Patrick Riollet ©Gérard Beckers

Les mélodies du pianiste Patrick Riollet illuminent So Many flowers, un second album élégant, multicolore et généreux. Aimant s’entourer de musiciens complices, cet autodidacte au parcours protéiforme est attaché avant toute chose au plaisir et à la liberté.

Celui qui aime « tourner autour des mélodies » a construit sa vie de musicien en s’ouvrant à toutes les esthétiques, au fil des expériences, des rencontres, et aussi un peu grâce au hasard : adolescent, sans aucun bagage musical, il se découvre en posant les mains sur l’harmonium de l’église de Guénange. « J’avais une sorte de don de reproduction musicale, explique Patrick Riollet. Puis j’ai appris le solfège seul, dans des livres. » Il lâche immédiatement les études pour faire de la musique son métier, travaille à l’usine pour s’acheter son premier piano et commence une carrière de sideman, jouant dans les bals et les piano-bars où il développera un talent pour s’adapter à tous les styles musicaux : chanson française, variété, jazz, classique, salsa, bossa-nova… « le piano-bar a été une sacrée école, on jouait de tout pendant trois ou quatre heures par jour » raconte-t-il.

Le jazz pointe le bout de son nez de la même façon, en toute discrétion : musique de la liberté, de l’improvisation et du feeling par excellence, il devient logiquement un moyen d’expression privilégié pour Patrick Riollet, qui découvre The Weather report, Chick Correa ou Herbie Hancock. « Même à l’harmonium, je jouais swing instinctivement ! Moi qui n’ai jamais eu de professeur ou de modèle, j’ai appris à faire sortir la musique de moi-même : c’est ce que j’essaye d’apprendre à mes élèves ; je me vois plutôt comme un guide » explique celui qui aujourd’hui enseigne dans les écoles de musique de Yutz et d’Ennery. Pendant vingt ans, le pianiste joue dans des dizaines de formations différentes, des musiques traditionnelles de Mannijo à la chanson française auprès de Michel Genson, en passant par le latino-jazz du groupe Pilon ou encore le jazz-rock, que l’on retrouve dans ses premières compositions. « A cette époque, je n’ai pas trouvé les moyens de sortir mes premières maquettes, et je manquais aussi de confiance en moi. »

Un cap est franchi en 2013 avec Des jours avec…, son premier enregistrement en tant que leader avec le bassiste Vincent Nolot, le batteur Nico Wegé, le saxophoniste Éric Fiegel et le guitariste Bruno Brocca. On y trouve l’atmosphère « feelgood », l’élégance et tous les amours musicaux de Patrick Riollet, qui s’entoure en tout de quinze musiciens de sensibilités diverses. « Mes choix sont humains avant d’être stylistiques, précise ce dernier. Tout s’est fait en comptant sur les surprises et les affinités de chacun et sur ce que les rencontres peuvent provoquer. » La même philosophie a présidé à la naissance de son second disque So Many flowers. Eric Ragazzini à la batterie, Eric Fiegel au saxophone, Jean-Pascal Boffo à la guitare (également derrière la console de son studio Amper) comptent parmi les nouveaux arrivants. La voix de Laureen Thinnes-Stoulig, l’accordéon de Charles Kieny, les percussions de Jacques Tellitocci ou le piano de Murat Öztürk s’invitent aussi à la fête, où l’interplay, le feeling, l’improvisation sont rois. « Je voulais retrouver autant que possible un son « live », explique Patrick. J’ai laissé plus d’espace aux musiciens que sur le premier album, d’autant que certains morceaux, avec beaucoup d’invités, se sont faits en une seule session. On enregistrait six ou sept versions et on gardait la meilleure. » Sans influences trop marquées, les onze titres de So Many Flowers s’enchaînent doucement, parcourues de clins d’œils mais privilégiant les atmosphères aux références. Car cet adorateur de Michel Petrucciani, qu’il décrit comme « le mélodiste définitif », ne veut que notre bonheur. « Je veux que les gens se sentent bien, apaisés à l’écoute de So Many Flowers. Je veux faire une musique de plaisir. »                     

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