À Raon l’Etape, l’ancien hôtel-restaurant du Joli Bois, rebaptisé le BBC – Bar Brocante Chambre d’hôtes – est perché sur les hauteurs de la ville. Son patron, Jean-Christophe Henry, ancien étudiant en socio puis ouvrier, est aussi hors-normes.
arrosoirs-(©-Vianney-Huguenot)

« Une splendide collection d’arrosoirs vous accueille, pas vraiment le genre vernie, ni passée au tunning écolo » (© Vianney Huguenot)

C’est désormais chose acquise : la sociologie mène à tout. À la fac de lettres, à Nancy, Jean-Christophe Henry a sans doute potassé les Morin, Bourdieux, Durckheim, Aron et autres Foucault, lesquels ne seraient pas si fâchés de le savoir là où il est aujourd’hui. « Il a bien fallu qu’à un moment je fasse bouillir la marmite, comme on dit. Après avoir été ouvrier, j’ai donc ouvert ce lieu, il y a tout juste dix ans ». Convivial sur un air de vieille canaille, passionné de brocante et de vieilles breloques – il est notamment collectionneur d’objets militaires – et Raonnais de naissance, de cœur, de père en fils, Jean-Christophe a très vite imaginé, en rouvrant cet hôtel-restaurant du Joli Bois, le trois en un. De la brocante, du bistrot et de la chambre. Et surtout une ambiance. « Je voulais recréer un bar des années 50 ».

terrasse-(©-Vianney-Huguenot)C’est fait. Sur l’extérieur, une splendide collection d’arrosoirs vous accueille, pas vraiment le genre vernie, ni passée au tuning écolo pour plaire aux bobos en goguette. Ce sont de vrais arrosoirs, encore presque crottés, tous d’époque, alignés près d’une réclame Orangina en émail véritable. Sur le côté, d’authentiques chaises bancales, en fer, genre kermesse de curé, font une terrasse originale, finalement simple. Originale, donc. À l’entrée, c’est un flipper, années 60, qui fait office de groom. En face, un très long zinc permet d’accueillir au moins la moitié de la paroisse. Et tout autour, l’air d’une brocante, où les marques de bière, d’eau minérale, de jus de ceci et de sauce de cela, fricotent avec la pancarte des waters et l’arrière-bar, beau comme un musée. Au fond, un méli-mélo de trompettes, de livres, de fauteuils et canapés, de tables en formica et de babioles forment le décor d’un bistrot décidément totalement inédit. « J’offre toujours des cacahuètes et du sauciflard », rassure le boss du BBC, histoire de dire qu’écluser nécessite d’éponger aussi. « Ceux qui abusent peuvent toujours planter leur toile de tente dans le jardin, ou prendre une chambre, mais on n’est pas un salon de thé, ni des flics ». C’est surtout un mélange qui signe et souligne la marque de ce lieu. Mélange des âges, des arts, des genres, des breuvages, des musiques, « il y a des jeunes, des vieux et 90% de mes clients sont des gens que je ne connaissais pas avant. Ceci donne lieu parfois à des rencontres étonnantes et très drôles, entre les grandes gueules du bar et ceux qui occupent le gîte », c’est à dire l’une des quatre chambres de la maison, situées à l’étage, toutes superbement décorées : ici, avec du Louis-Philippe ; là, avec du mobilier des années 50. « Ceux qui abusent peuvent toujours planter leur toile de tente dans le jardin, ou prendre une chambre, mais on n’est pas un salon de thé, ni des flics »Sauciflard et cacahuètes mis à part, Jean-Christophe Henry n’assure pas le couvert, sauf pour les occupants des chambres, qui ont une cuisine à disposition. « Ceux qui le souhaitent peuvent aussi, y compris les gens du bar, utiliser le barbecue de mon jardin. Il m’arrive aussi de prêter la salle complète, pour un anniversaire ou un autre événement, charge alors à celui qui loue de prendre un traiteur ». Bref, le garçon s’adapte à la demande, et beaucoup mieux qu’un commerçant perché plus haut que les autres, il est un militant de son territoire. Son BBC, plus qu’un bar, plus que le souvenir d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, est une étape touristique incontournable. Qui devrait être signalée, comme l’est un peu plus bas dans la ville l’un des plus insolites hôtels d’Europe : le Museumotel ou « maisons bulles » hélas en vente depuis quelques mois. Avec ses bacchantes à la Jules-Ferry, Jean-Christophe a ainsi, peut-être volontairement, rompu avec l’image du patron de bar de banlieue dont la moustache à la Cabu fleurit sous le tarin (lesquels patrons de bar, d’ailleurs, avec ou sans moustache, souffrent souvent de ce cliché idiot). Le Raonnais croit à son concept de BBC fifties – qui n’est pas un concept mais une idée, une envie, une conviction – il croit surtout à sa région. L’avenir, avec ou sans moustache, nous en dira plus.

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