© Illustration : Philippe Lorin

Comédien massif, Michael Lonsdale tenait une place à part dans le paysage artistique. Second rôle de tout premier rang, cet homme de prestance se caractérisait par une ferveur chrétienne qui a aussi influencé son parcours, jusqu’à recevoir un César et beaucoup d’estime avec Des hommes et des dieux, dix ans avant sa mort.

Jusque-là, ça allait comme un lundi. Un lundi au soleil, certes, le dernier avant longtemps comme le serinaient Météo France et les rabat-joie. Un lundi beau et chaud, ou vice-versa, mais un lundi quand même. Soudain, l’annonce de la mort de Michael Lonsdale, 89 ans, est venue nous rappeler que l’automne finissait toujours par rattraper l’été. Il est mort, le soleil.

La semaine précédente s’était achevée sur l’émotion suscitée par une autre gigantesque disparition, celle de Roger Carel, 93 ans, acteur de théâtre et de cinéma comme Lonsdale, et véritable icône du doublage (Astérix, Winnie l’Ourson, Alf, Kermitt, Benny Hill, Hercule Poirot…). À la 58e vue du même titre, « Il était une voix », on s’est dit que l’exercice de la nécrologie avait décidément quelque chose de mortel, puis Lonsdale a rejoint Carel et la formule s’est instantanément imposée : Michael Lonsdale, lui, il était une foi.

De nos chers disparus des temps derniers, Bedos, Piccoli, Marielle, Mocky, pour ne parler que des hommes de cinéma, Michael Lonsdale n’était ni le plus connu, ni le plus starisé. Assurément, il était le plus pieux. Et si Michel Piccoli, par exemple, a fini par camper un pape baroque chez le très satirique Nanni Moretti (Habemus Papam, en 2011), il est arrivé à Lonsdale, de refuser de jouer le rôle de Pie XII, chez Costa-Gavras, dans Amen. Le film, qui avait suscité la polémique notamment pour son affiche mélangeant croix gammée et croix du Christ, dénonçait l’inaction du Vatican face à l’extermination des juifs par les Nazis. « Un film antipapiste», expliquera Lonsdale, plus tard, De nos chers disparu des temps derniers, Michael Lonsdale n’était ni le plus connu, ni le plus starisé, mais assurément le plus pieux.au moment d’incarner dans Les Hommes libres un recteur de la mosquée de Paris qui, pendant la Deuxième Guerre mondiale, protégeait de l’occupant ceux que l’on pourchassait pour leur religion.

Il faut croire, si l’on ose le mot, qu’au siècle dernier, sa façon bien à lui de camper l’abbé bibliophile du Nom de la rose, chez Jean-Jacques Annaud (c’était, oui, en 1986 !), adapté du roman d’Umberto Eco, allait susciter des vocations chez les metteurs en scène : des rôles d’ecclésiastique en tous genres, sa filmographie en compte par dizaines, et même celui de l’archange Gabriel, en toute modestie, dans Ma vie est un enfer, de Josiane Balasko (1991). Mais l’immense succès populaire du Nom de la rose aurait tendance à faire oublier que, plus jeune, Michael Lonsdale avait déjà figuré, dans un anglais parfait hérité de son père, un curé chez Orson Welles (dans Le Procès, en 1962) ou encore, un évêque chez Dino Risi (en 1984 dans Dagobert).

Que le défunt nous pardonne, mais ce n’est sans doute pas par l’opération du Saint-Esprit qu’il a fini, 10 ans avant sa mort, par recueillir la reconnaissance du grand public, et un César. Plutôt pour la justesse, cette espèce de force tranquille avec laquelle il a habité son personnage de moine cistercien, le frère Luc, au chevet des malades et des pauvres, dans le film de Xavier Beauvois consacré à l’assassinat des moines de Tibéhirine, Des hommes et des dieux. Au travers des entretiens alors dispensés par ce vieil homme massif et calme à la voix souple, le public découvrait alors que la foi fervente du personnage qu’il jouait l’accompagnait surtout dans la vraie vie. « Disons que la parole du Christ est la plus belle que j’ai entendue comme proposition de vie », affirma-t-il dans une interview au Monde pour décrire l’importance de la religion chrétienne dans son existence. Et d’ajouter, un peu plus loin : « L’artiste aussi recherche la vérité, la justesse et le beau. »

Ce César, celui du meilleur second rôle, est aussi un peu celui de toute sa carrière, débutée au théâtre auquel il est d’ailleurs toujours resté fidèle. Mais un second rôle souvent éblouissant qui, sans aller jusqu’à prétendre qu’il volait la vedette à la tête d’affiche, se hissait à un rang élevé, que ce soit en petit commerçant rasé de frais, détestable et détesté, dans Baisers volés (de François Truffaut, en 1968) ou en médecin glaçant aux côtés de Louis de Funès dans Hibernatus (d’Edouard Molinaro, en 1969). De Louis Malle à Georges Lautner, aucun des grands réalisateurs de l’époque ne s’y est trompé. Lonsdale, valeur sûre pas seulement en religieux, mais aussi en notable, en fonctionnaire, en flic, ou en méchant (les uns n’empêchant pas l’autre) : Hugo Drax, le nazi de Moonraker chez James Bond, c’était lui, capable de tout, pour toujours.