© Mathieu Klein et François Grosdidier / Illustration : Philippe Lorin

Nancy et Metz, villes et métropoles, ont distingué deux personnalités qui en rêvaient depuis longtemps Ni Mathieu Klein ni François Grosdidier ne fait irruption sur un malentendu. Sur des styles et stratégies radicalement différents, ils ont élaboré patiemment les conditions de leur conquête. Quel duo formeront-ils demain à la tête des capitales lorraines ? Dans le genre Je t’aime moi non plus ou Embrassons-nous Folleville ?

Ils ne l’ont pas volée. Pour le socialiste Mathieu Klein, le score parle : 54,54%. Il témoigne autant d’une adhésion au projet et à la personnalité de Mathieu Klein que d’un divorce avec Laurent Hénart, consommé depuis un bail, confirmé par une fin de campagne grossière et si peu nancéienne. Pour le Républicain François Grosdidier (45,13% contre 44,24% pour Xavier Bouvet), la victoire n’est pas mathématique, elle est Leur double élection à la tête des exécutifs municipaux et métropolitains souligne une même volonté : gagner du temps et contrôler tous les leviers.emblématique. Il est allé la chercher avec les dents, face à un adversaire dans l’air du temps. François Grosdidier, s’appuyant sur son expérience de maire de Woippy, a déroulé la stratégie d’une droite populaire (à l’instar de Philippe Séguin à Épinal), l’emportant dans les secteurs où traditionnellement la gauche fait le plein. L’élection messine – et d’autres grandes villes – pose une question vitale à la gauche : sait-elle encore parler à son électorat historique des périphéries, ouvriers, employés, fonctionnaires ? Pas sûr. Elle se rassure et puise pour l’heure dans la tranche écolo-intello-huppée des centres urbains.

François Grosdidier et Mathieu Klein sont désormais maîtres à bord. Leur double élection à la tête des exécutifs municipaux et métropolitains souligne une même volonté : gagner du temps et contrôler tous les leviers. Le déroulement des troisièmes tours a distillé des ambiances et promesses différentes. Il a levé un bout de voile sur l’art et la manière de l’un et de l’autre. Mathieu Klein est apparu en rondeur, élu à la presque unanimité président du Grand Nancy et annonçant un partage des tâches. L’élection du 1er vice-président, François Werner, maire de Villers-lès-Nancy (UDI soutenu par LREM), vice-président de la région réputé ouvert au dialogue, valide l’esprit rassembleur de Mathieu Klein. François Werner, numéro 2, proche et gendre d’André Rossinot, outre d’écrire la vraie filiation Rossinot, entérine aussi, discrètement, son statut d’opposant numéro 1. Les Messins ont agi plus clairement, fait d’une pierre deux coups, élu un maire-président… et des alternatives. Dont prioritairement Xavier Bouvet. Son score aux municipales, quasi égal à celui de François Grosdidier, l’a consacré opposant incontournable, presque obligé, à la mairie comme à la Métropole. De son côté, François Grosdidier joue la durée et tisse sa toile. L’élection de Cédric Gouth 2ème vice-président de Metz Métropole n’est pas anecdotique : le jeune maire de Woippy (39 ans), progéniture prometteuse de François Grosdidier, pilote le secteur crucial du développement économique. Sur la méthode, François Grosdidier a vite annoncé la couleur : ce sera Les promesses de guerre sont parfois plus radicales que les guerres. François Grosdidier et Mathieu Klein, en déjà vieux routiers de la politique, ne l’ignorent pas…sabre au clair ! Entré en politique sous la double bénédiction du CNI Jean Kiffer et du RPR Pierre Messmer, François Grosdidier n’a pas fait vœu d’enfant de chœur. Son coup de poing sur la table, à propos du déséquilibre entre les offres universitaires messine et nancéienne, ressemble à l’esquisse d’un mode de gouvernance et sonne l’appel à déterrer, si nécessaire, la hache de guerre entre les deux capitales. Il dessine le calendrier d’action, reléguant l’unité de la Lorraine, caprice de l’enfant gâté Nancy, sous la pile des dossiers urgents. La priorité : fédérer à Metz et en Moselle sur un sujet rassembleur, l’Université, et un cri de ralliement : marre d’être les dindons de la farce ! Le maire-président de Metz n’a cure des appels à la paix et impose un style tonitruant, aux antipodes de l’accommodante façon de faire du nouveau maire de Nancy. Le maire de Metz dispose de deux atouts maîtres dans son jeu. Un fait incontestable, d’une part : Metz est largement lésée, quoique chantent le président de l’Université de Lorraine ou l’ex-président du Grand Nancy. La proximité du Luxembourg, d’autre part, et la menace d’un rapprochement avec l’imposant voisin. Les promesses de guerre sont parfois plus radicales que les guerres. François Grosdidier et Mathieu Klein, en déjà vieux routiers de la politique, ne l’ignorent pas… Comme ils savent combien l’art figuratif est une matière première en politique.