© Illustration : Fabien Veançon

Le 21 septembre dernier, “JR“ a annoncé qu’il reprenait du service aux urgences. Le “JR“ en question, n’a évidemment rien à voir avec l’artiste français et encore moins avec Larry Hagman, l’interprète américain du cynique John Ross Ewing deuxième du nom, personnage central de la série télévisée Dallas, célébrissime dans les année quatre-vingt. Le “JR“ dont il est ici question ici, n’est rien moins que Jean Rottner, l’actuel président de la Région Grand Est, successeur de Philippe Richert qui, à ce poste, avait jeté l’éponge, deux ans plus tôt, presque jour pour jour. La nouvelle a surpris son monde et provoqué étonnement et interrogations dans tout le microcosme.

Si la motivation affichée par l’intéressé est claire, en l’occurrence venir en appui et en renfort, pendant trois mois, à ses anciens collègues d’un service d’urgences hospitalières de Mulhouse, que se cache-t-il derrière un tel acte ? Car très souvent, c’est qui n’est pas dit qui parle le plus. Et comme dans un “test de Rorschar“, chacun peut y mettre ce qu’il y voit lui-même. Ratiocination garantie.

S’agit-il d’un coup de communication comme on les affectionne dans la sphère politique ? Un conseil de spin doctor, prodigué à un docteur en médecine ? Un peu de démagogie pour répondre à un peuple sevré de ses élus ? Repartir au turbin, renouer avec la vraie vie pour faire peuple et montrer ainsi que l’on a conscience de la « France d’en bas », selon la détestable expression volée à Balzac Comment un tel vaisseau amiral pourrait-il se passer d’un “pacha“ à temps complet ?mais popularisée par Jean-Pierre Raffarin ? Si tel était le cas, c’est raté. Pour l’instant, la stratégie a fait “pschitt“.

À moins que ce soit un message adressé à chacun, laissant entendre que la politique n’est pas tout dans la vie. Ou plutôt qu’elle n’est plus tout, dans un monde aux évolutions permanentes, sur lesquelles elle ne pèse pas. Partant, elle ne saurait plus être pratiquée comme il y a quelques décennies, lorsque la simple appartenance à une profession libérale ouvrait la voie royale vers la notabilité et ses attributs. Jean Rottner, victime collatérale et consentante de la société du dégagisme ? Le message est clair et l’hypothèse n’est pas farfelue.

À force d’être confrontés à des citoyens qui refusent d’être gouvernés, les gouvernants préfèrent désormais, de plus en plus souvent, rendre leur tablier, avant d’être déménagés par les urnes. Refus de représentation versus refus de représentant. Degré zéro de la politique ou sénescence des sociétés démocratiques postmodernes. Dans un tel contexte, pratiquer l’art de la médecine vaut bien celui de la politique. Une façon de dire aussi, qu’en des temps où la société des droits individuels prend le pas sur celle des devoirs collectifs, le sacerdoce public exclusif n’a plus réellement de sens.

Mais Jean Rottner a peut-être aussi voulu, tout simplement, renouer avec ce qui fait sens pour lui, son propre métier, sa vocation première. Pour se désengluer de la gestion au quotidien d’un monstre institutionnel, hybride de trois anciennes régions, que personne n’a choisi mais que l’État a imposé, la Région Grand Est. Dès lors, son geste est sans doute aussi une manière implicite, de montrer le caractère artificiel de celle-ci. Une forme de preuve par l’absurde.

Les mauvaises langues diront que l’intéressé quitte le navire avant qu’il ne sombre, sabordé par ses collègues alsaciens, qui n’ont de cesse de sortir de cette région qui ne leur sied pas. Ce faisant, il va d’ailleurs peut-être en accélérer le naufrage, car comment un tel vaisseau amiral pourrait-il se passer d’un “pacha“ à temps complet ? Quels seront les effets secondaires du traitement administré par le Docteur Rottner ? On le saura sans doute rapidement.