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L’ENTRETIEN AVEC VALÉRIE DEBORD

PORTE-PAROLE DU PARTI DES RÉPUBLICAINS ET VICE-PRÉSIDENTE DU CONSEIL RÉGIONAL ACAL

En quelques semaines à peine, la Nancéienne Valérie Debord a le vent en poupe. Pas de quoi lui faire prendre la grosse tête assure-t-elle. Son ambition et, avant tout, de se mettre au service de la Région. Et de Nicolas Sarkozy. Aussi.

Vous êtes Vice-présidente à la démocratie territoriale et à Enseignement supérieur ? Quels sont vos priorités ?

La priorité a été de lancer le processus visant à donner un nom à ce nouveau territoire. Un vrai challenge dans le mesure où ce nom doit refléter une identité commune sans noyer les identités respectives des trois régions, de générer du sens et de nous permettre de mieux nous vendre à l’export. La démarche pour se faire se veut participative. Elle associe tous les citoyens à partir de 15 ans. Toujours en ce qui concerne la démocratie territoriale, l’ambition est de créer du lien entre les instances de la grande région et l’ensemble des citoyens. Pour ce faire, nous allons nous appuyer sur les maisons de la Région, à Metz, Strasbourg et Châlons-en-Champagne mais également sur des entités plus locales pour une vraie proximité. Les nouvelles technologies seront bien entendu mises à profit mais il est important d’entretenir un lien également physique.

Vous l’appelleriez comment, vous, cette grande région ?

J’ai une idée, bien entendu, mais je la conserve pour moi.

Et en ce qui concerne l’enseignement supérieur ?

Je vais prochainement aller à la rencontre des présidents d’universités et étudier de près ce qui est convenu dans le cadre des contrats de plans état-région afin de voir comment nous pouvons développer des synergies intelligentes à l’échelon d’un territoire commun. L’axe transfrontalier est également important dans ce domaine. Il importe de créer une véritable université transfrontalière avec nos voisins suisses, luxembourgeois, allemands et belges pour atteindre la taille critique qui nous permettra d’attirer les talents dont nous avons besoin. Ensemble, nous serons plus forts. De nombreux projets et relations sont déjà activés mais il faut aller plus loin et davantage mutualiser.

L’université de Luxembourg semble plutôt désireuse de la jouer solo, non ?

C’est vrai mais dans le même temps, elle accueille de nombreux professeurs issus de notre région, notamment dans le domaine de la santé. Nous avons tout intérêt à travailler en bonne intelligence.

Vous faites également partie du bureau exécutif du conseil régional. Vous êtes plus précisément en charge de la Lorraine. Quelles sont les missions de ce bureau exécutif ?

Il a une mission opérationnelle. Tous les vendredis, avec le président Richert, Jean Rottner (Alsace) et Jean-Luc Warsmann (Champagne-Ardenne), nous nous réunirons pour évoquer les questions d’actualité et décider comment, concrètement, nous les traitons et agissons.

En Lorraine, vous allez être amenée à travailler en étroite collaboration avec Patrick Weiten, le président du Conseil départemental de la Moselle. Quelles relations entretenez-vous ?

Patrick Weiten ne fait pas parti du bureau exécutif. Il est premier vice-président, préside une délégation importante avec la coopération territoriale et transfrontalière et préside effectivement la Moselle, qui est un département très important en Lorraine. J’ai appris à connaitre Patrick Weiten lors de la campagne. C’est quelqu’un avec qui j’entretiens de bonnes relations. Tout le monde travaille ensemble. Et beaucoup. Cela porte ses fruits car nous sommes déjà dans l’action. En un peu plus de trois semaines, j’estime que nous n’avons pas perdu de temps.

Philippe Richert, le président de la région, l’a affirmé tout au long de sa campagne, l’emploi et les questions économiques sont la priorité. Il a notamment évoqué la création d’un fonds d’investissement dédié aux entreprises. Quid de ce projet ?

Le processus est enclenché. Cela va se faire en deux étapes. Un fonds est déjà activé en Alsace. L’ambition, dans l’immédiat, est donc de l’ouvrir à l’ensemble des entreprises de la région. Dans un second temps, l’objectif est de créer un fonds élargi et à la dimension de la nouvelle région. Cet outil s’accompagnera d’autres solutions pour favoriser la création et le développement des entreprises, notamment des start-up car il est fondamental de soutenir les entreprises actives dans l’économie du futur. Un schéma régional de développement économique précisera les priorités dans ce domaine.

À propos d’économie, la Région a décidé de réduire le montant des indemnités des élus. Un symbole ?

