SORTIE LE 1er NOVEMBRE 2016

Après deux livres et un documentaire, le cinéma s’empare à son tour de l’affaire Snowden, cet ex-informaticien de la puissante NSA devenu paria après avoir révélé les programmes de surveillance de masse menés par le gouvernement américain. Derrière la caméra, un certain Oliver Stone, rompu aux films sulfureux.

« Un homme ordinaire qui voulait d’abord servir son pays. » Depuis 2013 et ses révélations sur les programmes de surveillance orchestrés sur son territoire et au-delà par le gouvernement américain, via la toute puissante NSA (National Security Agency), la vie d’Edward Snowden a basculé. L’ex-informaticien des services de renseignements est devenu un paria, avec le spectre d’une inculpation pour espionnage planant au-dessus de sa tête. Vivant depuis trois ans en Russie, où il a obtenu le statut de réfugié politique – une petite pique au passage de Poutine à l’endroit de son rival Obama – celui qui est considéré par beaucoup de ses concitoyens comme un traître de la nation devient un héros devant la caméra d’Oliver Stone, qui en dresse un portrait flatteur.

Pour le cinéaste habitué aux sujets controversés, JFK et World Trade Center par exemple, cette histoire était du pain béni, comme il l’a confié le 9 septembre dernier à Toronto lors d’une projection « Il y avait quelque chose d’excitant dans cette histoire, parce que, comme JFK, elle me permet de raconter des choses que les gens ignorent. »: « Il y avait quelque chose d’excitant dans cette histoire, parce que, comme JFK, elle me permet de raconter des choses que les gens ignorent. Encore aujourd’hui, les Américains connaissent peu de choses sur cette histoire car c’est un sujet délicat. Et le plus troublant, c’est que le gouvernement continue de mentir et d’agir dans l’illégalité dans ce dossier. »

Mais de la bobine à l’écran, le chemin aura été parsemé d’embûches, à commencer sur le plan financier, les grands studios hollywoodiens ayant refusé de s’associer à ce biopic, le 4ème du cinéaste après JFK, Nixon, Alexandre et W., l’improbable président. Le tournage a également subi les contrecoups de ce projet sulfureux : craignant que la NSA n’interfère dans le déroulement de cette production d’environ 50 millions de dollars, le réalisateur et son équipe ont jugé préférable de se rabattre sur l’Allemagne.
À l’écran, Edward Snowden prend les traits de Joseph Gordon-Levitt, qui s’est dit fasciné par son patriotisme. « Il a fait ce qu’il a fait par principe et par amour pour son pays. »

L’interprète de Don Jon et Inception est entouré de Shailene Woodley, dans le rôle de la petite amie de Snowden, mais aussi de Melissa Leo, Zachary Quinto et Tom Wilkinson, respectivement Laura Poitras, Glenn Greenwald et Ewen MacAskill, les journalistes choisis par le lanceur d’alerte pour dévoiler ses informations. La première avait réalisé un documentaire en 2014 intitulé Citizenfour, où l’on découvrait en direct les dessous de cette affaire fort embarrassante pour l’administration américaine. Laquelle ne semble pas pour le moment disposée à accorder son pardon au plus célèbre reclus de la planète, comme le souhaiterait Oliver Stone, la meilleure chose à faire selon lui.


LE SCANDALE

Le 6 juin 2013, une bombe est larguée par The Guardian et The Washington Post. Le monde découvre alors le programme Prisme, qui allait éclabousser le gouvernement américain et son bras espion, l’Agence Nationale de Sécurité. Son nom de code : Prisme. Si l’affaire prend une telle ampleur, c’est parce qu’on apprend que les géants du web (Facebook, Google et YouTube entre autres) refilent depuis 2007 leurs données aux services de renseignements américains. Au même moment apparaît sur les écrans le visage d’Edward Snowden, l’homme par qui le scandale éclate, qui est interviewé dans une chambre d’hôtel à Hong Kong. On apprendra un mois plus tard que la NSA dispose d’un autre outil, appelé XKeyscore. Ce dernier permet aux agents du renseignement américain d’accéder à l’historique de navigation et de recherche, aux contenus des courriels, et aux conversations privées sur Facebook. Une seconde déflagration.