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Le Mosellan Alain Louis est directeur de l’ingénierie au sein de l’institut de recherche avancée de BYD. Ce groupe chinois innovant est l’un des leaders mondiaux du marché du véhicule électrique : voitures, bus et autre Sky Train. Rencontre.

Présentez-nous le groupe BYD en quelques mots.

BYD est un grand groupe chinois fondé en 1995, par l’actuel PDG Mr Wang Chuanfu, Il compte actuellement plus de 220 000 employés à travers le monde. À l’origine, il était spécialisé dans les technologies innovantes de batterie mais il a développé, au fil des ans, une large gamme de produits dans des secteurs clés de l’énergie et du transport. BYD est un des leaders mondiaux du marché de batteries et du véhicule électrique (auto et bus). La société est reconnue de longue date pour sa capacité d’innovation : en 2010 Business Week lui a attribué la 8ème position des sociétés les plus innovantes, au monde.

Quel est votre rôle au sein du groupe ?

Je suis, depuis plus d’un an, directeur de l’ingénierie au sein de l’institut de recherche avancée de la société. J’ai été recruté par Mr. Yang Dongsheng, bras droit du président, pour, notamment, participer et orienter l’innovation technologique des métiers logiciels et de l’électronique en adéquation avec les besoins futurs de vastes marchés. Dans le cadre de cette mission, il est nécessaire d’avoir une vision et une compréhension de la technologie. Il s’agit de développer les bons produits en tenant compte des contraintes de coûts mais également de diriger et de former les ingénieurs qui seront les forces vives de la société, demain, et qui continueront à lui assurer un avenir brillant.

Vous avez fait vos études en France, notamment à Metz et vous avez travaillé au Luxembourg. Comment avez-vous « rejoint » la Chine ?

J’ai été contacté par un chasseur de têtes international pour un profil sur lequel la recherche se fait au niveau mondial. J’étais au préalable responsable du développement logiciel de calculateurs de véhicules embarqués au sein de la société Delphi, l’un des leaders mondiaux de la branche. Je suis donc passé du secteur « fournisseur » au secteur des constructeurs de véhicules dont BYD fait partie (bien que BYD soit bien plus qu’un constructeur automobile).

Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce poste ?

J’ai donné suite à l’invitation de BYD pour me rendre en Chine où j’ai rencontré Mr. Yang. J’ai immédiatement été convaincu par sa vision et sa personnalité. Nous avons eu de longs échanges, un partage d’idées à bâtons rompus. Tout est venu naturellement. Il s’agissait d’une opportunité unique dans un marché extrêmement dynamique. C’est ma première expérience sur place en Chine bien que, lors de ma précédente fonction, j’avais déjà travaillé avec des sites asiatiques tels que Delphi à Singapour, Pékin et Shanghai.

Certains experts soulignent que l’Asie investit massivement dans l’innovation, davantage que l’Europe. Est-ce une réalité ?

La Chine investit massivement dans l’innovation. Dans le secteur qui me concerne, la Chine a compris qu’elle devait faire face à des problèmes de pollutions qui mettent en danger la vie de population. BYD étant un acteur clé du marché du développement durable sait tirer son épingle du jeu pour répondre en premiers lieux à ces besoins chinois. La Chine doit faire face aux mêmes problèmes que l’Occident mais sa réponse doit être encore plus forte car c’est une question de survie. La forte densité de population fait que ces problèmes de trafic urbain et interurbain sont amplifiés par rapport à ce que nous connaissons. Nous avons, in fine, les mêmes problèmes mais les Chinois doivent y répondre avec force et sans transiger, sans reporter. C’est à mon sens la raison pour laquelle ils sont leaders sur le marché du véhicule électrique et dorénavant ont une longueur d’avance sur le « Sky Train » à l’image de BYD qui est clairement en train de prendre une longueur d’avance sur ses concurrents locaux dans ce domaine.

Est-ce que la décision de BYD d’intégrer dans ses rangs des ingénieurs et autres experts européens (ou américains) vise à conforter son déploiement à l’international ?

Il s’agit pour eux d’être capables d’identifier des lacunes technologiques et de les combler avec l’efficacité qui les caractérisent. L’apport de personnes reconnues comme experts mondiaux est leur réponse, avec la vision pragmatique qui les caractérise. La Chine a d’énormes besoins auxquels elle doit répondre sur son marché intérieur. Mais évidemment si une société Chinoise possède le bon produit à l’international, elle va l’exporter. C’est ce que BYD fait, avec succès, avec ses bus électriques qui équipent Londres, la Californie ou Beauvais, en France.          

Propos recueillis par Fabrice Barbian


Parcours

Alain Louis est originaire de St-Privat la Montagne et a résidé à Amnéville. Après sa classe prépa au lycée Fabert, à Metz, il a intégré une école d’ingénieur spécialité « sciences physiques ». Il est aussi détenteur d’un diplôme d’ingénieur de l’Ensimag, école d’application de polytechnique en informatique et d’un Master of Science de l’Imperial College de Londres. Il a débuté sa carrière en 1994 par une mission scientifique à la NASA. Il faisait partie de l’équipe scientifique en contact avec les astronautes durant la mission STS-65 (International Microgravity Laboratory).


Sky Train : La mobilité de demain

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Depuis plusieurs années, BYD s’est positionné sur le marché prometteur des « sky trains » (sorte de métros aériens électriques et autonomes), une des solutions les plus innovantes, à ce jour, pour répondre aux problèmes grandissants de trafic routier, urbain et interurbain. « BYD a investi plus d’un milliard de dollars sur le sky train. À ce jour, le produit est opérationnel et se déploie, avec succès. Un contrat a encore été récemment signé au Brésil », précise Alain Louis.