À l’heure où les salaires stagnent et le pouvoir d’achat est en baisse, il était important pour nous aussi de faire également un effort financier, de responsabilité. Cela va au-delà du symbole. Pour les régions qui ont abaissé le montant des indemnités des élus de 5%, on peut effectivement de parler de symbole. 20%, cela a un impact sur le plan économique.

Depuis le mois de janvier, vous êtes également l’un des quatre porte-paroles du parti Les Républicains. Pourquoi quatre porte-paroles ?

Car la charge de travail est importante et qu’il est judicieux de pouvoir s’appuyer sur une équipe riche de sa diversité et de ses compétences. Personnellement, je suis tout particulièrement en charge des questions socio-économiques et sociétales.

Vous êtes la porte-parole du parti ou de Nicolas Sarkozy ?

Du parti, pas celle de Nicolas Sarkozy même si je suis en adéquation avec ses idées et si je fais partie de ceux qui ont désiré son retour en politique alors que la famille (UMP alors) était très fragilisée.

La presse vous présente volontiers comme sa porte-flingue. C’est le cas ?

Cela remonte à la campagne de 2012, qui avait été une campagne difficile, dure et que nous avons d’ailleurs perdu de peu. Le contexte était alors différent. Ce n’est plus une réalité aujourd’hui. Je ne suis pas dans la critique systématique. Ce qui m’importe, ce sont les propositions et l’action.

Êtes-vous encore adjointe au maire de Nancy et 3ème Adjointe à la Communauté urbaine du Grand-Nancy ?

Oui et je le resterai. Je ne suis pas concerné par la loi sur le cumul des mandats, ce que je considère comme une bonne loi. En revanche, je crois beaucoup à l’ancrage local car cela permet d’être en phase avec les réalités. En tant qu’élu locale, les gens n’hésitent pas à vous interpeller dans la rue pour vous dire ce qu’ils ont à dire.

Vous travaillez à Paris, Metz, Strasbourg et Nancy et êtes en charge de dossiers très différents : enseignement supérieur, cohésion sociale, logement… Comment faites-vous pour tout assumer ?

C’est une question que vous ne poseriez pas à un chef d’entreprise. C’est un choix de vie que je revendique. Cela implique de travailler le soir et les week-ends et de ne pas compter ses heures. Je m’organise donc en conséquence tout en m’occupant de mes enfants. En ce qui concerne les différents dossiers dont j’ai la charge, beaucoup sont complémentaires et s’enrichissent les uns les autres.

Vous évoquiez votre besoin de terrain et de proximité. Nicolas Sarkozy aussi, semble ressentir ce besoin.

Tous les politiques ont besoin de se confronter à la vraie vie. Depuis son retour à la présidence du parti, Nicolas Sarkozy a reconstruit, avec succès, la famille puisque nous sommes le premier parti de France. Maintenant, il ressent tout naturellement le besoin d’une relation plus étroite avec les gens. Rien de très surprenant, surtout que les Français sont nombreux à vouloir le rencontrer.

En présence de caméras, de préférence ?

Non. Il souhaiterait le faire dans la discrétion mais la presse voit les choses autrement. C’est dommage car les gens sont très différents quand il y a des caméras.

Il passera par la Lorraine ?

Je souhaite, bien entendu, que Nicolas Sarkozy vienne nous voir, chez nous. Mais je ne vous dirai ni où, ni quand.

Votre carrière politique a pris une nouvelle dimension en quelques mois à peine. Vous l’attendiez, vous l’espériez ?

Ce n’était pas écrit d’avance. Et cela ne fait pas non plus partie d’un quelconque plan de carrière. Je n’ai pas demandé à être tête de liste en Meurthe-et-Moselle en remplacement de Nadine Morano. On me l’a proposé, on m’a fait confiance alors j’ai accepté. Cela génère bien évidemment des sollicitations et une médiatisation. Mais être dans la lumière n’est pas ma priorité. Je déteste la politique spectacle. Quand je vois Florian Philippot et les élus du FN orchestrer toute une mise en scène pour rendre les i-phones mis à leur disposition par la Région, c’est grotesque. Ce qui m’intéresse, je me répète, c’est d’être dans l’action, en toute humilité.

Ce qui ne vous empêche pas d’être ambitieuse.

L’ambition n’est pas une tare. Je suis effectivement ambitieuse mais mon ambition je la mets au service de notre région, pour défendre des idées et des projets, pas au service de ma personne. Les citoyens ne mesurent pas toujours très bien, le challenge et les enjeux qu’occasionne la fusion des régions. Tout est à construire. Si à la fin de ce mandat, tous les habitants du territoire ont le sentiment de faire partie d’une même région, je serai fière de moi.

Des nouvelles de Nadine Morano ?

Aucune. C’est du passé. Et je ne regarde pas dans les rétros.