Julien Bouchard assemble fragments de vie, humeurs et langueurs sur son second disque Excuse my french, où le vosgien livre cette fois-ci des textes entièrement en français. Sur une musique pop-rock volontiers rêveuse, il privilégie les images et la musicalité de la langue dans la pure tradition anglo-saxonne.

On n’a jamais eu entre les mains le carnet de notes de Julien Bouchard, celui qu’il pose à ses côtés tandis qu’il gratte sur sa guitare « à la recherche d’une mélodie, d’une atmosphère ». Pourtant, on imagine sans peine ce qu’il y trace : quelques mots, des bouts de phrases venant former une poésie qui ne prendra jamais définitivement forme, préférant rester à l’état brut, s’installer dans l’univers du « mood » qu’affectionnent les songwriters anglo-saxons. « Je veux que mes textes soient profondément le reflet de ce que je suis, mais sans forcément chercher à leur donner une signification précise, explique le vosgien. Ce sont des fragments, des idées qui se suffisent à elles-mêmes ».

Sur son nouvel album Excuse my french s’enchaînent souvent les moments contemplatifs, teintés de mélancolie, où le regard est tourné vers le ciel, l’horizon, la lumière ou alors en soi-même ; un état d’esprit dans lequel Julien Bouchard se sent tout à fait à l’aise, comme il l’affirme sur Le Sens de la fête : « Tout m’indiffère/quel drôle de sentiment/je connais pourtant ce sentiment/je m’y plais ». Mais l’album n’est pas celui d’un poète solitaire ; le chanteur s’adresse souvent à un être aimé, à une compagne ou un compagnon de route, se plaisant à imaginer un monde à partager (« J’veux voir le ciel qui s’embrase », « Ton ombre est ma lumière », « Comète »). « C’est exactement comme dans ma vie : j’aime qu’il y ait une autre personne, ou un entourage, qui me raccroche à la réalité » explique-t-il.

Pour la réalisation d’Excuse my french, Julien a justement décidé de s’entourer d’autres musiciens, en premier lieu le batteur Alexandre Goulec Bertrand, présent sur la plupart des titres. « Je voulais de belles parties de batterie pour obtenir un album plus rock, avoir un son de groupe et pouvoir faire de la scène » indique Julien. Par rapport à Songs from la chambre, son précédent opus plus artisanal, le son gagne en amplitude grâce à un home-studio désormais bien équipé. Au milieu d’une production rythmée par la batterie, traversée d’accords lancinants de guitares et de nappes de synthés, la voix est presque noyée dans l’ensemble ; une démarche très anglo-saxonne, encore une fois. « Pour moi, la voix constitue un instrument comme un autre, explique le guitariste et chanteur. Ça prend un peu le contre-pied d’une certaine tradition française qui veut que le texte et la voix soient au centre, mais c’est une esthétique qui me plaît ».

Suite à quelques chansons écrites « instinctivement » en français sur Songs from la chambre, comme 100 regrets, Julien Bouchard s’est décidé à écrire tout un album dans la langue de Molière. « Ces premiers textes en français m’ont débloqué, ça m’est apparu comme une évidence : pourquoi chanter forcément en anglais, même si mes goûts musicaux vont plus vers des groupes comme Sonic Youth, Pavement ou Nirvana ? » Julien rend d’ailleurs un hommage direct au groupe mythique de la scène grunge des années 90 avec le titre Tu m’entraînes. Au fil des dix chansons du disque, emportés dans l’océan sonore de Comme des animaux ou Ton ombre est ma lumière, on apprécie aussi les atmosphères plus dépouillées et mélodieuses de Château de sable, Même pas là ou Cœur serré. Profitant d’un son plus riche et plus produit, Excuse my french approfondit l’univers de Julien Bouchard : un rêve électrique où les instants suspendus sont aussi galvanisants que romantiques.

Excuse my french
Sortie le 12 novembre chez Hot puma records

Concert de présentation le 3 décembre au Studio Microclimat à Épinal