de Nicolas Hénin, Éd Fayard.
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Non, la montée de l’État islamique n’est pas uniquement le problème du monde arabe. Les événements récents comme le recrutement de jeunes Européens confirment que c’est également le nôtre. Il est temps d’agir, autrement.

Un demi-million de blessés graves. 200 000 disparus, des combattants comme des civils détenus et torturés. Voilà en quelques données morbides, les dégâts humains causés par la crise syrienne en à peine 3 ans. Des milliers de morts, encore, ont également meurtri la société irakienne, qui en 35 ans, a subi la guerre, un embargo, une invasion… Mais après tout, tout cela ce sont les affaires des Arabes. La nôtre aussi, notamment depuis août 2014 avec la mise en scène du meurtre de James Foley, non pas par un Arabe mais par un Britannique originaire de l’est Londonien. Un crime suivi depuis par les attentats qui ont, notamment, frappé la France. Là encore, par des jeunes recrutés dans nos quartiers. « La menace terroriste nous a rattrapés. Que ce soit par l’invasion de l’Irak en 2003 ou la non-intervention en Syrie en 2001, nous avons alimenté la radicalisation », écrit Nicolas Hénin « et nous continuons de la nourrir, par nos compromissions diplomatiques avec des dictateurs, par notre refus d’entendre la souffrance des peuples, par notre incapacité à produire un contre-discours ». Un fiasco, il n’y a pas d’autre mot, qui a facilité l’émergence de l’Etat Islamique. Mais au-delà du plaidoyer à charge, Nicolas Hénin avance également quelques pistes pour tenter de réparer ce qui peut l’être. Cela passe tout d’abord, et avant tout, par la nécessité de renouer des liens de confiance avec la population locale. Pas simple et Nicolas Hénin ne prétend pas le contraire. Mais il faut agir car l’Irak et la Syrie composent le berceau de notre civilisation. « Si ce monde s’effondre, le nôtre est menacé » affirme l’auteur. Reporter indépendant, Nicolas Hénin a passé la plus grande partie de sa carrière entre l’Irak et la Syrie. Il a fréquenté les djihadistes tout comme les caves de l’État islamique où il a passé des mois de captivité.