mais combien de morts faudra-t-il, pour qu’on agisse enfin ? » c’est souvent, cette question lapidaire, emplie d’irritation et en forme de jugement a priori, que la vox populi convoque, quand elle veut pointer du doigt l’incurie présumée de la puissance publique. Une interrogation qui a toute sa place à l’issue (provisoire) de la crise du Coronavirus.

Il aura fallu presque 30 000 morts directement liées à la récente pandémie, pour que l’Etat français envisage enfin de se mettre sérieusement au chevet du système de santé. Jusqu’à présent, les plans de rationalisation drastique, s’étaient succédé dans la même logique froide, provoquant de la grogne, générant manifestations et pétitions, déclenchant parfois des grèves, mais sans que cela soit suffisant pour en faire un débat de société. On nous rebattait les oreilles avec la punchline selon laquelle « la santé n’a pas de prix elle a un coût », manière de culpabiliser les praticiens, mais surtout les patients, considérés comme des « consommateurs » irresponsables de santé.

Par on ne sait quel axiome, la santé a toujours été considérée comme une charge, un centre de coûts, alors qu’elle est d’abord un centre de profits collectifs. Nous savons maintenant que la stratégie suivie et largement partagée depuis des décennies par les gouvernements successifs de la République, était pure folie. Les pays dont le système de santé était mieux préparé, ont non seulement mieux fait face au plan sanitaire mais, qui plus est, sauront s’en sortir plus rapidement au plan économique. Le covid-19 nous a rappelé, à sa manière, que la santé est un bien commun et peut-être le premier d’entre eux. Une preuve par l’absurde en quelque sorte, imposée par un virus venu d’ailleurs.

À sa manière, Le covid-19 nous a rappelé que la santé est un bien commun.Voilà désormais le ministre de la santé Olivier Véran, sommé par le président de la République de concocter un plan pour l’hôpital d’ici l’été. Rien que cela. Comme si le temps perdu pouvait se rattraper et la précipitation être une sage conseillère. Mais il faut bien donner le sentiment que l’on a compris les attentes et anticiper la vindicte populaire et les procès en négligence. Car dorénavant, on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas. D’autant que l’on a compris que le « système », ne tiendra pas éternellement sur les simples bonnes volontés et l’investissement total des personnels de santé. Ils ne pourront, chaque fois, sauver la mise des dirigeants.

La tâche est déjà lourde en soi et il faut vite faire oublier les premières idées évoquées ici ou là, par quelques élus nationaux hors sol : distributions de médailles, attribution de chèques vacances ou de congés supplémentaires. Par-delà leur côté ridicule et inadaptées à la problématique de fond, elles sont apparues comme des provocations à l’égard d’une profession dont on n’a pas arrêté de louer les mérites tout au long des deux mois passés, à grands renforts de concerts et d’applaudissements sur les balcons.

Mais pour agir, il faut savoir, connaître et être crédible. À n’en pas douter, Olivier Véran sait. Il est issu du sérail. Pour ce qui est de connaître, l’intéressé a eu une formation en accéléré après avoir été bombardé Ministre de la santé pour cause de campagne électorale à Paris. Quant à la crédibilité, ce sera un peu plus compliqué. Parce que la parole de l’Etat a été fort discréditée tout au long de la crise sanitaire. Entre l’insuffisance d’équipement de protection destinés aux soignants « en première ligne  », la polémique sur les masques, les cacophonies de communication, l’action fortement affichée des collectivités territoriales, les pressions des maires, il est devenu difficile de s’y retrouver et, partant, d’accorder du crédit à la parole publique.

Les mesures d’urgence préconisées sont bien sûr financières et c’est bien le moins pour une profession dont on découvre que les émoluments se situent nettement sous les seuils des moyennes européennes. On parle aussi de revisiter les 35h pour la fonction publique hospitalière. Un moyen de permettre à ses agents de travailler plus pour gagner plus mais aussi la prise en compte, enfin, de la réalité du travail en structure de santé. La ligne de crête est mince pour le ministre mais aussi pour le chef du gouvernement et le président de la République. Si leurs aïeux devaient prendre garde de « ne pas désespérer Billancourt », eux doivent prendre garde à ne pas décevoir l’Hôpital et la nation toute entière.