ENTRETIEN AVEC DENIS JACQUAT (LES RÉPUBLICAINS) – DÉPUTÉ DE LA MOSELLE

Le député mosellan Denis Jacquat (Les Républicains) fêtera prochainement ses 40 années de carrière politique, dont une trentaine d’année de députation. Rencontre alors qu’il songe, prochainement, passer à « autre chose ».
Denis-Jacquat-(©-Mensuel-L'Estrade)

Même s’il n’entre pas en campagne pour les prochaines régionales, Denis Jacquat restera disponible afin de partager son expérience et ses informations (© Mensuel L’Estrade)

La politique, vous êtes tombé dedans tout petit ?

Absolument pas. C’est Jean-Marie Rausch, le maire de Metz qui m’a mis le pied à l’étrier en me proposant de rejoindre son équipe, en 1977. J’avais alors 32 ans et je démarrais ma carrière professionnelle comme médecin ORL (oto-rhino-laryngologiste). Je travaillais alors dans trois hôpitaux différents et, comme je suis également diplômé de médecine sportive, je m’occupais également, bénévolement, de sportifs, notamment des joueurs du FC Metz. Je n’avais aucune ambition politique mais comme j’aimais déjà passionnément Metz, ma ville, j’ai accepté.

Pourquoi vous ?

Pour un ensemble de raisons, j’imagine. Nous nous connaissions déjà un peu. Tout comme lui je faisais parti de la « Table Ronde » (club réunissant de jeunes « notables »), à Metz. Comme je viens de le préciser, je faisais également preuve d’un certain dynamisme. Jean-Marie Rausch connaissait et appréciait aussi mes parents, horticulteurs installés à Metz Plantières. Enfin, si je ne faisais parti d’aucun parti politique, je partageais un certain nombre de ses idées.

Vous avez mené de front carrière politique et carrière professionnelle ?

Assez rapidement, la politique m’a accaparé. Dès 1979, j’ai été élu conseiller général en battant Jean Laurain (PS, député et ancien ministre). Je l’ai été de 1979 à 2002 puis à nouveau depuis 2011. J’ai également été conseiller régional de Lorraine entre 1982 et 1986, date à laquelle j’ai été élu député et toujours réélu depuis. En Moselle, je suis le député qui affiche la plus grande longévité. J’ai réduit mes activités professionnelles progressivement, au fil des ans, en travaillant à mi-temps, puis quelques matinées par semaine avant d’arrêter totalement en 1998.

Comment expliquez-vous cette longévité ?

Je pense que les électeurs sont satisfaits de mon travail, tout simplement. Je m’investis beaucoup dans mes missions et sur le terrain. Je ne compte pas mes heures. Je ne prétends pas avoir tout réussi, j’ai également enregistré des échecs, mais je fais toujours de mon mieux. Je m’attache aussi à répondre, personnellement, à toutes les questions et sollicitations que l’on m’adresse par courrier. Là encore, l’important est d’être sincère. Si quelqu’un me demande de l’aider et que je peux effectivement intervenir, je le fais. Si je ne peux pas, je le lui dis.

Vous avez également dit que vous comptiez arrêter la politique mais à 71 ans, vous êtes reparti en campagne aux départementales en mars dernier. Le duo que vous formez avec Nathalie Colin-Oesterlé (UDI), a d’ailleurs été élu.

Je voulais effectivement m’arrêter en début d’année mais on m’a sollicité pour un petit coup de main, alors que les cantons ont été redécoupés pour profiter aux socialistes. J’ai donc accepté de repartir en campagne. Mais l’ambition est surtout de permettre à des jeunes de prendre la relève qu’à l’UMP ou l’UDI nous n’avons pas forcément bien anticipé. « Il va leur falloir être très disponibles et se positionner comme les chiens de garde de la Moselle et de la Lorraine. »Nathalie Colin Oesterlé ou bien encore Yves Wendling (Les Républicains) ont un avenir politique. Je ne suis pas candidat aux prochaines régionales programmées en fin d’année mais je serai actif afin de partager mon expérience et mes informations afin d’aider nos représentants à mieux appréhender les dossiers, notamment sur le plan politique. Je pense pouvoir être utile, la campagne sera courte, en plein cœur de l’hiver et à l’approche des fêtes de fin d’année. Pas inutile de rappeler, aussi que ces élus vont essuyer les plâtres d’une nouvelle organisation. Il va leur falloir être très disponibles et se positionner comme les chiens de garde de la Moselle et de la Lorraine. Cela dit, pour revenir à votre remarque. Il faut effectivement savoir s’arrêter. Et c’est prévu pour bientôt. Je sais même ce que je ferai quand je raccrocherai : m’occuper de ma famille et reprendre une activité bénévole, comme médecin, dans l’humanitaire ou le sport.

Que vous inspire la réorganisation des services déconcentrés de l’Etat, en ce qui concerne Metz ?

Je suis inquiet pour Metz. La commune va conserver la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL) ou la Zone de Défense Est mais elle va perdre d’autres services importants comme la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) ou la Direction Régionale de l’Alimentation. Ce sont des emplois et du pouvoir d’achat en moins mais également préjudiciable en termes d’attractivité, économique notamment. Certes, pour l’heure, ces départs ne concerneront pas l’ensemble des effectifs mais comme les décisions ne se prendront plus localement, il conviendra d’être vigilant et de se mobiliser, le cas échéant, pour défendre nos intérêts. Cela vaut pour les services déconcentrés de l’État comme pour les autres services.

Quid de la Moselle dans la nouvelle « grande région Alsace-Champagne-Ardennes-Lorraine » ?

Il n’y a pas de solutions miracles. Il faut que l’ensemble des décideurs, à l’échelon des villes, des agglomérations et du département, collaborent davantage autour de quelques objectifs ambitieux. « La dimension transfrontalière de notre territoire est une chance contrairement à ce que prétendent encore certains élus locaux »On ne peut pas tout faire. Alors concentrons nos efforts. L’une des priorités doit être de renforcer la recherche, l’enseignement supérieur et les nouvelles technologies. Nous avons des atouts à faire valoir dans ces domaines, en termes d’infrastructures, de start-up et de savoir-faire, notamment industriel. La récente labellisation Lor’n’Tech (candidature portée par le Sillon Lorrain : Thionville, Metz, Nancy et Épinal) a confirmé ce dynamisme et nous devons capitaliser sur cette reconnaissance nationale. Le Luxembourg, qui est notre partenaire, mise également sur les nouvelles technologies pour diversifier son économie. Là encore nous avons tout intérêt à développer les collaborations, cela vaut pour le Grand-duché mais également pour l’Allemagne. La dimension transfrontalière de notre territoire est une chance contrairement à ce que prétendent encore certains élus locaux. Arrêtons de critiquer et travaillons ensemble.

Un mot sur les présidentielles de 2017 ?

2017, c’est encore loin. Trop loin pour en dire quoi que ce soit. En deux ans tout peut changer et tout changera. En revanche, personnellement, je ne suis pas favorable à l’organisation d’une primaire fin 2016, à l’UMP. C’est une pratique qui favorise les tensions et laisse obligatoirement des cicatrices. Les exemples ne manquent pas. Et puis, on le sait, certains candidats y participent, non pas pour gagner mais pour négocier ensuite un avantage ou un poste.