© Illustration : Philippe Lorin

Le Meusien Nicolas Joseph Cugnot, né à Void-Vacon en 1725, est désigné souvent comme l’inventeur de l’automobile, auteur de « la première réalisation d’un véhicule terrestre à vapeur, un tracteur pour le transport des canons » (Encyclopedia Universalis), « premier homme à avoir réussi à créer un véhicule capable de se déplacer par ses propres moyens » (Benoît Charette, chroniqueur automobile), créateur de « la première auto-mobile de l’histoire » (association Le fardier de Cugnot). La primeur de Cugnot est rarement contestée, exceptés quelques pinailleurs, pour indiquer le papa de la voiture automobile. L’histoire de son fardier, « servant à transporter des fardeaux pesants », en l’occurrence des canons, naît dans le cours de l’histoire militaire. Cugnot est ingénieur militaire et s’intéresse, avant le fardier, à d’autres aspects de l’art de la guerre : il invente un nouveau fusil, « accueilli avec intérêt par les conseillers militaires de Louis XV », ou publie « Théorie de la fortification ». Puis arrivent 1769 et son idée de « chariot à feu » pour déplacer des pièces d’artillerie autrement qu’à l’aide de chevaux. A feu, parce qu’une marmite d’un mètre cinquante de diamètre constitue le système de propulsion de son fardier, un engin long de plus de sept mètres, large de deux mètres, lourd de trois tonnes à vide et huit tonnes en charge, « ancêtre, outre de l’automobile, de nos chars d’assaut ». Lourd aussi de 22 000 livres or d’investissements, obtenus par le Meusien grâce au soutien d’un autre Lorrain, alors ministre de la Guerre, de la Marine et des Affaires étrangères, le Nancéien duc de Choiseul. Les essais révèlent vite le génie de l’inventeur et le potentiel de sa machine, malgré quelques imperfections : le fardier Naît ainsi en 1771 un engin imparfait et précurseur de l’une des plus grandes aventures industrielles et sociales des siècles qui vont suivre. est lent (4 km/h), nécessite de fréquents arrêts, freine mal, voire pas du tout lorsqu’il est chargé, et ne roule qu’un quart d’heure. Naît ainsi en 1771 un engin imparfait et précurseur de l’une des plus grandes aventures industrielles, et sociales, des siècles qui vont suivre. Ceux qui financent cette marmite sur roues n’imaginent rien de l’histoire fabuleuse qu’ils viennent de mettre en route. Le duc de Choiseul éclipsé, le fardier de Cugnot sera rangé, trente ans durant, au rayon des lubies, abandonné dans un hangar de l’Arsenal, et même voué un temps à la casse, avant que Léonard Rolland, Commissaire général de l’artillerie, en 1797, alerte le général Bonaparte de l’existence de cette machine de guerre. Bonaparte montre de l’intérêt mais ne pense qu’à l’Égypte dont il prépare la campagne. Le fardier repart alors aux oubliettes, tandis que son inventeur vit d’une petite pension accordée par l’État et de l’aide « d’une dame charitable de Bruxelles ». Nicolas Joseph Cugnot meurt en octobre 1804, « il ne sortait plus depuis quatre ans – écrit le journal Le Moniteur Universel – il est mort célibataire avec une vue excellente ». Cette première automobile de l’histoire, finalement, ne fonctionnera jamais mais son prototype ouvrira de belles et multiples perspectives. En hommage à Cugnot, pour saluer son génie précurseur, quelques étudiants de l’école des Arts et Métiers Paris-Tech ont reconstruit un fardier en 2010, « à l’identique », exposé d’abord au salon de l’automobile de 2010 puis, de façon permanente, à Void-Vacon : « Il est en parfait état de marche, ce qui montre la validité du concept et la véracité des essais ». L’authentique prototype est visible au musée des arts et métiers, à Paris. Au-delà de rappeler le début de l’aventure automobile, le souvenir de Cugnot souligne le lien qui unit l’automobile et la Lorraine, Lunéville, par exemple, où Ettore Bugatti, ingénieur à l’usine de Dietrich, élabora ses premières voitures. La famille de Dietrich, fuyant l’Alsace annexée, s’installe en 1879 en Lorraine et crée la Lorraine-Dietrich, première automobile à rouler au-delà de 100 km/h, vainqueur des 3e et 4e éditions des 24 heures du Mans, en 1925 et 1926. Il n’échappe pas aux spécialistes, et de Lorraine et de bagnoles, que c’est une croix de Lorraine qui orne la calandre de cette voiture légendaire, fière héritière de l’idée de Cugnot.