© Henri-Alfred Darjou  / Dessin de l’exécution des communards le 27 mai 1871 mur des fédérés, cimetière du Père-Lachaise à Paris. / DR

La France du 19e siècle est celle des régimes autoritaires. Pourtant, sur fond de guerre contre la Prusse et d’esprit patriotique, nait en mars 1871 un mouvement insurrectionnel qui prend le nom de « Commune de Paris ». Pendant à peine plus de deux mois, les quartiers Est de la capitale vont être à l’initiative d’une expérience avortée de gouvernement d’inspiration autogestionnaire qui trouve son épilogue dans « la semaine sanglante ». Un mouvement mythique à jamais gravé en lettres d’or dans la vulgate révolutionnaire.

« République française ou la mort ». C’est l’inscription que l’on peut lire, aujourd’hui encore, à l’intérieur de l’église Saint-Paul – Saint-Louis, sur le deuxième pilier à droite, en pénétrant dans l’édifice cultuel situé dans le quatorzième arrondissement de Paris, dans le quartier du Marais. Elle est l’œuvre d’un Communard et a été gravée au moment où les Versaillais entraient dans Paris. Une empreinte dans la pierre qui exprime avec simplicité le rêve de la République universelle.

Les Communards, c’est ainsi que l’on nomme les partisans et les acteurs de la Commune de Paris, une tentative révolutionnaire issue des milieux populaires ouvriers pour assurer, dans un cadre municipal et sans recours à l’État, la gestion des affaires publiques. Du 18 mars au 28 mai 1871, pendant à peine soixante-douze jours, une utopie va voir le jour, avant d’être emportée dans un bain de sang.

Elle nait dans un Paris épuisé et martyrisé par un siège commencé quelques mois plus tôt, du fait de la guerre de 1870. Encerclée par 200.000 Prussiens, la capitale souffre. Les bombardements incessants tout au long du mois de janvier, font des centaines de morts. Le blocus est violent. Les survivants sont affamés et à bout de force. Ils éprouvent le sentiment d’avoir été doublement trahis. Par les élus comme par les chefs militaires. Les premiers, en l’occurrence la représentation nationale, parce qu’ils ont fui et se sont repliés à Bordeaux. Les seconds, parce qu’ils n’ont jamais osé forcer le blocus militaire par manque de confiance dans les troupes de la garde nationale. Paris est en colère. Paris gronde. Une émeute contre le gouvernement installé à l’Hôtel de Ville conduit à consentir à l’élection de maires d’arrondissement.

En dépit du chômage, de la crise économique, de la faim, du froid et de la fatigue, la population de Paris n’entend pas déposer les armes. Elle porte en elle tout le sentiment national exaspéré par l’humiliation de la défaite. Quand on a la conviction de ne plus pouvoir compter sur ses élites, on prend son destin en main. Une fraction du peuple de Paris veut faire opposition à la forte majorité de monarchistes qui, après avoir fait campagne pour la paix, compose l’assemblée nationale depuis sa victoire aux élections législatives du 8 février.

Le 15 février, une assemblée de gardes nationaux pose un premier acte de sédition, par la création d’une Fédération de la Garde Nationale prête à s’opposer par les armes à l’entrée des Allemands dans Paris. C’est tout à fait contraire aux préliminaires de paix, ratifiés par 546 voix contre 107 par l’Assemblée nationale, qui prévoyaient notamment, outre le versement pour Paris d’une amende de 200 millions, l’acceptation de l’entrée des Allemands dans les murs de la ville. C’est une insulte à l’honneur de Paris qui n’a pas capitulé. Une honte de trop pour le peuple parisien. La rupture est consommée.

Pendant un temps, les membres de l’Internationale qui participent au mouvement, rêvent de transformer cette réaction cocardière La population de Paris n’entend pas déposer les armes. Elle porte en elle tout le sentiment national exaspéré par l’humiliation de la défaite.de Paris, en un véritable mouvement politique pour faire de cette expérience insurrectionnelle un étendard révolutionnaire mondial. Des manifestations de soutien sont organisées à travers l’Europe. Mais les enjeux locaux prennent le pas sur la vision politique de long terme. La Commune restera de et à Paris.

