Basketful of heads page 42 ©Joe Hill Illustration Leomacs

En avril et en mai, Urban comics a publié en français les deux premières histoires signées Joe Hill au sein de Hill House, sa propre collection chez DC Comics. Le scénariste-star de l’horreur, fils de Stephen King et auteur du majestueux Locke and Key en 2008, nous offre un double-programme délicieusement régressif avec Basketful of heads et Plunge.

Certains reçoivent de leur papa une boîte à outils ou une collection de disques de rock des années 70. Joe Hill, lui, a hérité d’une œuvre littéraire monumentale où l’angoisse et l’épouvante se nichent dans les recoins les plus sombres de la psyché américaine. Né en 1972 dans le Maine, Joseph Hillstrom King tourne à l’âge de dix ans dans le film Creepshow, scénarisé par son père Stephen King. Puis le rejeton, qui change de nom pour ne pas être associé trop étroitement à son géniteur, embrasse lui aussi la carrière d’écrivain et s’en sort plutôt bien : il publie plusieurs nouvelles et est récompensé par le prix Bram Stoker du meilleur recueil de nouvelles en 2006 et celui de meilleur premier roman en 2008 pour Le Costume du mort. Son second livre, Cornes, est adapté au cinéma avec Daniel Radcliffe.

C’est en 2010 qu’il s’essaye au scénario de bande-dessinée avec Locke & Key, dessiné par Gabriel Rodriguez, qui paraît en France en 2010. Et il commence plutôt fort. Cette fascinante et haletante série au long cours met en scène une famille emménageant dans un vieux manoir où sont dissimulées des clés offrant des pouvoirs aussi puissants que dangereux à leurs détenteurs ; débute alors une lutte entre le bien et le mal pour leur contrôle total. Entre merveilleux et éclairs de violence pure, le récit n’est pas sans rappeler le style et le talent en la matière du King ; mais celui-ci a tellement influencé les mécanismes du récit d’horreur contemporain qu’il est difficile de parler d’une similitude père-fils. Suivra The Cape, écrit avec Jason Ciaramella et dessiné par Zach Howard, très réussi également, que Joe Hill adapte de l’une de ses nouvelles.

Plunge Joe Hill

Plunge page 29 ©Joe Hill Illustration Stuart Immonen

En 2019, la grande maison DC Comics propose à l’auteur de piloter sa propre collection dédiée à l’horreur : Hill house. Les deux premiers récits, parus en France ce printemps, dénotent chez Joe Hill une véritable envie de s’amuser et d’explorer des univers très diversifiés. Basketful of heads, avec le dessinateur Leomacs, nous conte l’histoire d’une jeune teenager bien décidée à retrouver son petit copain kidnappé par des affreux, qu’elle décapite à tout va. Seul problème, une fois tranchées les têtes continuent à parler, et constitueront des alliés malgré eux autant que des ressorts comiques à l’histoire. Plunge avec Stuart Immonen est un peu plus sérieux, croisant les univers de H.P. Lovecraft et de John Carpenter et en particulier son film The Thing : recevant un appel de détresse d’un navire disparu depuis quarante ans, une équipe de sauveteurs va être confrontée à des menaces qui vont mettre leur intégrité physique et mentale à rude épreuve.

Joe Hill sait toujours aussi bien s’entourer : dans ces deux dernières publications, le dessin, les couleurs sont d’une richesse et d’une diversité remarquables, à même de donner corps aux idées les plus folles du scénariste. Basketful of heads et Plunge nous offrent des scénarios et atmosphères résolument différents : un récit du type revenge-movie sadique et sexy pour le premier, une histoire dantesque, plus mystique, davantage tournée vers le fantastique pour le second. A noter que le second degré et l’humour restent omniprésents (les répliques bas du front de l’équipage dans Plunge, les têtes geignardes de Basketful of heads). Deux histoires qui vous offriront une bonne excuse pour vous enfermer un peu cet été, dans l’antre de la folie élaborée par Joe Hill.  

Basketful of heads de Joe Hill et Leomacs

Plunge  Joe Hill et Stuart Immonen

Urban comics www.urban-comics.com