Frasiak@Pascale Angelosanto.

Frasiak poursuit sa route et nous invite à ses côtés à en parcourir les détours, en passant notamment par Charleville, la cité chère à son cœur qui donne son titre à son neuvième album. On y retrouve ses chansons de tout et de rien, engagées, drôles, nostalgiques ou actuelles, avec des musiciens-copains invités au « festin ».

Selon Eric Frasiak, « chacun pourrait prendre son stylo pour raconter ce que je chante ». Encore faut-il avoir son inspiration pour mettre en mots et en musique les tranches de vie, les réflexions entre passé et présent qui alimentent ses trois décennies de carrière. Charleville, qui nous arrive trois ans après son précédent opus Sous mon chapeau (« le temps qu’il faut pour que les chansons s’écrivent » comme il aime à le dire) est un album riche de seize chansons où l’on passe par tous les sentiments. Cette douce nostalgie, par exemple, veine qu’il explore avec talent depuis des années : pas celle du « c’était mieux avant », plutôt celle de l’album-photo que l’on parcourent le sourire aux lèvres. Et il commence dès l’entame de ce neuvième album avec la chanson qui lui donne son titre : « Charleville-Mézières c’est une partie très importante de ma vie, entre 14 et 25 ans, l’époque des premières amours, des premières chansons, raconte l’ardennais barisien d’adoption. La nostalgie a toujours été inspiratrice pour moi car on sait qui on était, pas encore qui on va devenir ! »

Il plongera à nouveau dans ses souvenirs sur la très vivante Instamatic Kodak, mais Frasiak a beaucoup d’autres émotions dans sa besace : le rire notamment. Le félin qui partage sa vie, les chopes entre copains ou ce fichu rhume qui le poursuit sont tout autant matière à jongler avec les mots que sur Mon Anarchie ou Bure-sur-Atome, où il évoque l’installation d’un laboratoire de l’ANDRA non loin de chez lui. Sur Un Truc comme ça, il manie la satire en s’étonnant des profils des dirigeants du monde. Un univers tout en contrastes, qui a pour atout de ne jamais lasser. « La chanson n’est pas mon métier, c’est plus un besoin de lâcher des choses et une thérapie parfois, explique Eric. Je veux que les émotions se bousculent, c’est un mélange qui me rend heureux, et je crois que c’est aussi le cas du public. L’essentiel, que l’on soit triste ou drôle, c’est de ne jamais être lisse. »

Les ombres de Ferré, Brel, Lavilliers ou François Béranger, son modèle, planent toujours sur les albums d’Eric Frasiak, qu’ils soient cités comme « des presque frangins » ou se voient consacrer une reprise, ici L’Âge d’or de Léo Ferré, un habitué des lieux, et L’Espoir de Michel Bühler : la première fois que cet adepte de « la chanson française un peu dinosaure » a pu faire écouter sa version à son auteur ! Dans Les aujourd’hui qui chantent, Frasiak conjugue au présent sa réponse à ceux qui le taxeraient d’incorrigible nostalgique, avec ce message à la « carpe diem » qui connecte aussi sa jeunesse à sa vie de jeune sexagénaire. Charleville fait aussi place à un hommage : Comme un éclair évoque la traumatisante disparition de la jeune chanteuse Barbara Weldens, foudroyée sur scène en 2017, et avec laquelle il devait jouer. « J’ai tout de suite éprouvé ce besoin d’écrire qui m’anime : il me fallait extérioriser. »

A parler textes, on en oublierait presque la musique : rock électrique, guitare manouche, accordéon, chœurs, cuivres… sur Charleville, une quinzaine de musiciens se succèdent aux côtés de Frasiak pour donner ses couleurs à un album foisonnant d’atmosphères, remarquablement produit, interprété par des artistes aux sensibilités multiples, vieux amis ou musiciens croisés sur la route. « J’aime que mes albums soient comme un fête, comme un festin. Un disque est une photographie : en mots comme en musique, j’ai envie qu’elle ait beaucoup de couleurs. »

Le 15 novembre à Conflans-en-Jarnisy (54)
le 16 novembre à Thiebaumenil (54) en duo,
le 23 novembre à Behonne (55) en quartet
le 15 mars à Saint-Mihiel (55)
avec son groupe au complet.
(www.frasiak.com)