SERGE GAINSBOURG, 30 ANS APRÈS

Histoire de Melody Nelson est un album mythique, véritable conte musical, entêtant, envoûtant dont l’influence a dépassé les genres, les époques et les frontières.

En 1968, Gainsbourg sort de son aventure avec Brigitte Bardot, n’a pas sorti de véritable album depuis Gainsbourg Percussions quatre ans plus tôt et cherche un second souffle. Sa rencontre avec Jane Birkin va initier sa réincarnation sentimentale et artistique. Celle-ci prendra la forme d’un disque ambitieux en cette période dominée par les disques de deux ou quatre titres, un album-concept dédié à sa muse : Histoire de Melody Nelson. Il y imagine la rencontre entre Melody, alter ego de Jane, et un homme d’âge mûr rappelant le Humbert Humbert du Lolita de Vladimir Nabokov, personnage qui fascine Gainsbourg.

Boudé par le public à sa sortie en 1971 (30 000 exemplaires vendus), cet étrange objet de 28 minutes à peine n’accédera au statut d’œuvre culte que des décennies plus tard. Les arrangements de Jean-Claude Vannier inspireront toute une génération de musiciens et de bidouilleurs de son : Histoire de Melody Nelson est l’un des disques français les plus cités de par le monde, du rock au hip-hop. Un caractère universel dû à ces arrangements mythiques, dépouillés, enivrants, violons lancinants et cordes pincées des guitares qui s’entrecroisent, mais aussi à un phrasé inimitable, une voix posée comme on déclame des poèmes décadents. Album-concept, Histoire de Melody Nelson est un disque sans tubes, ou plutôt un tube dans son intégralité : impossible d’isoler l’un des titres de l’ensemble sans en perdre tout le sel et tout le sens ; tout l’inverse de la façon actuelle d’écouter de la musique. Encadré par deux pistes-fleuves grandioses, comme des génériques ou des scénarios à eux seuls, le cœur de ce disque-film est essentiellement constitué de petits poèmes musicaux, emblèmes de cette passion étrange et vénéneuse que Gainsbourg distille ici comme nulle part ailleurs.