© Illustration : Philippe Lorin

par Vianney Huguenot

 

La résistance aux Allemands et aux nazis, pendant la Seconde Guerre mondiale, désigne dans la réalité une palette d’engagements très variés. Un patchwork. Nos mémoires étroites en retiennent quelques-uns, les plus déterminants, rangés à raison dans les panthéons officiels. Mais à l’ombre des monuments, des ribambelles de résistants, armés de motivations diverses, sont passés à l’action… puis à l’as. Oubliés ou zappés parce qu’affiliés à une mouvance embourbée dans ses contradictions ou ses hésitations. Si la communauté catholique est de ce registre, elle a toutefois donné à la cause anti-nazie une flopée de héros et héroïnes. Humanistes, fidèles au message de l’évangile, ils mènent une résistance spirituelle et rejettent l’idéologie nazie. Ou, corporatistes, ils ne veulent pas d’un régime athée qui ne les veut pas. La situation des catholiques mosellans est particulière, souligne Philippe Wilmouth, docteur en Histoire : « La dispersion de l’Église mosellane [du fait des évacuations et expulsions à partir de 1939 et pendant la période d’annexion, NDLA] l’a rendue bicéphale, entre France laïcisée et Allemagne antichrétienne » (1).

Parmi les catholiques qui marquent cette époque, Hélène Studler, dite Sœur Hélène, résistante parce que catholique, parce que patriote. Elle s’engage par affection pour la France, un sentiment déjà éprouvé par sa famille en 1871. Au début de la première annexion allemande, les parents d’Hélène Studler, originaires de Séléstat, optent pour la France. Hélène naît à Amiens en 1891. Très jeune, elle revient en Moselle, chez les sœurs de la charité Saint-Vincent de Paul, elle œuvre à l’hospice de Belletanche. Elle est expulsée en 1914, parce que Française, et rentre en 1918. Rebelote en 1940, les Allemands annexent à nouveau. Sous la cornette, un fort caractère l’embarque dans de multiples opérations. Elle apporte son aide aux soldats blessés sur le front puis, à partir de juin 1940, met en place une organisation pour nourrir et soigner les prisonniers : « À l’entrée des Allemands, le 17 juin 1940, Metz donne le spectacle lamentable de milliers de prisonniers pris au piège de la débâcle, trop nombreux pour les services de subsistance ennemis. Il faut nourrir ceux qui, en colonnes interminables, marchent vers les stalags du Reich ou ceux qui, provisoirement, sont internés dans le Frontstalag 212, organisés à la hâte au fort Saint-Julien ou dans différentes casernes»(2). Elle pousse ses opérations d’entraide jusqu’en Sarre et Palatinat.

40 000, c’est le nombre estimé de Français ayant bénéficié des services des religieuses de Sœur Hélène. Les matériels transitent dans un sens, les hommes dans l’autre sens. Elle fonde une illustre filière d’évasion et fait revenir en France non annexée 2 000 soldats et officiers français : « Elle organise des passages à travers la frontière qui sépare l’Alsace-Lorraine de la France en fournissant vêtements, pécule, provisions, adresse du premier point de chute (généralement l’Institution Saint-Joseph) et une médaille miraculeuse que Boris Holban, légionnaire, juif, apatride, communiste, athée, futur responsable du réseau FTP-MOI (3) gardera précieusement jusqu’à sa mort » (4). Elle fait aussi évader le général Giraud et un certain… François Mitterrand.

Arrêtée en février 1941, elle reprend ses activités de résistance en février 1942, après avoir été libérée grâce à l’intervention d’un médecin qui lui fournit un certificat de complaisance. Elle meurt d’un cancer en 1944, à Clermont-Ferrand, quelques jours après la libération de Metz. Sur son lit d’hôpital, le général Giraud la décore de la Légion d’honneur. Robert Schuman est là, ainsi que Gabriel Hocquard, redevenu maire de Metz depuis quelques jours. Il évoque l’une des rares femmes bâtisseuses d’un réseau de résistance : « Elle a été un des éléments essentiels de la résistance et un des piliers du maintien de la cause française en Lorraine occupée. Elle a symbolisé l’effort messin ».

(1) « L’Église mosellane écartelée », par Philippe Wilmouth, éditions Serge Domini, 2015

(2) « Les années noires », par Bernard et Gérard Le Marec, éditions Serpenoise, 2005

(3) Francs-Tireurs Partisans – Main d’œuvre Immigrée

(4) Site internet Les amis de la Fondation de la Résistance