Le 10 mars, l’Assemblée de Bordeaux décide de quitter son siège provisoire pour s’installer à… Versailles, au plus près de Bismarck qui a élu domicile sous les ors du célèbre château. Encore un affront insupportable pour les Parisiens. Et pour couronner le tout, voilà que le gouvernement de Thiers décide de faire main basse sur les canons et fusils que les gardes nationaux avaient soustraits aux Allemands et cachés dans les quartiers périphériques Est de la capitale, à Belleville et Montmartre. C’en est trop pour ceux qui deviennent désormais des Fédérés et prennent le patronyme de Communards. Le Comité central du mouvement s’installe symboliquement à l’Hôtel de Ville, siège de toutes les révolutions et de tous les gouvernements provisoires.

Des élections sont organisées le 26 mars qui permettent de désigner un Conseil général de la Commune de 85 membres. C’est un composé assez hétéroclite d’une minorité ouvrière attendant des mesures sociales et d’une majorité intellectuelle se perdant en d’interminables palabres. Elle porte comme ambition l’autonomie des communes vis à vis du pouvoir central et espère pouvoir former une Fédération des Communes libres. Une poignée de villes françaises comme Lyon, Saint-Etienne, le Creusot ou Narbonne, s’inscrit dans cet appel, mais cela est bien insuffisant pour impulser une dynamique nationale.

Les décisions qui sont prises, relèvent surtout du symbole : adoption du drapeau rouge, création d’un Ministère du Travail et généralisation des syndicats, instruction laïque, gratuite et obligatoire, séparation de l’Eglise et de l’Etat, salaire minimum dans les contrats de travaux publics etc. La Commune ne peut faire mieux dans un contexte de guerre civile, prise en tenaille entre l’armée allemande et l’armée de Versailles que Thiers a eu l’autorisation de concentrer, grâce à la bienveillance de Bismarck à son endroit.

Les Fédérés sont nettement supérieurs en nombre, mais mal organisés et dirigés par des chefs improvisés et soumis à élection, afin que ce ne soit pas toujours des bourgeois qui occupent les fonctions d’officiers. Ils n’ont qu’une connaissance très imparfaite de l’art des combats. Dès lors, toutes les tentatives d’attaque se soldent par des échecs cuisants et les exécutions sommaires des insurgés capturés à cette occasion. Il en est ainsi d’une attaque, le 3 avril, sur le Mont Valérien et sur la redoute de Châtillon.

Tant et si bien, que 21 mai, les Versaillais entrent dans Paris par la porte du Point du Jour. C’est le début de la « semaine sanglante ». L’appel à la guerre révolutionnaire répond aux fusillades des Versaillais. Des poches de résistances s’érigent à la hâte dans les quartiers Est et Nord de Paris. On exécute des otages, on incendie des monuments, les Tuileries, la Cour des Comptes, le Palais de Justice, l’Hôtel de Ville etc. Les deux camps sont sans pitié. Le dernier combat a lieu le 31 mai au Père Lachaise. Les prisonniers sont tous exécutés au « Mur des Fédérés ».

Avec près de 40 000 morts, le bilan humain est particulièrement lourd. Des milliers d’insurgés sont par ailleurs condamnés, exécutés ou déportés en France ou en Nouvelle-Calédonie. Paris perd pour la première fois son statut de moteur de l’histoire de France. Karl Marx et les révolutionnaires du monde entier sauront utiliser cette expérience particulière, pour forger un mythe et en tirer les conséquences politiques nécessaires pour mener à bien les conquêtes révolutionnaires à travers le monde entier. Quand bien même cette insurrection n’avait rien à voir avec une quelconque lutte des classes.


