Le Collectif du 20 janvier, réunissant des acteurs du monde de la culture en Lorraine, tire la sonnette d’alarme concernant l’avenir de la vie artistique dans la région. Le sujet de leurs conditions de travail au sein de la future grande région s’ajoute désormais à leurs interrogations.
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Ce sont quelque 200 artistes, responsables de structures culturelles, élus ou simples passionnés qui se sont rassemblés au sein du Collectif du 20 janvier afin de faire face aux problèmes rencontrés par la création artistique, définie comme « un paysage en voie de disparition ». C’est principalement la baisse des budgets alloués à la culture qui a cristallisé les craintes, entraînant des non-renouvellements de contrats vécus comme « un plan de licenciement fantôme ». Est également dénoncée « une politique de prestation de services » de la part des collectivités locales, avec la multiplication du principe d’appel à projets. Le collectif en appelle aux pouvoirs publics pour apporter des réponses et s’insérer au sein d’un processus de réflexion commun.

Après la réunion publique du 1er juin dernier, des incertitudes liées à la future nouvelle région, qui regroupera la Lorraine, l’Alsace et la Champagne-Ardenne (baptisée provisoirement ACAL) ont émergé. Celle-ci est perçue comme une opportunité de travailler en commun mais suscite également des inquiétudes : le collectif, qui intègre des acteurs des régions voisines, réclame ainsi « une vision d’ensemble » et craint dès la saison prochaine une dégradation de ses conditions de travail entraînée par le flou autour des compétences attribuées aux régions qui prévaut encore aujourd’hui.

Le collectif a proposé la création d’une conférence régionale des arts et de la culture à l’échelle de la nouvelle région, et a établi deux pactes, l’un sur l’emploi et l’autre la liberté de circulation. Une lettre d’information ainsi qu’une revue ont également été créées pour suivre l’actualité du collectif, tandis qu’un cycle de conférences sera organisé jusqu’en décembre dans les trois régions.


 POINTS DE VUE

Amandine Truffy, directrice artistique de la compagnie Pardès Rimonim.

Amandine-Truffy-(©DR)« La création du collectif s’est faite en réaction à des incertitudes, à une angoisse généralisée partout en Lorraine. À ce titre, nous avons souhaité ne pas rester en vase clos mais être ouverts à tous. On avait besoin de se regrouper, pour mieux comprendre et pour faire des propositions plutôt que de simplement se positionner en réaction aux pouvoirs publics, avec qui le dialogue est en train de s’ouvrir ; pour l’instant, ils sont dans une position d’observation.
Le début de la mise en œuvre de l’ACAL dès 2016 a fait souffler un vent de panique : on va débuter une saison sans savoir où l’on va. Le projet est une vraie chance en termes d’échanges, mais ne doit pas faire table rase du passé : on peut construire cette nouvelle grande région ensemble et en faire une réussite profitable à tous, ou elle sera un échec pour tous. »

Jean-Pierre Moineaux, Vice-Président de la région lorraine aux Actions régionales relevant de la Culture

JP-Moineaux-(©DR)« Nous comprenons les inquiétudes du collectif, et avons déjà anticipé ces questions lors de nos échanges réguliers avec les acteurs culturels de la région. Nous prenons des engagements concrets en termes de formation, d’action culturelle, d’éducation artistique… malgré des budgets contraints. Nous ne sommes pas les seuls acteurs du territoire : il faut créer un effet d’entraînement auprès des autres collectivités locales. L’ACAL est en effet une chance que nous devons tous saisir : cette nouvelle région a besoin d’une dimension culturelle, notamment car celle-ci sait traverser les frontières. La fusion s’opérera progressivement, et cela fait partie de notre travail de faire en sorte que le meilleur de ce qui se fait dans chaque région soit conservé. Pendant cette période, les financements continueront : notre politique de conventionnement sur plusieurs années, par exemple, contribue à une certaine sécurisation de ces moyens »

Jean-Luc Bohl, Président de Metz Métropole et maire de Montigny-les-Metz

JL-BOHL-(©DR)« Il me paraît important d’entendre le collectif comme un reflet juste des forces en présence sur les territoires. La puissance publique doit, plus que jamais, questionner la mise en œuvre d’un véritable projet de territoire humaniste.
Les dimensions transrégionales et transfrontalières apparaissent aujourd’hui comme des enjeux fondamentaux à l’aune de la construction européenne. Concernant l’ALCA, perdre la richesse de projets créatifs en adéquation avec chacun des territoires représenterait l’inverse de l’effet recherché. L’attractivité d’un territoire ne se mesure pas qu’en termes de développement économique. Sans dynamique culturelle de création, tout ceci manquerait cruellement de sens.
Quant à l’idée de réduire les politiques culturelles à une logique de prestation de service, de réduire la fonction de la culture au simple divertissement, celle-ci restera toujours étrangère à mes convictions. »

Jean Boillot – metteur en scène et directeur du NEST, Centre Dramatique National de Thionville

Jean-Boillot-(©Nest)« Depuis plusieurs années, on assiste à une attaque multilatérale contre la culture, qui paye la crise économique plus que les autres secteurs, notamment par la diminution des subventions au nom de la baisse des dotations aux collectivités locales. Pour notre collectif, il s’agit avant tout de préserver l’emploi, et de mettre en avant notre spécificité transfrontalière qui nous donne une capacité à nous tourner vers l’Europe, au sein de cette ACAL, une entité que l’on découvre au fur et à mesure et qui est à double-tranchant. Il faut faire en sorte que 50 ans de décentralisation qui ont maillé le territoire ne disparaissent pas, et apprendre à valoriser nos forces : on nous dit élitistes, ringards, alors que la culture est créatrice de richesses, rassemble les classes populaires… Les chiffres le montrent. En termes de spectateurs, on fait mieux que la Ligue 1 ! »