© Vianney Huguenot

Ancien directeur général d’une société de transports, à l’origine historien, président du Cercle Jean-Macé et président du Conseil de l’IUT de Metz, Michel Seelig sort un pavé précieux sur la laïcité intitulé César et Dieu. Deux millénaires de relations entre cultes et pouvoirs250 pages de faits et d’analyses croisées sur ceux qui ont a bâti et baptisé ce « principe », sur ceux qui l’ont combattu, ceux qui le défient. 2000 ans d’histoire revisités avec le souci de l’exactitude et la foi d’un « militant de la pédagogie ».

D’abord, on se dit Mon Dieu ! Un livre épais, un titre sibyllin, on soupçonne la thèse à se gratter la tête, le propos réservé aux élèves historiens, aux aspirants-intellos… et puis, deux millénaires, c’est long ! Il faut ouvrir et entrer dans le livre pour découvrir un tout autre résultat. Le livre de Michel Seelig, fruit de plusieurs mois de recherches, est accessible, passionnant, utile à ceux qui s’intéressent à la fragile construction du vivre-ensemble, à ceux qui s’interrogent sur le pouvoir des cultes, des croyances en général, utile aussi à ceux qui s’agacent de voir la laïcité cuisinée à toutes les sauces. Michel Seelig met beaucoup de points sur les « i », il avance avec une plume très plaisante, flirtant parfois avec l’oralité, et avec la précision de l’historien : « J’ai appuyé tous mes propos sur des documents et des citations référencés ». Il revisite une histoire fabuleuse, qui en dit long sur ce que nous sommes, étions, voudrions être, pensons, croyons penser. Autant qu’un livre à mettre entre toutes les mains (curieux, enseignants, étudiants, militants, passionnés par la chose publique…), l’œuvre de Michel Seelig est un défi, « une synthèse inédite sur les relations complexes entre les cultes religieux et les pouvoirs politiques ». Le propos est largement factuel et objectif, permettant de comprendre le long chemin emprunté par cette idée de laïcité, reliant des « Le modèle français de laïcité n’est pas un glaive, mais un bouclier »époques où les religions occupaient diversement le paysage. « Une vaste fresque », écrit Michel Seelig, comprenant « la première période, celle de la France d’avant la France (…) où se mettent très progressivement en place tant les structures politiques que celles de l’Église », puis « l’ère des rois capétiens [qui] voit l’unité de la Chrétienté se fissurer mais le principe de religion d’État s’affirmer », avant « la période de la Révolution à la chute du Second Empire, marquée par la reconnaissance d’une diversité religieuse, de la liberté de conscience… » et « la IIIe République [où] s’ouvre le temps de l’invention de la laïcité française, la séparation, la neutralité de la puissance publique (…) ». Plus largement que les questions de cohabitation entre pouvoirs politiques et cultes religieux, l’auteur nous plonge dans notre histoire, tout simplement, une histoire revisitée avec ce prisme particulier. On aborde par exemple une question chère à Michel Seelig, celle du Concordat et du régime dérogatoire des cultes en Alsace et en Moselle et, plus largement encore, l’histoire de nos frontières, de nos langues, évidemment de nos identités. Puisque la période d’étude s’étend de la Gaule pré-romaine aux portes de notre XXIsiècle, les liens entre histoire et actualité donnent un autre relief à ce livre, aspect intéressant pour mieux suivre la plus forte présence du fait religieux dans notre société moderne, grosso-modo depuis une vingtaine d’années. Michel Seelig : « C’est un constat, pas un jugement : alors que les religions étaient devenues invisibles – les curés, par exemple, ne portaient plus de soutane – l’irruption visible de l’Islam et la volonté des musulmans de montrer leur religion, ont provoqué une volonté, en miroir, des autres religions de s’affirmer. Ainsi, l’Église catholique a repris une tendance de mission et les jeunes curés affichent une identité religieuse plus forte ». Au milieu de ces identités religieuses réaffirmées, que peut faire la laïcité ? Michel Seelig nous emmène sur une réflexion : en quoi ce « principe d’organisation » a troublé ou pacifié la société française. Page 219, on l’entend presque dire : enfin ! : « (…) Il me semble honnête, vis à vis du lecteur, de livrer au moins en quelques mots ma position. J’estime que la laïcité est un principe essentiel de notre République. Elle permet à tous, croyants et incroyants, de faire société, de vivre ensemble, ou plutôt de travailler ensemble à un avenir démocratique commun (…) Mon opinion est bien traduite par la formule de Caroline Fourest : « le modèle français de laïcité n’est pas un glaive, mais un bouclier » ».

César et Dieu. Deux millénaires de relations entre cultes et pouvoirs,
par Michel Seelig, éditions L’Harmattan, 250 pages, 26,50 €
Préface de Jean-Paul Delahaye
Vice-président délégué de la Ligue de l’enseignement.