En 1972, des millions de Français se gondolaient devant L’aventure c’est l’aventure, sans se soucier de la critique, assassine. Apologie de la connerie et 2e plus gros succès de Claude Lelouch, ce film loufoque et brouillon doit beaucoup à la complicité et la complémentarité de ses interprètes. Un modèle de comédie vintage !

Quand on découvre la première fois L’aventure c’est l’aventure, on se dit qu’on a affaire à un ovni, et qu’il fallait être sacrément culotté pour enfanter pareil délire. Car ça part dans tous les sens, ça ressemble à un patchwork de scènes et de répliques cultes (la parade des mâles sur la plage, l’incipit italien, la technique du bronzage sous les aisselles, etc.). Ou l’histoire de 5 braqueurs en quête de nouveaux marchés pour se remplir les poches, n’hésitant pas à inscrire l’enlèvement de Johnny Halliday (plus complice que victime) sur leur lucrative liste d’épicerie. Ou à aller épauler des révolutionnaires sud-américains pour assouvir leur soif de pognon.

La grande force de ce long-métrage un peu potache faisant penser à une cour de récré, c’est indéniablement son casting. Difficile de faire plus hétéroclite et épicé : un Lino Ventura, un Jacques Brel, deux Charles (Denner et Gérard, alias Charlot, le grand pote à Bebel) et un Aldo Maccione plus à l’aise dans la préparation des pâtes que la joute politique. Là aussi, fallait oser. Disons que la complicité entre ces cinq-là neUn film loufoque qui célèbre surtout l’amitié et la vie. sautait pas aux yeux. Et pourtant… À l’arrivée, ils récolteront un franc succès, au nez et à la barbe d’une critique qui avait sorti la Grosse Bertha pour bombarder cette production jugée réac et facho, au « montage désastreux » et à « l’intrigue mal ficelée ».

Ce film mis en musique par Francis Lai (Un homme et une femme, Love Story) sent la déconne à plein nez. Mais si la fantaisie habille cette fable humaine portée par le large et teintée de bon vieux temps, il faut aussi y voir le portrait d’une époque, dans une France post-68 marquée notamment par la montée du féminisme, symbolisée par ce congrès de prostituées servi en hors d’œuvre et auquel assiste, dépité, le personnage incarné par Ventura, figure du mâle alpha par excellence. Le cinéaste en profite aussi pour tirer à vue sur la politique et les idéologies, en particulier de gauche.

Il faut regarder L’aventure c’est l’aventure pour ce qu’il est, un film loufoque qui célèbre surtout l’amitié et la vie. On s’attache vite à ces voyous sympathiques dont les interprètes à l’écran ont tous disparu, à l’exception de Maccione. Une belle bande de cons, est-on tenté d’ajouter en repensant à la rencontre de Lelouch avec Ventura, avec lequel il rêvait de tourner. Venu lui présenter le projet chez lui à Saint-Cloud, il lui avait alors tenu ce discours. « Ce film, c’est l’apologie des cons. Un con, c’est un mec qui met le pognon en premier dans tout ce qu’il fait. » L’ancien lutteur professionnel, qui redoutait un film casse-gueule, avait foncé tête la première. « Moi, de toute façon, je suis arrivé à un moment où j’ai envie de prendre des risques. J’ai envie de m’amuser et on m’a dit que c’était marrant de tourner avec vous. » Marrant, c’est le mot.          


Une aventure humaine

Quatrième succès français de l’année 1972, avec près de 3,8 millions d’entrées, L’aventure c’est l’aventure est aussi l’histoire d’une belle complicité entre 5 comédiens, avec, pour tribune à cette évidence, la mythique scène – improvisée – de la plage initiée par Aldo « la classe » Maccione. C’est d’ailleurs durant le tournage que naîtra la profonde amitié entre Ventura et Brel, lequel, au passage, y rencontrera Maddly Bamy, sa dernière compagne. L’ambiance en coulisses était au diapason, comme le rappelait Claude Lelouch dans une interview accordée à la revue Schnock en 2015. « Ils ne pensaient qu’à se marrer, ils étaient en vacances. A aucun moment ils n’ont imaginé que ce film allait devenir culte. Sauf un jour. Lino m’a dit : la dernière fois que je me suis autant marré sur un film, c’était sur Les Tontons flingueurs, donc on tient peut-être un truc. » Charles Gérard (décédé en septembre 2019) en conservera lui aussi un souvenir ému. « Il y avait une telle ambiance, à la fois au travail et à la déconne. On était en famille, c’était extraordinaire. »