©David Ignaszewski

L’illustre musicien catalan Jordi Savall se produira le mercredi 3 février à la Philharmonie Luxembourg avec son ensemble Le Concert des nations. Au programme de la soirée : des œuvres tirées de la trame sonore du film Tous les matins du monde, dont il fut le directeur musical et qui contribua à populariser la musique ancienne, et la viole de gambe en particulier. 

Il y aura de l’hommage dans l’air le mercredi 3 février à la Philharmonie Luxembourg. L’institution grand-ducale a en effet souhaité rendre hommage à Alain Corneau et Pascal Quignard, réalisateur et co-scénariste du film historique Tous les matins du monde, véritable ode à la musique baroque. Cet hommage coïncidera avec le 30e anniversaire (déjà) de cette œuvre articulée autour de Monsieur de Sainte-Colombe, un compositeur intransigeant, et de son disciple Marin Marais. Porté par les performances de Jean-Pierre Marielle et de la famille Depardieu (père et fils), lesquels avaient pu s’appuyer sur les conseils du violiste Jean-Louis Charbonnier (lire autre texte), Tous les matins du monde avait connu un franc succès dans l’Hexagone. Pour preuve les 7 Césars qu’il avait glanés un an plus tard, dont celui du Meilleur film, du Meilleur réalisateur et de la Meilleure musique. La bande originale avait profité de cette notoriété soudaine : plusieurs milliers d’exemplaires avaient été vendus, emportant dans leur sillage des mélomanes, mais aussi des néophytes.

Il faut dire que dans le registre musical, Alain Corneau n’avait pas fait les choses à moitié en faisant appel au célèbre musicien Jordi Savall, âgé de 50 ans à l’époque et qui jouissait déjà d’une belle carrière. Depuis plusieurs décennies, le Catalan se dévoue à l’interprétation et à l’enregistrement de musiques allant de l’époque médiévale à celle du XIXe siècle. C’est justement ce virtuose de la viole de gambe qui aura les honneurs du Grand Auditorium de la Philharmonie Luxembourg, avec pour fil conducteur la trame sonore de Tous les matins du monde. Une belle place sera accordée aux pièces de Marin Marais, dont les créations sont habitées d’une mélancolie raffinée, notamment Musette I, La sautillante et Sonnerie de Sainte-Geneviève du Mont de Paris (La Gamme). Jean-Baptiste Lully, François Couperin, Jean-Philippe Rameau et Monsieur de Sainte-Colombe seront aussi mis en lumière sous la direction du natif de Barcelone. Le chef d’orchestre sera accompagné du Concert des nations, composé de 6 musiciens, plus précisément Charles Zebley (flûte traversière), Manfredo Kraemer (violon), Philippe Pierlot (basse de viole), Rolf Lislevand (théorbe, guitare) et  Luca Guglielmi (clavecin). Cet ensemble réputé peut compter sur un public très fidèle, comme en atteste l’engouement pour ses concerts à travers le monde.

Rappelons que la sortie de Tous les matins du monde avait contribué à populariser la musique ancienne, et en particulier l’univers baroque, mais aussi la viole de gambe, jusque-là confidentielle, instrument central de cette production tournée en partie dans la Creuse, notamment à l’abbaye de Moutier d’Ahun. La soirée du 3 février sera l’occasion, pour ceux qui ont vu le film, de se replonger dans cette belle histoire, mais aussi, pour les autres, d’en découvrir les mélodies envoûtantes. Dans un cas comme dans l’autre, le plaisir sera au rendez-vous.

Mercredi 3 février 2021, à 20h, dans le grand auditorium

www.philharmonie.lu


Des professeurs de premier choix

Deux musiciens auront été essentiels pour le film Tous les matins du monde. Le premier, Jean-Louis Charbonnier, qui enseigne la viole de gambe à l’École de musique de Fontenay-aux-Roses (où se trouve la plus grande classe de viole française), était chargé d’initier à cet instrument les acteurs Jean-Pierre Marielle, Anne Brochet, Gérard et Guillaume Depardieu. Le second, Jordi Savall, figure incontournable de la musique baroque, en a été le directeur musical. L’illustre musicien catalan garde un très bon souvenir de cette expérience couronnée d’un grand succès, aussi bien critique que public. Dans un entretien accordé en 2019 au journal québécois Le Soleil, il confiait d’ailleurs que ce long-métrage sobre et raffiné lui avait permis de comprendre le rôle de la musique dans la vie d’une histoire. « J’étais habitué à faire la musique dans les concerts, donc de la jouer toujours de la manière la plus belle possible, mais là, j’ai dû me mettre dans la vie de Marin Marais, de Sainte-Colombe. Ça a tout changé. Grâce à l’histoire, les pièces avaient des portées émotionnelles très fortes. »