« I want my money back 1 » Cette célèbre harangue de Margaret Thatcher à l’adresse du sommet des chefs d’Etats et de gouvernements des neuf pays de la communauté européenne, est vieille de près de quarante ans 2. À travers son parler cash, la Dame de Fer entendait alors rappeler que la Grande-Bretagne avait, de toute éternité, eu le sentiment qu’elle payait plus qu’elle ne recevait du budget européen. Ce qui n’était alors considéré que comme une rodomontade de plus, contenait en fait déjà les ferments du Brexit. Comme si ce dernier avait toujours été consubstantiel à la participation de la perfide Albion à la construction européenne : un pied dedans, un pied dehors, mais surtout le regard tourné vers le grand large. David Cameron avait visiblement oublié cette réalité. Comment a-t-il pu manquer, à ce point, de clairvoyance et ne pas « sentir » que l’opinion publique était prête à basculer ? Ou s’agissait-il pour lui, tout simplement, au pays des bookmakers, de tenter un ultime coup de poker ? Les portes de la démagogie et des espoirs de « détricotage » de ce qui a été si long à ériger, sont maintenant grandes ouvertes. Toujours est-il, qu’il porte désormais la responsabilité du chaos actuel et futur dans lequel ne va pas manquer de plonger l’Union européenne. C’est bien parce qu’il a voulu protéger son siège lors des dernières élections, qu’il avait pris le risque de conditionner sa réélection à l’organisation d’un référendum populaire sur le sujet épineux du Brexit. Non seulement va-t-il falloir maintenant mobiliser l’attention et l’énergie sur le processus de gestion de la sortie de crise, mais aussi veiller au grain de l’accélération de la montée des populismes. Car « l’acquis » essentiel de ce Brexit, c’est, sans nul doute, d’accréditer la thèse de la réversibilité du processus d’intégration européenne. Un scénario inédit il y a quelques années encore et désormais crédible. Les portes de la démagogie et des espoirs de « détricotage » de ce qui a été si long à ériger, sont maintenant grandes ouvertes. Les principaux leaders politiques d’extrême droite l’ont bien compris. Ils se sont immédiatement jetés sur cet os si facile à ronger et ont trouvé des alliés objectifs en tous ceux qui militent depuis des décennies pour une Europe des peuples. Les uns comme les autres ont trouvé là l’occasion rêvée de faire le procès des Institutions, mais surtout de faire de la politique européenne un outil de politique intérieure. De manière négative s’entend. De sérieux handicaps au moment où il va falloir trouver une autre dynamique, pour construire un nouvel esprit communautaire et atteindre un autre équilibre politique. La place du couple franco-allemand sera, en l’espèce, déterminante. Que pèsera la France dans ce processus, au moment où son Président, chaque jour un peu plus isolé, n’a même plus un an devant lui pour engager le pays ? La question ne peut être éludée…  Jean Monnet avait raison, qui pensait que rien n’est possible sans les hommes ni durable sans les institutions. Il n’imaginait sûrement pas qu’un jour l’Europe ne disposerait plus ni des uns ni des autres.

(1) « Je veux qu’on me rende mon argent »
(2) 30 novembre 1979