Depuis son yussois, Patrick Weiten, actuel président UDI du Conseil départemental de la Moselle, fait le rêve d’une France des régions. De vraies régions avec des compétences et des marges de manœuvre qui rappelleraient un peu le modèle de notre voisin allemand. Mais, pour l’heure, ce centriste fédéraliste est en campagne. Ce qui, assurément, n’est pas pour lui déplaire car l’enjeu semble à la mesure d’une ambition nouvelle née de la réforme territoriale. Pour lui, ce serait un peu comme voir plus grand pour servir au plus proche.

C’était encore Lorraine Escaut, juste avant qu’Usinor ne l’absorbe en 1967. Enfant, Patrick Weiten, à Basse-Yutz d’où il est originaire, voyait son père sidérurgiste, rôdé aux « trois huit », enfourcher la mobylette pour se rendre à Thionville, à l’aciérie. Quelque chose d’ancré au plus profond chez lui, tout un train de souvenirs formé à Yutz, commune de Moselle située entre usines et terres grasses, pas très loin des Trois-Frontières. Yutz, avec ses gens d’ici ou venus d’ailleurs, ouvriers, paysans, commerçants. Yutz avec sa bière, sa limonade, ses cafés et son église où le jeune Patrick a d’ailleurs, longtemps, été enfant de chœur. Car, chez les Weiten, on ne badine avec le sacré. « Mon oncle présidait aux Cheminots et Postiers Catholiques de Yutz et y fut d’ailleurs le dernier « Suisse » paroissial… » aime-t-il à préciser, un tantinet nostalgique, entre deux évocations d’une enfance heureuse et en milieu populaire. Il sait, en observateur avisé de la vie politique nationale, mais aussi en acteur régional devenu incontournable, que le centre-droit a une réelle partition à jouer. En Moselle comme ailleurs.Privilège du sort, Patrick Weiten est l’aîné d’une famille de trois garçons. « On naît aîné, on meurt aîné » incante-t-il presque fataliste, à défaut d’être résigné. Peut-être à trouver ici l’origine de son penchant inné pour la prise de responsabilité… En effet, très tôt, son investissement dans la pratique du sport, le foot comme le volley (où il a évolué en championnat de Lorraine et de France, comme joueur ou arbitre et siégé au directoire du club yussois), lui font approcher et connaître le milieu associatif et prendre assez tôt la mesure des ressorts de la société civile locale.
Entré technicien à la Ville en 1976, il devient ingénieur en 1984 et directeur des services techniques, puis prend les rênes de la Semdy (actuelle Sodevam) avant de rejoindre le privé en qualité de directeur de la Crel, société spécialisée dans la construction de réseaux électriques et de télécommunications. Parallèlement, le virus de la chose publique s’empare de lui en 1993. À 39 ans, il se met en tête d’être candidat sans étiquette aux municipales de mars 1995, face au maire sortant René Wagner qui se trouve avoir été aussi son employeur… « Une campagne dure, qui fut humainement très éprouvante. Sur un plan privé, je perds durant cette période, mon beau-père et mon père…» se remémore celui qui, fourbu, l’emporte au final à la faveur d’une quadrangulaire des plus inédites mais des plus âpres. Dès lors s’enclenche une série de victoires qui le hisse au rang de figure repérée de la vie politique mosellane. En effet, élu et réélu conseiller général (puis départemental), de 1998 à 2015, il devient premier vice-président du Conseil général aux côtés de Philippe Leroy en 2008 pour finalement lui succéder en mars 2011.
Indépendant par nature, centriste, européen de cœur et de conviction, il rejoint le camp de l’UDI en 2012, séduit et emmené par l’atypique Jean-Louis Borloo. Il sait, en observateur avisé de la vie politique nationale, mais aussi en acteur régional devenu incontournable, que le centre-droit a une réelle partition à jouer. En Moselle comme ailleurs. Et ce, en des temps où la gauche gouvernementale, éprise de pragmatisme, déstabilise son socle électoral traditionnel. Où la gauche d’opposition peine à convaincre. Mais enfin et surtout, à un moment où la progression inquiétante du populisme FN lors des derniers scrutins constitue désormais une menace réelle pour ses valeurs démocrates, humanistes et européennes. C’est pourquoi, la radicalisation de certaines postures au sein de la droite républicaine, dont il demeure néanmoins un allié, l’inquiète franchement quand elle ne déclenche pas chez lui une de ses froides colères dont il a le secret. L’épisode Morano, début octobre, en est un pur exemple. De concert avec l’Alsacien Philippe Richert, chef de file de l’alliance Les Républicains/UDI/Modem pour les régionales de décembre prochain, il demande à ce que la députée européenne soit sine die remplacée à la tête de la liste de Meurthe-et-Moselle : « On ne peut pas imaginer que, quelqu’un qui se réfère à nos valeurs et en particulier aux miennes, qui sont celles que défendait Robert Schuman, puisse parler de « race » et isoler une partie de la population par rapport à une autre » rappelle-t-il, sans équivoque, lors de son Face à la Presse sur Mirabelle TV le 7 octobre.
