Nommé King Richard en version originale, La Méthode Williams est un biopic de Reinaldo Marcus Green qui ne se focalise pas sur les multiples victoires de Venus et Serena mais davantage sur le rêve un peu fou de leur père Richard : celui de voir  un jour ses filles sortir de leur milieu défavorisé en accédant aux titres de championnes mondiales de tennis. En interprétant le rôle d’un père protecteur, déterminé et ambitieux, Will Smith est en route pour les Oscars.

Avec, au compteur, sept titres en Grand Chelem pour Venus et pas moins de vingt-trois pour Serena, les deux sœurs font sans conteste partie des légendes du tennis. Mais ce n’est pas tant sur leurs exploits athlétiques et sur leurs nombreuses récompenses sportives que s’attarde le film. La Méthode Williams raconte surtout la mise en œuvre de la vision et de l’ambition du père des deux illustres tenniswomen, sans lesquelles elles ne seraient jamais devenues les joueuses qu’elles sont aujourd’hui. Le film choisit de se concentrer sur un chapitre de la vie des Williams et non sur la carrière entière des deux sœurs.

Tout commence avec un plan de 78 pages : bien avant la naissance de ses deux dernières filles, Richard Williams sait qu’elles deviendront un jour les meilleures joueuses de tennis au monde. Car gagner un tournoi de tennis peut rapporter gros, et c’est en apprenant le montant des prix donnés aux vainqueurs que l’idée aurait germé dans l’esprit de Richard. Pour comprendre ce qu’à d’extraordinaire l’ascension des sœurs Williams dans le monde du tennis, il faut revenir aux origines de leur famille. Richard a déjà eu six enfants d’un premier mariage, et sa nouvelle femme, Oracene Price, en a eu trois avec son précédent époux. Tous deux se marient en 1980, année de naissance de Venus. Serena vient au monde un an plus tard. Les Williams emménagent en périphérie de Los Angeles à Compton, une ville marquée par la précarité et un fort taux de criminalité.

Lorsque ses filles atteignent l’âge de quatre ans, leur entraînement commence : c’est le premier jalon de leur future ascension. Richard les coache lui-même, alors qu’il n’a aucune expérience dans ce domaine, si ce n’est quelques cours de tennis pris avec un homme nommé Old Whiskey avant la naissance de ses filles. C’est sur un terrain de tennis délabré que Venus et Serena s’exercent, plusieurs heures par jour. En 1990, les Williams déménagent à West Palm Beach, en Floride, afin d’intégrer l’Académie de Rick Macci, ancien joueur de tennis professionnel devenu entraîneur.

Outre le père, c’est sur Venus et ses débuts que La Méthode Williams met l’accent : elle a certes gagné moins de trophées que Serena, mais elle a le mérite d’avoir ouvert la voie à sa sœur cadette. Le 31 octobre 1994, elle dispute son tout premier tournoi professionnel à Stanford. Son adversaire s’incline au premier tour, créant la stupéfaction du public. La première pierre de son incroyable carrière (et celle de sa sœur) est posée. La famille Williams parvient donc à s’extraire de leur milieu défavorisé. Plus soudés que jamais, père, mère et filles se montrent solidaires les uns des autres : il leur faut en effet faire corps pour lutter contre le mépris et les remarques dépréciatives d’un milieu majoritairement blanc et bourgeois. Dans le film, on peut notamment voir Richard s’évertuer à trouver un coach professionnel pour ses filles, se hâtant d’un club huppé à un autre, essuyant refus sur refus, et devenant la cible de persiflages racistes.

La force de la méthode de Richard réside alors dans sa volonté et sa détermination sans faille (qu’il a sans conteste transmis à ses enfants), mais aussi dans la confiance qu’il a en ses filles. Il croit dur comme fer en leur talent et il cherche à développer au maximum leurs capacités, les poussant dans leurs retranchements. Quitte, fatalement, à étouffer de son ambition celles qui n’étaient encore que des enfants. Une problématique qui résonne forcément aujourd’hui, à l’heure où certaines sportives de haut niveau ont décidé de s’exprimer sur la nécessité de protéger leur santé mentale, quitte à calmer le jeu côté compétitions sportives. On se souvient notamment de Simone Biles, gymnaste américaine qui a décidé de se retirer des Jeux Olympiques afin de se préserver mentalement. Une démarche qui a d’ailleurs reçu le soutien des sœurs Williams.

 

Retrouvez La Méthode Williams le 1er décembre au cinéma