© Illustration : Fabien Veançon

Disons-le d’emblée : il n’est d’injustice plus criante et de pire attitude discriminatoire, que le sexisme. Parce qu’il traverse toutes les époques, existe sous toutes les latitudes et appartient à toutes les civilisations. En étant un travers humain “premier“, il est aussi insupportable que la fatalité. C’est LA cause qui mérite un engagement total de la part de tous, car elle emporte et englobe toutes les autres. Guérissons-la du sexisme, et l’humanité fera un pas de géant vers l’abolition de toutes les autres inégalités et privilèges.

Les femmes le savent depuis longtemps, quand bien même elles avaient, dans leur immense majorité, intériorisé une soumission culturelle, imposée par des siècles de domination masculine et de classique reproduction des schémas. Les hommes le découvrent petit à petit, ou font mine de le redécouvrir à chaque changement générationnel. Comme si la mémoire masculine avait la volatilité du poisson rouge, obligeant les femmes à sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier.

Les figures historiques et tutélaires du combat féministe avaient assimilé ce processus. C’est ce pour quoi, elles avaient fondé leur(s) lutte(s) sur un corpus idéologique et doctrinal, sans lequel il n’y aurait jamais d’avancées sociales de long terme. En enrichissant sans cesse ce spicilège, elles solidifiaient les strates précédentes et permettaient l’émergence des progrès suivants. Afin que les avancées soient permanentes et qu’il n’y ait plus de retour en arrière possible.

Que n’ont-elles été couvertes d’opprobre pour leurs écrits, leurs actes, ou simplement leurs pensées ! Olympe de Gouges, Simone de Beauvoir, Françoise Giroud, Yvette Roudy, Gisèle Halimi, Marceline Loridan, Elisabeth Badinter… ou, temporellement plus près de nous, Malaka Yousafszai, toutes ont été insultées, ou, comme on dirait de nos jours pudiquement, traitées. Leurs contempteurs n’ont jamais été avares d’épithètes peu amènes : tour à tour qualifiées de révolutionnaires, suffragettes, chiennes de garde et même de salopes, pour la signature du Manifeste des 343 1.

Hommes et femmes confondus, nous leur devons d’avoir guéri d’une forme de cécité sociale et psychologique. Nous leur sommes redevables d’une approche plus complète du monde. Et voilà Le foot dominait déjà 50 % de l’humanité, voilà qu’il vient de capter les 50 % qui manquaient à sa timbale financière.qu’au détour d’un mondial féminin de sport, on nous dit que la cause prend une dimension nouvelle. Celle de l’égalité des sexes par l’irruption féminine de haut niveau dans le sport roi par excellence, celui des mecs, en l’occurrence le football.

Car les femmes envahissent désormais, elles-aussi, la pelouse. Elles ont même osé pénétrer dans la surface de réparation adverse, pour foncer droit au but, balle revendicatrice au pied. Elles jouent, bien, driblent, feintent, tirent. L’illusion avec le football masculin est parfaite : il ne leur manque plus que les crachats, la discussion permanente des décisions du corps arbitral et le “chiqué“, au moment d’une faute commise sur l’une d’entre elles, pour que le mimétisme soit parfaitement complet.

Dès lors, l’hyperbole et les superlatifs sont de mise, pour qui veut parler de cet événement planétaire. On spécule même déjà sur ses conséquences sociales. Car c’est cela qui nous est vendu, en bonus, à la billetterie d’accès au stade. En investissant ainsi la sphère masculine par excellence, les femmes estiment qu’elles vont, plus que jamais, booster la cause, mieux et plus efficacement que leurs aînées.

Réelle avancée ou trompe l’œil ? La question mérite d’être posée. Car que se passe-t-il vraiment ? Assistons-nous à l’entrée des femmes dans la cour des “grands“ ou à l’irruption en petites foulées, de l’argent roi, sur un nouveau terrain d’expansion pour les médias et les grands équipementiers ? L’équipe féminine des USA a tranché, qui fait de cette fête planétaire un moment privilégié de revendication, exclusivement salariale.

Mais les espèces sonnantes et trébuchantes, lorsqu’elles coulent à flot, ont-elles jamais fait progresser une cause sociétale ? Le foot dominait déjà 50 % de l’humanité, voilà qu’il vient de capter les 50 % qui manquaient à sa timbale financière. Qu’offrira-t-il en retour ? Sûrement pas grand-chose. Le football ne donne jamais avec munificence. Ce n’est pas Michel Platini ou Sepp Blatter (des hommes !) qui feront croire le contraire. Espérons simplement que la cause féministe ne se retrouve, au final, hors-jeu !

1 En référence au manifeste « Je me suis fait avorter », publié le 5 avril 1971, dans le Nouvel Observateur, de 343 Françaises qui ont eu le courage de le signer à une époque où l’avortement était illégal en France