SORTIE LE 25 MAI 2016

Vingt-quatre ans après Basic Instinct, le sulfureux Paul Verhoeven, 77 ans, est de retour avec un thriller érotique intitulé Elle. Adapté du roman Oh de Philippe Djian, ce long-métrage porté par Isabelle Huppert est le premier du cinéaste hollandais intégralement tourné en français.

Est-ce la fin de la traversée du désert pour Paul Verhoeven ? La question mérite d’être posée, alors que son prochain film, qui tient en quatre lettres – Elle – s’apprête à sortir sur nos écrans. Après une carrière américaine en dents de scie, où les hits (Robocop, Totall Recall, Basic Instinct) ont côtoyé les bides (Starship Troopers, Showgirls), le cinéaste hollandais a pris ses clics et ses claques. On ne l’a plus revu sur le sol yankee depuis Hollow Man (2000), aussi à ranger au rayon des flops. De son propre aveu, celui que l’on a longtemps surnommé « le fou hollandais » avait besoin de se changer les idées face à une situation devenue intenable. Le sentiment d’être incompris au pays de l’Oncle Sam, doublé d’une censure qui ne lui laissait aucun répit, l’a contraint à changer d’air et à renouer avec le Vieux Continent et son pays natal en particulier. Un abîme de perversité parfaitement dans les cordes d’un cinéaste habitué à bousculer les mœursIl y a tourné Black Pool, sorti en 2006, l’histoire d’une Juive rejoignant la Résistance sous l’occupation nazie, après avoir vu sa famille massacrée sous ses yeux. Dix ans plus tard, le revoilà aux affaires, toujours en Europe, avec un film catalogué dans un genre qui lui va comme un gant : le thriller érotique. C’est le producteur Saïd Ben Saïd (Lucky Luke, Carnage, Impardonnables) qui lui a soumis ce projet mettant en vedette Isabelle Huppert et adapté du roman Oh de Philippe Djian, un écrivain très inspirant pour le cinéma (lire autre texte). Le réalisateur protéiforme a bien entendu saisi l’aubaine, lui qui avait toutes les peines du monde à trouver des financements pour des longs métrages sur lesquels il était en train de plancher, l’un d’eux portant sur Jésus de Nazareth, et un autre sur le milieu des cartels de drogue mexicains. Elle, qui s’appuie sur un casting 100% tricolore, entre autres Virginie Effira, Charles Berling et Laurent Lafitte, a été entièrement tourné dans la langue de Molière, une première pour ce metteur en scène sulfureux, qui a lui-même pris des cours de français pour pouvoir communiquer avec les équipes du film dans de bonnes conditions. Cette nouvelle production, qui marque le retour de Verhoeven au festival de Cannes, où il sera présenté en compétition officielle, a pour personnage central Michèle (Huppert), une chef d’entreprise et femme inébranlable qui verra sa vie basculer le jour où elle se fera violer par un individu masqué. Mais au lieu de porter plainte, elle traquera son agresseur et finira par entrer avec lui dans un drôle de jeu. Un abîme de perversité parfaitement dans les cordes d’un cinéaste habitué à bousculer les mœurs et à filmer des personnages féminins très forts, en veillant à placer la sexualité au cœur des rapports de force. On ne change pas sa vraie nature, même après une longue traversée du désert.


philippe dijanDJIAN LE CINÉGÉNIQUE

Le cinéma et Philippe Djian, c’est une affaire qui roule. Avant l’adaptation par Paul Verhoeven de Oh, ce vieux routier de la littérature avait vu quatre de ses œuvres portées à l’écran, à commencer par le culte 37°2 le matin, devant la caméra de Jean-Jacques Beineix en 1986, et plus récemment Incidences, qui avait donné lieu, en 2013, à L’amour est un crime presque parfait des frères Larrieu. Couronné du prix Interallié en 2012, Oh avait fait vibrer les couloirs de la critique. « Le roman le plus fou, le plus féministe et politiquement incorrect de la rentrée », avait ainsi écrit Les Inrocks. Difficile de dire le contraire quand on s’est plongé dans ce livre percutant qui avait permis à son auteur, qui se glissait pour la première fois dans la peau d’une femme, de continuer à explorer le champ de la perversité. Un livre qui débute par un viol, celui de la narratrice, Michèle, une quadra indépendante qui finira par découvrir que son agresseur est un de ses amants, ce qui ne l’empêchera pas de continuer à coucher avec lui.