Grégory Amen en compagnie de Dalila Goutal, nouvelle présidente de l’association Pas assez. ©Aziz Mébarki

Biberonné aux principes d’inclusion, de partage et de découverte de l’éducation populaire, Grégory Amen est le coordinateur de l’association messine Pas Assez, qui gère notamment le bar associatif La Chaouée. Concerts, initiatives citoyennes ou humanitaires, projets écolo, ateliers en tous genres… Son engagement n’a qu’un objectif : « encourager tous les gestes permettant de construire le monde de demain ».

Il fait un rien frisquet à La Chaouée, le café associatif de la place des Paraiges à Metz. Il faut dire que cela fait un peu plus d’un an que le lieu n’a pas bouillonné de la présence du public. Aujourd’hui, il est prêt à rouvrir ses portes selon Grégory Amen, qui revient sur le rôle et l’histoire de l’association Pas Assez installé dans ses locaux situés à l’étage, au milieu des instruments de musique qu’il utilise pour ses ateliers d’initiation. « Ce n’est pas qu’un lieu pour se divertir » prévient-t-il. En effet, ce bar où il convient d’adhérer en versant son obole pour profiter de bières locales et de concerts se définit avant tout comme une « Maison Citoyenne et Culturelle » : pour une réunion, organiser un atelier de relaxation créative ou un débat, répéter… « Un endroit où s’expriment les valeurs de Pas Assez, inscrites dans ses statuts : la promotion artistique, sociale et culturelle pour tous » précise Grégory.

Autant de principes qui sont ceux de l’éducation populaire, qui vise à améliorer la société en dehors des structures traditionnelles d’enseignement et du système éducatif. Des principes qui ont défini tout le parcours de Grégory Amen depuis son enfance à Verny. Les vocations de ses parents, éducateurs et musiciens, l’ont sans doute influencé, tout comme une expérience peu concluante au sein du milieu scolaire. « À 12 ans, j’ai pris conscience d’un système qui ne me convenait pas, raconte-t-il. Et en même temps, le travail scolaire ça n’était pas pour moi… Je pouvais apprendre facilement mais parfois ça ne rentrait pas ». Toujours est-il qu’aujourd’hui, Grégory anime des ateliers d’initiation à la musique auprès des enfants, à l’école ou dans d’autres structures comme les centres sociaux. Il est un peu celui qui vient bousculer les cadres le temps de quelques heures, transmettre son savoir, son enthousiasme et son goût de faire les choses ensemble. « Je suis revenu à l’école pour y apporter ce que je n’y avais pas trouvé, formule-t-il. Aujourd’hui, les choses ont changé : l’éducation populaire a influencé les enseignants pour aider les enfants à s’ouvrir, à développer leur capacités ».

À l’adolescence, le BAFA en poche il met à profit « un don » pour s’occuper des plus jeunes et participe à des camps de vacances. Devant rédiger à chaque séjour un projet d’animation, il découvre un terme qui sera en quelque sorte le point de départ de son futur engagement associatif : « l’enfant doit être acteur de ses vacances ». « Un camp de vacances, c’est un peu un microcosme de société où l’on peut inventer d’autres façons de vivre, de consommer, de se rencontrer : un cadre qui permet des choix, explique-t-il. Pas Assez, c’est un peu cela : offrir des moments et des lieux pour faire la transition vers un autre modèle de société ». Fan de blues au lycée, accro aux concerts, Grégory fonde Pas Assez en 2003. Un premier concert à la salle Ochs, actuelle Chapelle des Trinitaires, dénote déjà d’une volonté de s’adresser à tous les publics : ateliers vidéo l’après-midi pour les enfants, musique le soir. Puis Pas Assez se développe avec des ateliers vidéo, musique, arts du cirque au quotidien et dans des événements comme le Jardin du Michel, le Festival Nomadia à Woippy ou même dans la cafétéria d’un grand supermarché. « Ça nous plaisait bien que les enfants viennent s’amuser avec nos jeux en bois plutôt que d’aller baver devant les jouets, sourit Grégory. Du moment que les gamins s’amusent, s’ouvrent à d’autres choses, pour nous c’est gagné ».

Un collectif d’intervenants se forme au sein de Pas Assez, qui leur permet d’être rémunérés pour leur travail tout en alimentant son budget. L’association va s’installer dans des locaux rue Haute-Seille avant d’investir La Chaouée en 2010, puis un local adjacent où ouvrira La Boussole, une boutique éthique et solidaire finançant des projets humanitaires. « On a un petit côté résistants, on fait tout pour rester dans le paysage et pour continuer à faire de La Chaouée un lieu citoyen, associatif et culturel où les initiatives peuvent voir le jour » martèle le coordinateur. Malgré une année difficile, Pas Assez poursuit ses projets (voir encadré). Et Grégory Amen continue à trimballer ses instruments à la rencontre des plus jeunes et aussi des adultes, précise-t-il en évoquant ce prof de maths qu’il a aidé à devenir harmoniciste. « Il suffit parfois d’un coup de pouce pour déclencher quelque chose. C’est ce que j’ai toujours voulu dans la vie : que chacune de mes actions ait un impact et du sens »

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Jamais assez

Anticipant sa réouverture prochaine, La Chaouée pense toujours concerts, jam sessions, scènes ouvertes ou conférences mais réfléchit aussi à d’autres solutions : un accueil renforcé en journée « pour devenir un lieu de vie pour étudier, se réunir, jouer aux cartes… on ne proposera pas d’alcool à ces moments-là » indique Grégory Amen. Un rendez-vous mensuel est prévu pour tous ceux souhaitant proposer des idées d’ateliers ou tout autre projet. Au fil des ans, l’association Pas Assez a multiplié les initiatives : des événements musique et théâtre, des cafés pédagogiques, des ciné-débats, l’accompagnement d’artistes, des réunions entre porteurs de projets et responsables associatifs ou encore des initiations diverses (au massage, à la culture irlandaise…). Le volet développement durable s’est également affirmé : La Chaouée a accueilli des trocs de graines ou encore Les Incroyables comestibles, qui vise à créer devant chez soi des espaces de jardinage en milieu urbain.

Bien à sa place à l’entrée d’un quartier Outre-Seille métissé et populaire, Pas Assez n’a pas oublié ses valeurs solidaires : les lundi et samedi à 17h, ses bénévoles réalisent des distributions de nourriture. En deux ans et demi, les Frigos solidaires ont ainsi réuni presque seize tonnes de nourriture en partenariat avec les supermarchés du centre-ville et la Banque alimentaire de Moselle. Pas Assez souhaite aussi s’investir sur le site des Entrepôts frigorifiques de la Porte des Allemands, où s’était installée en 2019 une guinguette gérée par la société parisienne Petite Lune ; le nouveau projet devrait avoir une couleur plus locale et un appel à projets a été lancé. « On a fait valoir auprès de la Ville de Metz l’utilité d’un projet culturel mais aussi d’économie sociale et solidaire, avec des ateliers gratuits et des concerts mais aussi en impliquant les habitants de Bellecroix et d’Outre-seille, en favorisant la mixité, les produits locaux… liste Grégory. Tout ce que l’on sait déjà faire, en fait ! »