(© Aziz Mébarki)
Il a tenu ses engagements dans un contexte difficile en raison de l’accident de chemin de fer qui avait eu lieu la veille à la frontière franco- luxembourgeoise : François Bausch, Ministre des Transports et de l’Aménagement du Territoire du Grand-Duché du Luxembourg était présent à Thionville, à l’invitation du Maire Pierre Cuny, au troisième Brunch de l’Institut de la Grande Région.

Passionné par les questions transfrontalières, Pierre Cuny, était visiblement heureux de recevoir François Bausch et de pouvoir débattre avec lui. Les deux hommes partagent en effet un sens commun de l’intérêt général et ont répondu sans langue de bois aux questions acérées de Guy Keckhut qui joue désormais non sans talent son rôle de Monsieur Loyal dans les Brunchs Igériens.

Pierre Cuny a rappellé sa volonté de « faire bouger les choses à un moment où notre pays traverse une période cruciale pour son avenir ». Il est convaincu que la politique consiste d’abord à créer du lien et à sortir du morcellement de l’action publique. Une ardente obligation qui s’impose au plan national mais aussi, pense-t-il, au niveau local. En lien avec le Luxembourg, le nord Lorrain ne peut pas rester immobile. « Il y a urgence côté français, il faut bouger et vite ».

Cette nécessité s’applique à l’organisation administrative du secteur, trop morcelée au moment où il est indispensable de développer des synergies avec le Grand-Duché. Cela « exige que nous soyons mieux organisés » a suggéré le maire de Thionville qui estime fondamental de mettre à plat les questions posées. Parmi celles-ci il y a évidemment les mobilités.

Le Grand-Duché pourra-t-il indéfiniment digérer une augmentation des travailleurs transfrontaliers aussi importante ?Sur ce sujet, François Bausch partage largement les convictions de Pierre Cuny. Comme lui, il pense qu’il faut replacer la question des mobilités dans une vision moderne et renouvelée. Celui qui est entré dans le gouvernement de Xavier Bettel dans des conditions assez particulières – son parti avait en effet perdu des points aux élections – ne regrette pas son choix.

La coalition qui dirige actuellement le Luxembourg est en effet composée du Parti Libéral, du Parti Socialiste et des Verts, une association qui étonne toujours coté français mais qui, selon Bausch, est unie autour d’une volonté réelle de travailler ensemble et par une communauté de projets.

Les projets, le ministre écolo du gouvernement n’en manque pas. Avec beaucoup de pédagogie, il a présenté, à l’aide de graphiques particulièrement parlants, une vision globale de l’aménagement du territoire luxembourgeois qu’il aimerait articuler avec le Nord Lorrain.

François Bausch est en effet convaincu qu’il faut désormais imaginer des formules innovantes et diversifiées afin que les déplacements des frontaliers qui vont travailler au Grand-Duché se déroulent dans des conditions beaucoup plus confortables que celles qu’ils connaissent aujourd’hui. Et pour cela il faut appuyer sur de nombreux boutons et utiliser tous les moyens qui favorisent la mobilité : la voie ferrée en lien avec le nouveau tram, des pôles d’échanges multimodaux, des bus à haut niveau de service (BHNS), le vélo et… la marche à pied.

Deux projets transfrontaliers ont particulièrement séduit les participants. En premier lieu les deux lignes de BHNS appelées à structurer le sud du Grand-Duché et reliant Audun le Tiche, Villerupt et le site de Micheville. Mais aussi, dans le même esprit, des autoroutes à vélo qui créeraient du lien de part et d’autre de la frontière en se déployant ultérieurement vers Thionville.

Le ministre de l’aménagement du territoire luxembourgeois ne rejette pas par ailleurs le principe d’une troisième voie autoroutière côté français, le Luxembourg effectuant pour sa part les travaux d’aménagement nécessaires entre la frontière franco-luxembourgeoise et la capitale du Grand Duché. À l’instar du maire de Thionville il souhaite aussi que cette voie supplémentaire soit réservée à des formules innovantes : co-voiturage, véhicules hybrides ou électriques, transports en commun….

Reste enfin une question de fond qui commence à être abordée par les uns et les autres : le Grand-Duché pourra-t-il indéfiniment digérer une augmentation des travailleurs transfrontaliers aussi importante ? Une réflexion s’engage dès lors de plus en plus sur des formules liées au télétravail. Pierre Cuny les met en avant et se porte candidat pour Thionville. François Bausch n’en rejette pas le principe. Il faut maintenant passer à l’acte et lever les nombreux obstacles juridiques qui entravent pour l’instant ce dossier. Une affaire à suivre de près.