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Les éditions JC Lattès publient Boys, un recueil de nouvelles du Messin Pierre Théobald. L’ancien journaliste de sport se convertit à la fiction pour raconter des histoires masculines avec une singulière sensibilité.

Longtemps, Pierre Théobald a exercé ses talents d’homme de plume et son penchant pour la condition humaine en tant que journaliste. Journaliste de sport, plus exactement, d’Est en Ouest, de Metz au Mans, du Républicain Lorrain au Maine Libre. Handball, athlétisme, natation, football remplissaient alors ses journées et ses journaux. Un premier livre avait ponctué ce parcours sportif, en 2013 : le récit, aux disparues éditions Serpenoise, de l’exploit inégalable et inégalé du FC Metz éliminant le FC Barcelone, en Coupe d’Europe, en 1984. Des tranches de vies servies sur papier, composant une belle et grande histoire d’hommes.

Aujourd’hui, la fiction dépasse la réalité et le même Pierre Théobald, à 42 printemps, rangé du reportage et du sport depuis un an, s’en revient garnir les rayons des librairies avec Boys, un recueil de nouvelles édité chez JC Lattès, rien que ça ! En une petite vingtaine de textes, énergiques et percutants, sensibles sans sensiblerie, l’auteur y dresse une galerie de portraits de garçons en proie à leurs fêlures, fragilités, tourments, fatalités, amours, doutes, déchirements, liste non exhaustive.

Est-ce un clin d’œil à se vie d’avant ? Greg, l’un de ces personnages, l’un de ses boys, est un footballeur au crépuscule de sa carrière. Quand Pierre Théobald lui prête sa voix, cela donne ceci : « Aucune inspiration, aucune anticipation, zéro timing. Une fraction de seconde trop tôt, un millième trop tard. Hésitant. Timoré. Passif. Jamais dans le fluide des actions… » Par enchantement, le jeu de Greg, c’est tout le contraire de l’écriture de Pierre. Quant à la présence d’un joueur de foot dans son sérail, lui assure que ça n’a rien à voir avec ce qui a précédé. « C’est juste qu’en matière de fiction, dit-il, la littérature s’empare assez peu du sport, au regard de ce que cela représente dans la société. »

Boys, donc. Au départ, encore journaliste, Pierre Théobald postait sur un blog personnel et sur sa page Facebook des histoires qu’il ne destinait à personne d’autre qu’à sa petite communauté. Lisa Balavoine en est : l’écrivaine signale à son éditrice le talent qu’elle décèle et cette éditrice, Charlotte von Essen, chez Lattès, encourage le dilettante à prendre son loisir très au sérieux. Voilà pourquoi et comment, début 2018, se libérant de ses obligations professionnelles et regagnant Metz, Pierre Théobald se lance dans l’écriture d’un roman dont les 100 premières pages reçoivent de « Ces mecs-là, ils existent, peut-être sans se l’avouer »l’éditrice « un accueil plutôt tiède », d’après l’intéressé. Pierre Théobald aurait pu tomber de haut, à la manière des garçons représentés en couverture de Boys, comme aspirés par le vide : « Je décide alors de reprendre les nouvelles, certaines écrites dès 2015, et de les circonscrire à un univers masculin. Je les rassemble et quand le recueil me semble prêt, je prévois d’en envoyer un exemplaire à une dizaine d’éditeurs. Et puis, un dimanche, le dimanche de Pâques, je regarde sur internet quels éditeurs permettent d’envoyer un manuscrit en ligne. Ils sont trois. L’un me répond aussitôt, et favorablement ! J’envoie quand même un exemplaire à Charlotte, chez Lattès, qui me dit qu’elle prend aussi ! Mais elle me fait travailler, et pas qu’un peu, pour faire de ce recueil un livre qui tienne debout. »

C’est ainsi que, de son roman inachevé, aujourd’hui « mort et enterré », assure-t-il, Pierre Théobald extrait quelques morceaux. Ainsi, aussi, qu’apparaît Samuel, le seul à revenir plusieurs fois dans le livre, à intervalles réguliers, entre un petit-fils bienveillant, un père débordé, un fiston tout fier…L’ensemble fait sens, le premier livre de fiction de l’ancien journaliste touche au cœur, notamment parce que l’auteur a su s’affranchir des carcans journalistiques pour, confesse-t-il, s’emparer « du bel espace de liberté qu’offre la fiction. » Bien sûr, ce n’est pas parce que tout est faux que rien n’est vrai. « Ces mecs-là, dit leur semblable et créateur, ils existent, peut-être sans se l’avouer, en tout cas entre eux. » La littérature, souvent, ça raconte Sarah ou, parfois comme ici, ça raconte Gilles, Hatem, Steve, Fred, Cédric, Samuel, et Pierre aussi, un peu, sans doute. Paul Louis

Rencontre avec Pierre Théobald
Le jeudi 4 avril à 18h30
À la librairie La Cour des grands, rue Taison à Metz
L’auteur sera également présent au festival
Le Livre à Metz du 5 au 7 avril
Place de la République