À la façon de Hitchcock dans Fenêtre sur cour, Béatrice Shalit met en scène dans Je te vois, sorti aux éditions Julliard, la rencontre entre deux mondes qui habituellement s’observent mais ne se rencontrent pas. 

De la fenêtre de son cabinet de psychanalyste, Eva contemple régulièrement l’agitation qui règne sur le chantier d’en face. Quelques minutes, ici et là. Plus ou moins bien dissimulée, elle observe cette scène comme au spectacle. « Je suis au théâtre ou tout comme. Pourtant ce n’est pas du théâtre, mais la vie, la vraie vie ». Fascinée par ces hommes bottés, casqués et « casaqués » de jaune fluo, tel le grutier qui, du haut de son engin surnaturel, manipule des charges considérables avec une précision de couturière, elle regarde les ouvriers. Elle a beau essayer de rester discrète, les ouvriers, aussi, savent qu’elle est là. Ils regardent aussi « la femme d’en face ». Surtout Louis, le chef de chantier, et Pedro, le grutier. Mais un jour, un drame vient bousculer le ballet bien huilé. Eva assiste au passage à tabac d’un ouvrier par des malfrats. Elle ne peut pas distinguer leurs visages. Mais ils vont lui faire comprendre qu’au-delà des visages, il vaudrait mieux pour elle qu’elle n’ait rien vu du tout. Ce drame bouleverse les rapports établis. Ces deux mondes et ces trois personnages, Eva, Louis et Pedro, vont se rencontrer. Une rencontre qui va bouleverser leur vie. « Qui aurait pu penser que Louis, le veuf inconsolable chef de chantier éprouverait le besoin de se lancer dans une psychanalyse et qu’Eva se trouverait attirée par ce nouveau patient d’une manière que la déontologie réprouve ? ». Tout cela est écrit avec beaucoup d’humanité, de finesse et de délicatesse aussi. Les intimités se dévoilent avec pudeur. Née à New York, Béatrice Shalit qui a étudié en France, est productrice, scénariste et réalisatrice. Egalement écrivain, elle est l’auteure d’une dizaine de romans.