Après La Lionne, Terkel Risbjerg et Anne-Caroline Pandolfo dressent avec Serena le portrait d’une autre femme forte, bien décidée à abattre tout ce qui se dressera sur son passage. Chez Sarbacane.

Les Smokey mountains, quelques années après la Grande Dépression : un univers impitoyable, peuplé de bûcherons désespérés et d’entrepreneurs sans foi ni loi. Un monde avant tout masculin dans lequel surgit Serena, la nouvelle épouse de George Pemberton, que celui-ci présente immédiatement comme son égale à la tête de son exploitation forestière. Ensemble, ils veulent écraser toute concurrence, quel qu’en soit le prix.

Le sang coule dès les premières cases : c’est la violence qui rythmera les actions des personnages au fil de cet album en forme d’odyssée funeste. Serpents dissimulés dans les souches, coups de hache, chutes d’arbres, détonations des carabines, attaques d’ours… à mi-chemin entre les films There will be blood de Paul Thomas-Anderson et The Revenant d’Alejandro González Iñárritu, le ton cette adaptation du roman de Ron Rash tranche avec le dessin et les couleurs de Risbjerg et Pandolfo. Les majestueux paysages et les personnages sans scrupules sont tracés presque avec douceur, ce qui ne les empêche pas d’être remarquablement convaincants et expressifs. Mention spéciale à la remarquable palette d’Anne-Caroline Pandolfo : de nuit comme de jour, été comme hiver, dans les grands espaces ou à la lueur d’une lampe à pétrole, le travail sur la couleur donne beaucoup de substance au dessin de Terkel Risbjerg. Apparaissant d’abord comme une battante à la personnalité affirmée, Serena se révélera progressivement être un véritable cauchemar ambulant. On craint ses actes, on la respecte, elle fascine et interroge tous ceux qui se trouvent à son contact, lecteurs compris. Thriller désenchanté et sans pitié, Serena est captivant d’un bout à l’autre.