vadim-vernay-it-will-be-dark (© DR)Le titre de ce troisième album de Vadim Vernay, huit ans après Myosotis, est une référence au roman Le Bruit et la fureur de Faulkner. Sa signification colle à merveille à l’identité de l’expérience ici proposée : « si nous marchons lentement, il fera nuit lorsque nous arriverons ». On confirme : dès les premières minutes, le soleil semble disparaître lentement. Mais ce n’est pas une nuit noire qui tombe, plutôt un crépuscule permanent, où la chaleur subsiste.

Si la trame de It will be dark when we get there reste électronique, les compositions, épurées, laissent une belle place à l’acoustique. Retiré dans sa campagne amiénoise, cet artisan du sample qu’est Vadim Vernay s’est fait songwriter, mettant sa voix et ses textes en première ligne, souvent de manière crue, sans bidouillages ou cascades d’effets. Le minimalisme mène la danse sur ce nouvel opus, surtout dans les premiers titres, tout en ambiances délicates et vénéneuses, avant que les cuivres, les cordes, les percussions, ne pointent davantage le bout de leur nez, comme des créatures sortant de l’ombre dans une forêt envahie par le brouillard. On croit tout d’abord détailler un objet un peu arty, bande originale auto-éditée pour poète maudit, mais le tout s’étoffe rapidement, faisant la preuve d’un vrai sens de la composition et du rythme (Vernay est aussi batteur), d’une identité dont la découverte se mérite. L’auteur, qui sort l’album sur son propre label, La Maison, évoque Gonjasufi, pour la voix habitée, les sons qui s’égrènent comme un chapelet, Sparklehorse pour l’atmosphère poisseuse. Ce It will be dark when we get there à la beauté noire, proche des musiques de film que Vernay, également compositeur pour la danse et le théâtre, affectionne tant, achève de nous convaincre que ce talent caché est définitivement à surveiller.