S’habiller en femme lui donne des ailes : c’est Dragman, héroïque lorsqu’il s’agit de résoudre une sombre affaire de meurtres ou de gérer sa vie de famille. Un album subtil, drôle et étonnant de Steven Appleby. Chez Denoël.

Au Royaume-uni, la plupart des super-héros ont abandonné l’idée de justice, trop occupés à gérer leur image, quand il ne sont pas incompétents voire carrément immoraux. L’un d’entre eux parmi les plus vertueux, à la retraite, endosse à nouveau son costume pour poursuivre un meurtrier en série. Non, il ne s’agit pas de la suite de Watchmen, monument du comic de super-héros. Ce dernier marche d’ailleurs plutôt à la testostérone, ce qui est loin d’être le cas du livre de Steven Appleby, qui offre à vrai dire tout ce qu’on ne trouve pas dans l’album d ‘Alan Moore et Dave Gibbons : beaucoup d’humour, de sensibilité et d’espoir.

Adolescent, August Crimp se découvre le pouvoir de voler après avoir enfilé un bas appartenant à sa mère. Dès lors, il vivra sa vie de travesti justicier entre bonheur d’être lui-même et crainte d’être découvert. Mis à la retraite par l’intolérance de ses pairs, il raccroche les collants pour vivre une vie de famille tout ce qu’il y a de plus heureuse ; mais l’arrivée d’un tueur de travestis va raviver sa fibre héroïque. Si Dragman est un manifeste pour le droit de chacun à s’habiller et à s’épanouir comme il l’entend, c’est aussi une aventure haletante, belle et cruelle, truffée d’absurdités réjouissantes et d’émotions fortes aux côtés de héros masqués totalement délirants. Thriller fantasque, Dragman nous parle d’amour, de justice, de dissimulation et de double vie dans un Londres imaginaire où la société Black Mist rachète les âmes des habitants, leur ôtant toute humanité. Un album qui fait du bien, à mettre surtout entre toutes les mains.