Après l’excellente série dystopique Years and Years, Russel T. Davies revient dans It’s a sin sur une décennie de sida à Londres. Un groupe de jeune gens tout juste arrivés dans la capitale britannique voient leur liberté nouvellement acquise et leur insouciance dérobées lorsque la maladie frappe leur communauté. Une fresque poignante et sublime.

En septembre 1981, un vent nouveau de liberté souffle pour Ritchie, Roscoe et Colin. À 18 ans, il est temps pour eux de quitter leur famille, et de poser leur valise à Londres. Là-bas, ils vont enfin pouvoir vivre pleinement la vie dont ils ont toujours rêvé, sans plus avoir à cacher leur homosexualité. Ritchie rêve de devenir un célèbre acteur quand ses parents le voient avocat. Ces derniers ignorent tout de son orientation sexuelle. Roscoe cherche à échapper à ses parents ultra religieux, qui, connaissant son attirance pour les hommes, veulent le renvoyer au Nigeria, son pays natal. Quant à Colin, jeune premier un brin naïf fraîchement débarqué du Pays de Galles, il commence à travailler comme apprenti vendeur chez un tailleur de Savile Row. À l’université, Ritchie fait la connaissance de Jill et de Ash, qui ne le laisse d’ailleurs pas indifférent. Bientôt, tous ces jeunes gens finissent par emménager dans un appartement londonien. Mais surtout, ils deviennent la famille de cœur des uns et des autres. Ensemble, ils comptent bien profiter de tout ce que Londres et leur jeunesse a à leur offrir, entre la promesse d’une belle carrière d’un côté, sorties dans les bars et rencontres d’un soir de l’autre. La date d’arrivée à Londres des protagonistes n’est cependant pas anodine : 1981 marque le début, au Royaume-Uni, des premières rumeurs venues des États-Unis au sujet d’un nouveau virus dont on ignore presque tout. Ce dernier décime la communauté gay outre-Atlantique. Ce n’était qu’une question de temps pour qu’il commence à ravager celle du Royaume-Uni.

Alors qu’à la fin du premier épisode, les personnages et leurs relations ont été établis dans toutes leur humanité, cristallisée par leurs imperfections, on saisit tragiquement et par avance tout ce qu’ils risquent de perdre. Colin s’est lié d’amitié avec Henry, un homme plus âgé calme et bienveillant qui vit depuis trente ans avec son compagnon Pablo. Henry et Pablo tombent malade en même temps : s’agit-il d’un cancer ? de la tuberculose ? d’une pneumonie ? Les médecins l’ignorent. Mais Pablo retourne dans son Portugal natal, sur ordre de sa mère, et Henry se retrouve seul, isolé dans une chambre d’hôpital. Chez les amis, les avis divergent quant à la position à adopter face à l’émergence de cette maladie : la peur et l’incertitude en gagnent certains. D’autres, comme l’hédoniste Ritchie, refusent dans un premier temps de laisser ce virus les empêcher de vivre leur jeunesse comme il se doit, même si cela signifie continuer à avoir des rapports non protégés.

Les années passent, et le groupe assiste impuissant aux ravages causés par cette pathologie – qui prend alors le nom de sida. Chacun se mobilise pour alerter les médias et la société anglaise sur l’épidémie, et pour réclamer l’aide de l’État, qui brille par son absence et son déni. Le titre de la série prend alors tout son sens : It’s a sin, de la chanson éponyme des Pet Shop Boys, se traduit littéralement par « C’est un péché ». Car les personnages ont été éduqués dans l’idée que leur vie et leur orientation sexuelle sont des péchés. Ou alors, le véritable péché dont il est question, c’est la manière dont le virus a brutalement stoppé dans son élan l’histoire de ces jeunes gens, dont la maladie a drastiquement réduit le champ des possibles ; c’est la manière dont ils ont été dépossédés de leur liberté naissante et de leur insouciance. C’est la façon dont les mesures gouvernementales de l’époque, ou bien plutôt l’absence de mesure et le silence d’État, ont accéléré la propagation du virus et causé la mort de nombreuses personnes. Rappelons qu’au Royaume-Uni, des lois interdisaient de parler d’homosexualité dans l’espace public. Le véritable péché, c’est donc la stigmatisation, la honte et l’isolement que l’on a fait vivre aux personnes atteintes du sida.

À l’époque, beaucoup n’ont d’ailleurs pas osé se faire dépister, comme c’est le cas pour Ritchie dans la série : ça aurait été prendre le risque de se faire rejeter par ses amis, par sa famille, de perdre son travail. Mais Russel T. Davies ne pose pas un regard moralisateur sur les erreurs de jugement ou les vulnérabilités de ses personnages. Et si la série s’assombrit au fil des épisodes, des moments de grâce, des instants frivoles et des joies éphémères subsistent : c’est cette gaieté et cette fugacité qui sont le cœur battant du show. Le destin des personnages en devient d’autant plus tragique. It’s a sin, c’est finalement une série sur ce qui aurait pu être face à ce qui a été.

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