FOCUS : LA RENTRÉE LITTÉRAIRE

Comme le coq au vin ou les crêpes, la rentrée littéraire une spécialité française. L’ambition des éditeurs est de placer leurs auteurs dans la course aux prix littéraires et d’attiser les ventes de livres lors des fêtes de fin d’année. 

Une exception française… En tout cas, c’est en France (et en Belgique francophone) que cela prend de telles proportions. Dans une majorité de pays, les livres sont publiés au fil du temps. Certaines années, ce sont plus de 600 livres qui ont été lancés sur le marché en août/septembre. L’emploi du passé s’impose car ces dernières années, cela tourne davantage autour de 500, histoire peut-être de laisser les livres un peu mieux « respirer ». 

Pourquoi à cette époque de l’année ?

La question se pose puisque l’on peut raisonnablement penser que les Français profitent de leurs vacances (estivales) pour lire un peu plus. C’est vrai. Mais en même temps, c’est à Noël que l’on offre certainement le plus de livres. L’explication réside surtout dans le fait que dans quelques mois, en novembre, seront dévoilés les (très nombreux) prix littéraires, comme le Goncourt ou le Renaudot qui ont le pouvoir de doper les ventes. Un Goncourt, c’est 400 000 ventes à la clé. Un Renaudot se vend en moyenne à plus de 220 000 exemplaires. Un bouquin n’a pas besoin d’être récent pour retenir l’attention des jurys mais comme tous les projecteurs sont braqués sur les nouveautés au moment même où s’opèrent les sélections et les lectures, bénéficier du tapage médiatique peut… aider. Il est d’ailleurs amusant de constater qu’à la rentrée littéraire sont mêmes publiés des livres consacrés à cette même rentrée.  

Une tradition qui remonte à…

1930 pour les uns, plutôt 1950 pour les autres. En tout cas après la création des principaux prix littéraires. 

Est-ce que la rentrée littéraire est une bonne affaire pour les éditeurs ? 

Sortir autant de livres en même temps peut sembler totalement absurde. Mais un éditeur peut-il faire l’impasse et ne pas participer à la fête et surtout ne pas mettre toutes les chances de son côté pour tenter de décrocher un prix ? Les grands éditeurs dirigent des entreprises, on peut dès lors imaginer que le jeu en vaut la chandelle, en tout cas dans la durée. D’ailleurs, ils ne contentent pas de publier des livres, ils organisent des rencontres et des présentations, font le show, organisent des concours, s’activent sur les réseaux sociaux… Bref de véritables stratégies sont imaginées pour tenter de séduire les lecteurs, avec la collaboration de la presse et des libraires. En 2020, le marché du livre a été de près de 3 milliards d’euros, en France (source SNE, Syndicat national des éditeurs).

Les réseaux sociaux ont-ils changé la donne ? 

Certainement, tout particulièrement pour des auteurs encore peu connus ou qui publient leur premier roman. De nombreux sites et autres blogs leur sont aujourd’hui consacrés. Cela permet certainement à certains d’entre eux de sortir de l’eau et de bénéficier d’une couverture médiatique plus large et d’attiser ainsi leurs ventes. Durant la rentrée littéraire, des carrières se font. Et se défont, aussi. 

Les Français, dévoreurs de livre ? 

Différentes études (PR Newswire, par exemple) indiquent que c’est en Inde, en Chine ou encore en Thaïlande que l’on lit le plus. Plus ou moins 10 heures par semaine. La France fait néanmoins partie du Top 10 avec une moyenne de 7 heures de lectures hebdomadaires. Et que lisent-ils ? Des romans, de la BD et des livres pratiques. Mais, selon la dernière enquête réalisée par l’institut IPSOS à la demande du Centre National du Livre (CNL), en 2021, ces catégories seraient en recul alors que l’appétence pour les livres de reportages et d’actualité a progressé de 6%. Autrement dit, les Français se posent des questions… 

 

521 livres pour la rentrée littéraire

À en croire les médias spécialisés, ce sont 521 romans (et quelques essais) qui sont annoncés pour cette rentrée littéraire. Ce qui en fait une petite année, en termes de volume. Plus de 600 livres ont marqué certaines rentrées, par le passé. Parmi ces 521 livres, 379 sont des romans français dont 75 des premiers romans. 2021 se distingue donc aussi par un nombre en recul de livres étrangers. 

 

Les Français inspirés

Les Français sont tous des écrivains. Peut-être pas tous, soyons honnêtes. Il n’en reste pas moins vrai que durant les confinements de 2020, ils sont nombreux à avoir… écrit. Les éditeurs ont été submergés de manuscrits en tout genre. Tant et si bien que Gallimard s’était fendu d’un petit mot sur son site internet, au printemps dernier : « Compte tenu des circonstances exceptionnelles, nous vous demandons de surseoir à l’envoi des manuscrits. Prenez soin de vous toujours et bonnes lectures ».