Monsieur Thiers

© Illustration : Philippe Lorin / DR

Pour les laudateurs de la Commune de Paris, Adolphe Thiers, reste dans les mémoires comme l’homme qui a réprimé le mouvement dans la férocité et vendu l’Alsace-Lorraine aux Prussiens. Pour ses contempteurs, il est surtout le fondateur de la troisième République, le négociateur d’une paix arrachée à Bismarck à l’issue de la Guerre de 1870-1871 dans de difficiles conditions. Il est également celui qui est parvenu, à travers le lancement de deux emprunts permettant le règlement de l’indemnité de guerre exigée par l’Allemagne, à assurer la libération du territoire dix-huit mois avant le terme prévu. Des actes qui font de Thiers l’une des personnalités politiques sans doute les plus discutées du 19e siècle. Louis Veuillot écrit de lui : « …il est conservateur de la bourgeoisie, destructeur et dominateur du reste ». La réalité se situe vraisemblablement à mi-chemin entre admiration et dénigrement. Ce sont ses seuls talents qui lui valent d’avoir réussi en une époque qui se cherche. Dans les Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand dresse le portrait d’un homme qui « sans jalousie, sans petitesse, sans morgue et sans préjugés, (…) se détache sur le fond terne et obscur des médiocrités du temps ». Il passe dans l’esprit de la fin de son siècle pour celui qui a restauré la puissance de la France après qu’elle a été humiliée par la guerre. A sa mort, sa famille refuse le principe de funérailles officielles, mais près d’un million de Français viennent rendre un dernier hommage à ce provincial marseillais très tôt “monté“ à Paris. L’ultime message de Thiers est peut-être celui qui le résume le mieux : « La république, c’est la nécessité ». Monsieur Thiers aura été son instrument propitiatoire.


La basilique de l’expiation

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Le lourd édifice qui couronne la butte Montmartre, est bien connu des touristes du monde entier. Pendant la guerre de 1870, en écho à une déclaration de Monseigneur Félix Fournier, deux notables et mécènes, Alexandre Legentil et Rohault de Fleury, font vœu d’une basilique en cette colline sacrée, reconnue depuis le 9e siècle comme « mont des Martyrs ». Un projet aux vertus expiatoires affichées. Il est soutenu par tous ceux qui considèrent que la défaite de 1870 et la Révolution ont été des châtiments infligés par Dieu à une France qui a cessé d’être chrétienne. Il s’agit de rétablir l’ordre moral par toute action piaculaire. La construction est autorisée en 1873 par l’Assemblée nationale et entreprise grâce aux souscriptions particulières. Commencée en 1876 sur les plans d’Abadie, sous la direction de Daumé puis de Laisné et Rauline et à partir de 1904 par Lucien Magne, la basilique est consacrée le 16 octobre 1919. Un héritage inattendu de la Commune de Paris.


Les Internationales ouvrières

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Les Internationales ouvrières, sont des associations qui, à partir des expériences révolutionnaires de 1848, cherchent à regrouper les travailleurs du monde entier, en vue de promouvoir le socialisme par une action politique concertée. Il y eut tout d’abord la 1ère Internationale, dite « Association internationale des travailleurs », fondée le 18 septembre 1864 à Londres, sous l’impulsion de Karl Marx. Le penseur rhénan, considère que l’émancipation sociale des travailleurs passe par leur émancipation politique. C’est en ce sens, qu’il cherche à donner au mouvement de la Commune de Paris une orientation que ce dernier se refuse de prendre. La 1ère Internationale va disparaître du fait de la querelle idéologique qui sépare les marxistes et les anarchistes. La 2ème Internationale nait des efforts concertés des partis socialistes nationaux à l’occasion des congrès de Paris (18889) et de Bruxelles (1891). Elle parvient à rallier l’ensemble des forces socialistes du continent européen. Elle est disloquée par la première guerre mondiale. La 3ème Internationale est fondée en 1919 par les Bolcheviks et prône la révolution communiste mondiale avec le soutien de l’Union soviétique.  La 4ème Internationale est fondée en 1938 par Trotski, en réaction contre la stalinisation de la 3ème Internationale, mais ne parvient pas à s’implanter dans la classe ouvrière. Ne demeure désormais que l’Internationale socialiste qui est l’héritière directe de l’Internationale ouvrière socialiste.