Et pour endiguer les scores du Front National et ceux de tout autre adversaire sur le terrain, peut-on alors parler d’une méthode Weiten ? De cette façon d’envisager le mandat politique, un peu à l’ancienne diront certains. « Je fais de la politique avec les pieds », préfère-t-il opter, plus simplement. Ses pieds et « une mémoire d’éléphant » sans laquelle impossible de se souvenir de toutes ces personnes qui viennent vers lui au quotidien ou durant les campagnes. Et là bingo ! Cette proximité, et surtout le suivi qui lui sied, font mouche dans l’isoloir. Petit souvenir, lors des cantonales de 2001, il bat même le record de France avec 85,62% des suffrages exprimés. On le voit alors dans Paris Match en compagnie de Marianne, son épouse, devant une autre Marianne, celle qui incarne la République… Cette proximité servie par un physique de troisième ligne de rugby que d’aucuns trouvent rassurant et d’autres quelque peu figé. « J’ai le sentiment d’être méconnu, on se fait bien des idées sur moi mais il est clair que j’ai l’âme d’un sportif : je mouille toujours le maillot de l’équipe que je porte ! » Cette réforme territoriale, initiée par le gouvernement Valls, n’est pas spécialement celle qu’il souhaitait. Il sait, il sent le Département menacé. Alors, il le défend, bec et ongles.Actuellement, c’est avec le maillot de l’union de la droite et du centre qu’il s’engage dans cette épreuve inédite des régionales, à la conquête, aux côtés de Philippe Richert, « d’un territoire de 54 000 km2, soit deux fois la Belgique », Patrick Weiten ne compte pas faire de la figuration. Pas vraiment son genre. D’autant plus que cette réforme territoriale, initiée par le gouvernement Valls, n’est pas spécialement celle qu’il souhaitait. Il sait, il sent le Département menacé. Alors, il le défend, bec et ongles. Lui qui connaît par cœur la Moselle, ce territoire de plus de 900 communes avec tout le maillage d’élus locaux qui le portent et le servent. Il en a fait son cheval de bataille de cette entité administrative vieille pourtant comme l’An II ! « Il faut privilégier la proximité des gens et celle des territoires assène-t-il. Aujourd’hui on a décidé de créer une grand Région qui ne réfléchit qu’à la démographie et à la géographie. Nous aurons une région qui va représenter 5,5 millions d’habitants, soit la population du Danemark. Je me dis : « et le citoyen dans tout ça ? » » Sa proposition, au risque de contrarier certains métropolitains convaincus : « Il faut qu’il y ait un relai départemental dans la future instance régionale » Traduisez un relais départemental revigoré dans ses compétences…
Et ce, à un moment où la compétence économique, par le truchement de la loi NOTRe, est retirée aux départements au profit des régions. Quid alors de TerraLorraine, projet de mégazone sino-européenne qui devait créer à Illange, avec 150 millions d’euros d’investissements, 3000 emplois sur 240 000 m2 d’infrastructure ?
Patrick Weiten y a cru. Il dit y croire encore. Pour autant, le lion se défend et plaide, sur ce dossier, son entière bonne foi et la maîtrise du denier public : « On nous a présenté, à l’époque, un projet et l’on nous demandait juste de l’accueillir sur la zone d’Illange. La société promotrice paierait un loyer (ce qu’elle a d’ailleurs toujours fait rubis sur ongle depuis trois ans). Nous sommes alors en avril 2011. Je prends des contacts, je consulte les chambres consulaires, les responsables politiques toutes tendances confondues et j’attends février 2012 pour officialiser que le permis de construire soit effectif. Et surtout que cela ne coûte pas un sou aux Mosellans. » Devant les reproches qui pointeraient, Patrick Weiten rétorque : « Est-ce que j’avais le droit de refuser d’aider ce projet compte-tenu de la situation de l’emploi dans notre région ? Qu’aurais-je entendu si j’avais dit non ? Il s’agit ici d’une affaire strictement privée qui n’a rien coûté au contribuable contrairement à d’autres opérations. » Place Gabriel Hocquard à Metz, les oreilles doivent siffler… Et de poursuivre : « Sans le projet TerraLorraine, nous n’aurions pas lancé l’Europort à Illange, l’implantation d’une entreprise chinoise à Faulquemont s’est faite aussi grâce au projet TerraLorraine, idem pour les 25000 m2 de Metzange et leurs 250 entreprises déjà installées, sans oublier la ligne Chengdu-Lodz avec Thionville pour plate-forme ! »
Du coup, les chantiers ne manquent pas. Celui du développement de la Grande Région, l’autre région, la transfrontalière, si chère à son âme, est sa « Nouvelle Frontière ». À lui. Cette frontière dans les têtes et parfois dans les coeurs qu’il voudrait voir abolie aussi dans les esprits de millions d’habitants mais surtout de leurs dirigeants, français, belges, luxembourgeois, rhénan-palatins, sarrois à la communauté de destin, à l’histoire imbriquée. Cette Euro-région qu’il appelle de ses vœux. Peut-être le chantier de sa vie ? Qui sait. Et dans l’idéal schumanien qui est le sien de conclure : « Je rêve que la France devienne un vrai pays de régions fédéralistes, une France fédérale dans une Europe fédérale »