Hindi-Zahra-(© DR)Après son premier album, Handmade, sorti il y a cinq ans, et des centaines de concerts, Hindi Zahra s’accorde un an et demi dans un riad de la Médina de Marrakech, pour travailler, pour rêver. Plutôt que l’histoire classique et un brin rebattue d’un retour à la terre natale et d’une reconnexion avec ses racines, la chanteuse évoque plutôt la quête d’une maison intérieure, par laquelle on accèderait au terme d’une longue glissade : onze chansons qui entament une descente progressive dans des profondeurs sonores, où langueur et rythmes folk-rock corsés succèdent à des épisodes d’illuminations presque mystiques.

Descendante de Touaregs et de Berbères, fille de militaire, constamment en mouvement, Hindi Zahra est nomade, et son foyer, elle le retrouve un peu partout ; en elle, surtout. Homeland regarde plutôt du côté de la folk et de la soul que vers les musiques traditionnelles marocaines, se nourrissant aussi bien de Nina Simone, des accents jazz du trip-hop, des sonorités brésiliennes et cap-verdiennes des percussions de Rhani Krija, de la guitare du touareg nigérian Bombino, dans des chansons en anglais, en français, en berbère…

Fréquemment, on frissonne : on a le sentiment d’être traversés par des esprits qui restent pour nous, auditeurs, immatériels et mystérieux, tandis qu’Hindi Zahra, dans son riad ou dans les grottes entre Essaouira et Agadir, les a rencontrés. Souvent éminemment psychédélique et aérien, l’album peut aussi se faire tellurique, lui qui s’est fait « au rythme du chameau » comme aime le dire Hindi Zahra. Homeland, dont le titre évoque l’enracinement, est pourtant un trip, une envolée, le carnet d’un voyage intérieur.