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Le Musée de la Guerre de 1870 et de l’Annexion à Gravelotte consacre une exposition aux espions et à leurs activités en Lorraine et en Alsace avant le début de la Première Guerre mondiale. Entre réalité et culture populaire, une histoire parallèle dévoilée à travers plus de 150 objets et documents.

C’est un sujet puissamment évocateur et souvent éminemment rocambolesque au sein de l’imaginaire collectif qu’a choisi le Musée de la Guerre de 1870 et de l’Annexion pour sa nouvelle exposition. Baptisée Espions 1871-1914, celle-ci replonge dans les affaires et dans la vie secrète menée par des hommes et des femmes entre la France et l’Allemagne, de 1871 à 1914. Une époque où notre région frontalière occupée constituait un territoire sensible et un véritable « nid d’espions ». « Les recherches que nous avons menées ont révélé de nombreuses affaires d’espionnage oubliées mais qui furent à deux doigts de déclencher une nouvelle guerre. L’Annexion a constitué une période de professionnalisation de l’espionnage car les deux camps s’observaient étroitement, sachant qu’une nouvelle confrontation était inéluctable. »

Sur 400 m², ce sont ainsi 150 objets et documents qui sont exposés, certains issus des archives des services secrets français, du Service historique de la Défense, du Musée de la Préfecture de Police de Paris ou encore des Archives départementales de quatre départements. Il sera possible d’écouter d’authentiques échanges entre agents, de consulter des guides destinés aux espions de l’époque, de découvrir un bureau d’espion reconstitué ou des objets comme des appareils de cryptage, qui font leur apparition à la fin du XIXe siècle, et de l’armement spécifique. Le visiteur, au sein d’une scénographie divisée en petits espaces à l’atmosphère feutrée, pourra même s’essayer au décodage. « Nous avons souhaité donner un côté ludique à l’exposition, permettre une découverte de cette histoire et en faire une aventure plus qu’une simple présentation d’objets et de documentation ».

Les personnages centraux de cette aventure seront mis en avant à travers leur implication dans différentes affaires dont le Grand Est fut le théâtre, à l’image de l’affaire Guillaume Schnæbelé, commissaire de police alsacien basé en Lorraine et espion français, dont la capture en 1887 par l’Allemagne a créé un grave incident diplomatique. À travers une dizaine d’affaires qui seront « le prisme de l’exposition » il s’agit de présenter au public qui sont les espions, comment ils sont recrutés et comment ils agissent. Trois focus sont consacrés à des figures emblématiques de l’histoire de l’espionnage en France : Alfred Dreyfus, dont les origines alsaciennes seront au même titre que sa judéité des motifs de suspicion pour la société et l’État français, la célèbre Mata Hari, active à Strasbourg, ainsi que Marthe Richard, espionne et aviatrice lorraine au parcours rocambolesque. « Les espions sont les héros de cette exposition comme ils l’étaient dans les films et les romans populaires, dont nous montrerons quelques exemples » indique-t-on. Et puisque la réalité inspire souvent la fiction, on pourra découvrir l’histoire de l’inventeur de l’obus-torpille, qui fut arrêté en tentant d’en vendre les plans à l’Allemagne et qui a inspiré le roman Face au drapeau de Jules Verne.

Couvrant une période charnière de l’histoire de France et d’Allemagne et de celle de l’espionnage en général, Espions use autant du charme de son thème que d’un travail de recherche historique. Deux aspects qui plongent le visiteur au sein d’un sujet toujours intrigant et fascinant, ici mis en lumière dans le contexte particulier et méconnu de notre histoire régionale.

Du 22 mai au 6 octobre 2019
Musée de la Guerre de 1870 et de l’Annexion à Gravelotte
www.mosellepassion.fr