© Illustration : Philippe Lorin

C’est une belle règle du monde politique qui veut qu’au départ d’un des leurs, d’un des serviteurs de la République, les divergences soient tues. Ce qui réunit prend le dessus, les hommages sont taillés dans la compassion, la sympathie, le respect, pour les uns, l’amitié, la fidélité, l’admiration pour d’autres. Quelques-uns offrent leur silence, un message à interpréter diversement. La lecture de l’ensemble des propos est intéressante, elle dessine les unanimités autour du personnage défunt et finalement sa personnalité. Philippe Leroy, décédé le 19 août 2019, président du Département de la Moselle de 1992 à 2011, Premier vice-président de la Région Lorraine de 1998 à 2001, sénateur de 2001 à 2017, maire de Vic-sur-Seille de 1981 à 2001, a marqué la Lorraine par son humanité, sa ténacité, sa simplicité, sa franchise, son attachement à la terre. Il était tout à la fois un militant de l’Europe et l’incarnation d’une mosellitude. Celui qui lui a succédé comme patron du Conseil Départemental, Patrick Weiten, parle d’un « ardent défenseur de la Moselle et de l’Europe. Il n’a eu de cesse d’œuvrer en faveur de nos territoires. Homme de culture et visionnaire, homme au grand cœur, sa disponibilité et son humanité auront marqué et enrichi les gens qui l’ont côtoyé ». « Il mettait l’homme au cœur de son action », dit son ancienne directrice de cabinet, Brigitte Rock-Schmitt. Son opposant socialiste au Département, Philippe Tarillon, « salue sa courtoisie républicaine » et « l’homme de projets, attaché à son territoire ». Le président du Conseil Départemental de Meurthe-et-Moselle, Mathieu Klein, lui rend hommage en soulignant la qualité des relations entre Philippe Leroy et Michel Dinet (son prédécesseur à la présidence du CD 54, Il était tout à la fois, un militant de l’Europe et l’incarnation d’une mosellitude. décédé en 2014) : « Si ils n’avaient ni la même personnalité, ni la même appartenance politique, Philippe Leroy et Michel Dinet avaient eu l’occasion de travailler ensemble sur de nombreux projets communs aux deux Départements. Assumant avec franchise leurs désaccords, ils ont œuvré dossier par dossier, sans grandes déclarations mais avec pugnacité, durant de nombreuses années dans l’intérêt des Lorrains ». « Une vraie vision de l’Europe » (Jean Rottner, président de la Région Grand Est) cohabitait chez Philippe Leroy avec « une volonté inébranlable de défendre l’intérêt de la Moselle et des Mosellans, notamment des ruraux » (Jean-Marc Todeschini, sénateur de Moselle). Même ton chez l’ancien patron de la CFDT Lorraine, ancien président du CESER (Conseil Économique, Social et Environnemental Régional), et président de l’Institut de la Grande Région (IGR), Roger Cayzelle : « Il était un homme chaleureux, très à l’écoute. Il avait clairement une fibre européenne tout en défendant la Moselle avant tout ». Roger Cayzelle souligne la présence à ses obsèques du Premier ministre du Luxembourg, Xavier Bettel, et rappelle les excellentes relations de Philippe Leroy avec les pays frontaliers de la Lorraine. L’aspect bâtisseur de Philippe Leroy, « tenace et pugnace », est mis en lumière par plusieurs personnalités, remémorant Smart à Hambach, Center Parks à Hattigny, le château de Malbrouck, l’Open de Moselle, entre autres. Philippe Leroy était un visionnaire. On le lit dans les hommages, dans les archives aussi. À sa fibre européenne, mosellane, humaniste, il faut ajouter la fibre terrienne de celui qui fut un temps président du Parc Naturel Régional de Lorraine, et d’abord ingénieur général du Génie Rural. Lors d’un Appel National pour le Reboisement, en 2016 à Mende, Philippe Leroy interpellait déjà (et l’avait fait avant 2016) : « Si nous abandonnons ces espaces fragilisés, nous constaterons une accentuation des effets du changement climatique. N’oublions pas le rôle essentiel de l’arbre dont l’enracinement et la présence permettent d’éviter de nombreuses catastrophes dans nos montagnes ».